Ingénico : patriotisme économique (emploi, PME), le retour ?

Le très « radical » (n-ième) rapport à l’Elysée de mai 2010 sur le « made in France » fait une tournée des MJC en province tandis que l’intelligence économique ne semble plus un tremplin pour maroquin. Etats-Généraux, grenelles, commissions, pas de crise pour les « machins » anti mondialisation réelle mais le patriotisme économique, vaste programme …

Servier déstabilisé par l’affaire du Mediator, Ingénico menacé de rachat « amical » (comment s’appelait le champion français des cartes à puces ? Et le provençal qui faisait des tomates ? Et cette jolie high-tech qui avait inventé l’iPad avant Apple ? Et les jeunes créateurs du lapin pas crétin pour geeks de l’internet ? Et cette boite de voitures électriques que la Madone du Poitou devait transformer en usine à loukoum ?…)… Les petits meurtres entre amis des affaires, 70 000 emplois industriels perdus par an.

« C’est calamiteux depuis une dizaine d’années » selon le patron du GFI hier sur Radio BFM, cf ci-dessous. C’est rassurant qu’il ne revienne pas à 1981 ou 1936 comme d’autres mais on tourne toujours autour de l’Euro anti-France et des 35 heures tue-l’emploi alors qu’il y a des forêts de toutes essences, dont certaines sont franchement coupables (ça veut dire qu’on doit couper, pas juste qu’on lance une commission d’enquête avant de récuser le juge ou d’enfermer les dossiers aux coffres en inventant des concepts fumeux genre « responsable mais pas coupable ») derrière ces deux arbres frères ennemis.

Mais pourquoi nos PME ne grandissent-elles pas assez pour décoller, pour voler de leur propres ailes à l’international, pour surfer sur les vents ascendants ? Y a t’il du nouveau depuis l’étude de l’Institut Montaigne de 2006 , passionnante mais un peu datée ? Le très récent rapport du Conseil d’Analyse Economique sur l’Investissement de long terme en France répond-il à une partie de la question ? La crise change encore un peu plus la donne et les réponses sont à chercher ailleurs, à l’étranger mais aussi dans la France des startups et des entrepreneurs, des vrais emplois : ça se discute entre autres dans le groupe think-tank « CC International – SME 1 » sur LinkedIn (adhérer au groupe : http://www.linkedin.com/groupRegistration?gid=2643444 ).

Sinon, si on n’a pas le temps d’aller sur la page CC International (Connect & Compete International, Compétitivité et Croissance Internationales, en Français) sur Facebook ou de lire l’histoire de Singapour depuis 1950 ou d’étudier celle de l’Allemagne depuis que la Réunification devait la ruiner, la Grande Coalition qui devait stériliser sa politique économique et l’Economie de Bazar qui devait détruire ses emplois selon les experts assermentés des think-tanks institutionnels, il faut au moins lire Pierre Gattaz, président du Groupe des Fédérations Industrielles (GFI) et de La Fédération des Industries Electriques, Electroniques et de Communication (FIEEC) invité à réagir sur Ingénico par Edwige Chevrillon au 12-15 de Radio BFM le 20 décembre ( interview à podcaster ). Extraits :

« Hedwige Chevrillon : … en tant que président de GFI, je rappelle que c’est grosso modo 80 % de l’industrie française que vous représentez : « l’affaire Ingenico », le retour du patriotisme économique, c’est ce que vous diriez ?

Pierre Gattaz : Je crois que c’est important : Nous sommes face à une société qui est dans un monde régalien qui est celui de la sécurité. La biométrie, les transactions électroniques sécurisées, c’est un domaine de souveraineté très important pour la France. Et je crois que l’Etat regarde un petit peu ce qui s’y passe, en tout cas ça me paraît normal un peu de patriotisme  économique dans ce domaine-là : ça me semble important. Ce sont des domaines régaliens quand même.

Donc vous êtes très favorable ?

Je ne pousse pas non plus le bouchon parce qu’il faut faire attention que l’Etat ne s’immisce pas partout, dans tous les domaines.

Mais je crois que la France est très forte dans les domaines de l’aéronautique, du militaire, du spatial, de la confiance numérique, c’est-à-dire de la sécurité. On a inventé la carte mémoire et on a inventé tous les équipements, les logiciels, les cartes qui sont autour, et les équipements. Je crois que dans ce domaine-là, on a quand même une filière d’excellence mondialement reconnue où il faut faire attention que cet écosystème ne se fragilise s’il y a une pièce du puzzle absolument essentielle qui pourrait partir. Je crois que le fait que l’Etat regarde ne me paraît pas idiot.

Justement, jusqu’où peut-on aller ? L’aéronautique on peut dire que c’est aussi du domaine régalien, votre secteur aussi parce que tout ce qui est connectique ça peut être très important, etc…

Je crois que l’on est dans un monde où il y a besoin d’un petit peu d’Etat quand même, parce qu’on est très naïfs en France : on est parti dans un libéralisme débridé, pourquoi pas. Mais on voit les dégâts des lois du marché.

Je crois qu’on est très naïfs parce que les Américains ont une politique industrielle et technologique très forte, les Chinois c’était absolument époustouflant, regardez juste le monde des télécom :  ils ont des équipementiers qui aujourd’hui sont omniprésents, omnipotents, vont partout, essaient de récupérer un certain nombre de choses dans ce domaine-là.

Il faut être extrêmement vigilant, extrêmement prudent. Il ne faut pas revenir à l’énorme planification qu’on a subie il y a quelques années. Mais en revanche une stratégie industrielle du XXIe  siècle qui permet en effet de faire un chemin intelligent entre les marchés du futur et les technologies du futur, pour que l’Etat fasse le lit un petit peu de ce que l’on propose nous industriels, c’est ce qui me paraît bien.

Mais par exemple dans le cas de STMicroelectronics : le FSI devrait prendre la participation pour soulager Areva, une manière de participer indirectement à son augmentation de capital. Le rôle du FSI est-il le bon, est-ce que les choix sont bons ? En tant que patron de GFI qu’en dites-vous ?

Je crois que ce qui est important c’est qu’il faut dire que l’industrie française a été une très belle industrie et que depuis une dizaine d’années c’est calamiteux : on perd 70 000 emplois par an, 700 000 emplois de disparus.

Il y a urgence, parce que les Allemands continuent de croire en leur industrie, d’être très forts, les pays émergents sont à équiper, l’Amérique reprend des couleurs. Je crois qu’il est très important qu’on redynamise l’industrie.

Il faut le faire par de la planification venant du « top  down », venant de l’Etat, et c’est pour ça que ces initiatives de type Etats généraux de l’industrie puis la Conférence nationale pour l’industrie qui a été mise en œuvre, le FSI pourquoi pas, Monsieur René Ricol sur le crédit, Jean-Claude Volot sur la médiation de la sous-traitance, ce sont de très belles initiatives qui vont permettre, pour moi, de refaire le lit d’une stratégie industrielle pour le futur, pour la France, et surtout de recréer des emplois, parce que tout le problème c’est l’emploi derrière tout ça.

(…)

Renaud Favier – 21 décembre 2010 – http://www.renaudfavier.com

Le bonus : le pisse-vinaigre du mardi sur LinkedIn va encore me mailer que j’enfonce des portes ouvertes mais en l’occurence, il s’agit d’une mine d’or, fermée vers 2004 bien avant que les cours de l’or ne remontent à des niveaux stratosphériques ( plus de détails sur la mine de Salsigne, l’Usine Nouvelle ). Symbole d’une France qui abandonne ses pépites … ça laisse un peu sans voix (en tirant par les cheveux, on pourrait dire que ça devrait laisser sans voix certain(e)s politicien(ne)s) et d’ailleurs le film est sans commentaire. Et qu’on ne vienne pas me dire que je gâche Noël, ou je mets le film « Joyeux Noël » sur les tranchées en 14/18 la prochaine fois !

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A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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2 commentaires pour Ingénico : patriotisme économique (emploi, PME), le retour ?

  1. Ping : TGV, merci, mais des autoroutes de l’export aussi, SVP | Renaud Favier : Café du matin à Paris

  2. Ping : Bref, une #Startup, c’est une jeune #PME Low-Cost, pas besoin de conférence à #UEMedef #HEC pour comprendre ça | mystartupàparis

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