La fête des voisins

La fête des voisins est devenue un moment de convivialité intelligente à la  saison des vide-greniers et de la fête des Mères. Le monde n’en est pas révolutionné mais ça permet de faire filer une bouteille à laquelle on ne tenait pas trop en discutant de choses et d’autres.

D’abord, c’est bon pour le moral. Parce que se rassurer que les noms sur les boites aux lettres ne sont pas que des ennemis du parking mais qu’on vit, plutôt bien, dans une communauté imparfaite, heureusement imparfaite ; constater que la vieille dame fatiguée au dessous des yeux trop rouges n’est pas qu’un meuble de l’ascenseur et que ses yeux savent encore sourire ; boire un verre en plastique de punch dont on décolle les rondelles de banane collées au fond avec les doigts ; tout ça, c’est un plaisir minuscule qui donne envie de relire Delerm, entre autres. Et puis surtout, c’est un super plan drague. Alors on est content de socialiser un peu.

Bon, il y aussi quelques bavards facheux ou fâchés qui cassent un peu l’ambiance, voire les bonbons avec leurs vieilles lubies dont on se fiche, surtout moi parce que comme je suis tout en haut et que les chambres dites de bonnes de l’étage sont inoccupées, leurs histoires d’eau d’arrosage qui tombe sur linge ou de mômes qui jouent trop au ballon dans la cour ou de la voisine qui donne ses cours de piano aux heures tout juste réglementaires, ça gave un peu autant que les cahouettes que le gentil petit papy fait passer. Alors on se contente d’écouter un peu d’une oreille.

Ce serait plus fun si on avait un vrai truc excitant à causer de, genre un serial harceleur dans le voisinage, la police ou des journalistes devant l’entrée ou une nouvelle Porsche dans le parking mais tout le monde ne peut pas vivre dans les beaux quartiers pour futurs ex-maîtres de l’univers (de toute façon le vendredi soir ces gens là qui sont fatigués de leurs dîners de con…frères de la semaines font relâche en général et ils sont sur les autoroutes vers l’exil fiscal dans leurs testicules diesel anti-radars à sièges en cuir ou déjà à Deauville quand il y a un pince-fesse marrant genre G8 ou une promo chez Barrière). Alors on se contente de jalouser un peu.

Ce serait plus émotionnant si on avait un peu de mystère, genre crime, disparition de vélo ou histoires de fesses non élucidés. Mais tout le monde n’a pas la chance de vivre dans un quartier animé où l’on traficote un peu trop l’herbe parce qu’on a rien cherché/trouvé de mieux à faire (relire l’histoire de l’éleveur corse de vaches fantômes qui était fonctionnaire régional avant les subventions européennes « Rien ne pousse ici ? … Ah ! si vous plantez, c’est différent … ») ou où (ouh ouh ! réveillez-vous, ouvrez les yeux) la pénombre des caves sert parfois plus à ne pas voir les gang-bangs qu’à oublier les grands crus. Alors on se contente de fantasmer un peu.

Et pour éviter les sujets qui pourraient fâcher, on fait comme pour les déjeuners de famille, on bannit de la con-versation le foot, DSK, le requin gonflable et les Rabbi Jabob gonflés devant sa porte, le sous-ministre qui prendrait son pied en en massant, le livreur AMAP en retard et autres c…ies qui tuent l’ambiance, et on la joue con…vivial. On se con…tente de médire un peu.

Et on évite surtout les con…combres qui tuent parce que ça, vraiment, tout le monde s’en fout encore plus que du dernier projet de loi farfelu ou de la vitesse d’aller-retour des radars pédagogiques, des con…combres espagnols qui assassinent des con…sommateurs allemands. Même si c’est « vu à la télé » sur une chaine pas trop con…promise à manger du foin et si la Gaule est con…cernée et pourrait même être con…taminée. On se con…tente de grignotter quelques chips garanties sans bactéries.

Mais à la fête des voisins, on peut discuter affaires aussi, parce que quand même, business is business quand on habite à deux pas de Bercy, même si le prestige industriel de la France n’est plus aussi flamboyant et si les « Voisin » ne sont plus à la fête.

Avec le commerçant satisfait mais un peu désespéré que les bonnes volontés un peu fonctionnaires boy-scout (genre assoce aux idées sympas mais limite étroites voire basses du bonnet tendance fixes) qui organisent le vide-grenier aient mis des années à enfin comprendre que comme les religions, y compris le culte des 35 heures, n’interdisent plus le travail le jour de Téléfoot, c’est mieux de faire ça le dimanche pour animer le quartier et dynamiser le commerce que le samedi où juste ça pourrit la vie des commerçants et des gens qui voudraient faire leurs courses. On a causé du mini-vélo pliable électrique made in Bretagne essayé quelques heures avant en passant devant la boutique Uship de la Grande Armée, qui ressemble à un solex et qui tiendrait dans l’ascenseur. Parce que la Bretagne, c’est pas des voisins, mais presque, alors ce mini vélo nous fait envie même si ça doit d’autant moins ébouriffer la balance commerciale que tous les morceaux et la peinture sont évidemment made in ailleurs n’en déplaise aux zélus zexperts des labels et que c’est pas sa batterie à électricité nucléaire qui va sauver les ours de la banquise qui fond quand même plus vite que les déficits publics n’en déplaise aux zingénieurs et autres Zalègre (ma non troppo). Mais comme il est à 1650 euros, on se contenter d’en parler un peu.

Avec celui qu’on a croisé un soir dans le couloir des caves chacun une bouteille à la main, on évite de causer pots de vins de France d’aujourd’hui, parce que ça nous occuperait toute la soirée, mais on discute un peu vins du monde à cause de cette bouteille que j’ai apportée dont j’avais acheté un carton chez une autres voisine qui tient une boutique Nicolas et qui faisait une super promo sur le merlot Carta Vieija à bouchon à vis que c’est pas la tradition mais que ça éviter de chercher partout un tire-bouchtroumf. Parce que le Chili c’est pas des voisins mais presque, maintenant qu’avec 1000 Euros et une nuit de vol en somnifère on se réveille à Santiago où ils parlent les mêmes langues que nous autres vieux d’Europe et où on trouve de la bonne bière brassée par une minorité teutonne bien intégrée dans le paysage de montagnes (pour la colonia dignidad et autres mérites du camarade Pinuche, on en parlera une autre fois, c’est plus compliqué qu’on le croit et plus clivant qu’on le voudrait, ou l’inverse, ou pas, mais de toute façon ça gâcherait la fête des voisins et ce merlot n’est pas brassé par d’anciens nazis qui chantent de vieilles chansons moches en short en cuir … j’espère) qui étaient joliment enneigées avant le réchauffement climatique qui n’existe pas en France d’après gro ma…ale non tropo qui est trop pas beau pour être vrai. Mais même s’il est à moins de 5 euros la bouteille, comme quand même ça fait un peu mal de boire du jus de raisin (raison ?) pas ramassé en France, on se contente d’un verre de trop.

Si on avait eu le temps, on aurait discuté avec le tailleur de ce costard fait en 48h dans une efficace cité (efficacité ?) asiatique (genre où les dockers du port ne savent même pas ce que « grève » veut dire) avec du tissu évidemment pas français dans une boutique pour patriotes aux semelles de vent où on affiche avec une fierté gauloise la photo d’un ancien Président de la République attaché un peu fictivement à la défense de l’emploi ; on aurait probablement évoqué avec le fonctionnaire de Bercy défroqué les risques et opportunités de la Chine en s’interrogeant gravement sur son potentiel réel d’innovation en coopération gagnant-gagnant vs ses pratiques réelles et supposées d’espionnage industriel et plus si affinités ; et on aurait sûrement parlé avec le patron de PME de ce nouveau centre d’affaires pour les PME européennes à Pékin qui doublonne gratuitement avec tous les machins gaulois ou sub-gaulois ou supposés gaulois plus ou moins publics ou parapublics ou supposés privés pour aider les PME à réussir durablement en Chine comme disent leurs communicants. Parce que la Chine, c’est pas des voisins, mais presque surtout quand on est dans le 12ème à 10 minutes en Vélib’ de Chinatown. Mais même si on sait bien que le déni nous mènera autant nulle part que les mouvements de bras, surtout que pendant qu’on ne discute même pas à la Fête des Voisins en attendant « Planète PME »,  les Allemands ont mis en route leur train Hambourg-Pékin depuis 2 ou 3 ans et les Anglais ont bien cartographié les chemins du monde du 21ème siècle, nous on s’est un peu contenté de parler d’en parler en et entre français, de Chine, d’avenir et de quelques autres sujets plus essentiels que la couleur réglementaire des stores de l’immeuble, du maillot ou du visage des bleus (dont tout le monde entier s’en fiche à part quelques apparatchiks et supporters bornés).

N’empêche que l’herbe du jardin du voisin est plus verte. Il faudrait que je cultive mieux le mien. Je vais aller acheter de l’engrais. Chez Tang, parce que c’est quand même un meilleur rapport qualité-prix que chez un des boboland avec parking à 4/4 dont on ne sait même plus qui sont les actionnaires et où ils font fabriquer leurs produits, non ? Sinon, je pourrais marcher 10 minutes et aller chez ma quasi-voisine la fleuriste rigolote qui a un lapin angora gris dans une cage ouverte au milieu du fouilli de plantes devant sa vitrine près de mon bistrot favori, face à la librairie des rebelles à drapeau rouge. Pour le meilleur (engrais) et pour le pire (une bière à 10:00, c’est pas raisonnable) ? (Non, c’est pas une question ou de la politique, c’est le nom de la boutique de fleurs).

Va pour le meilleur et pour le pire rire, c’est quand même la Fête des Voisins, et puis comme ça j’en profiterai pour prendre une bière au bistrot ; acheter une fleur ou un truc du genre pour la Fête des Mères ; passer faire un peu de religion boire un café.

Renaud Favier – 28 mai 2011 – http://www.renaudfavier.com

Le bonus : voilà ce qui manquait à la fête des voisins ! La musique ! L’an prochain, j’apporte mon Teppaz (made in France) et je ferai DJ avec un paquet de vieux 45T, ça nous rajeunira. Ou pas, mais peu importe.

C’est fini pour aujourd’hui (parce que quand on a un petit vélo en tête, il faut d’urgence aller prendre l’air et … refaire un essai du mini vélo électrique pliable pas absolument indispensable, limite déraisonnable, mais tellement nécessaire)

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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8 commentaires pour La fête des voisins

  1. 4355799 dit :

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