Les faucheurs de marguerites 2.0 à quelques jours du Bourget

Le ciel est triste et beau : c’est du Beaudelaire, mais dans le ciel il y a Saint Ex’, Mermoz, Concorde, Apollo, Solar Impulse, le vol libre … Et il faut regarder en face les nuages radioactifs, Icare, Enola-Gay, des crash et des vautours, Nungesser et Coli (E.coli, c’est autre chose).

Les tours de magie, parfois, ça rate, mais c'est quand même plus exaltant que la culture du concombre, surtout quand il est victime d'erreurs (?) judiciaires

Bien sûr, les prouesses aérospatiales les plus renversantes sont parfois motivées par des intentions manquant un peu de pureté. Mais l’homme volant n’en est pas pas moins homme et il serait lapin-crétin de lui jeter la pierre (d’autant qu’elle retombera sûrement sur la tête du lanceur comme la pomme sur Newton) juste parce que quelques miraculés de la cordillère des Andes privés de plateaux-repas ont dû passer les bornes de la bienséance terrestre moderne avant l’invention des farines animales ou des boites noires et que la conquête de la lune a aussi servi de vitrine publicitaire avant même que les politiciens se fassent sponsoriser pour la promettre.

On sait qu'il y a toujours un truc, voire quelque chose de louche, mais on préfère quand même ça à ramper dans des boues nauséabondes

Bien sûr, les patriotismes industriels aérospatiaux les plus ombrageusement susceptibles sont quant-à eux parfois tardifs, voire ambigus en période de remaniement ministériels et/ou de pré-campagne électorale. Mais ce n’est pas parce que plus de 400 députés doivent avoir d’excellentes raisons pour ne pas signer une pétition recommandant plus d’achat d’Airbus par une entreprise encore partiellement publique, binationale et fortement emblématique (qui elle-même fournit à la demande argumentaires et contre-argumentaires à la presse), parce que les égoïsmes nationaux, régionaux voire territoriaux pimentent depuis des décennies les choix industriels ou commerciaux du secteur et parce qu’un ancien ministre français salarié comme lobbyiste au service d’un pays concurrent soutient que les sous-traitants français sont au moins aussi correctement servis et traités par un concurrent étranger de l’avionneur européen, ce n’est pas pour ces raisons et d’autres que le candidat à un maroquin qui a pris l’initiative de la pétition a tort de suggérer un regard vers le drapeau en pleine guerre économique (pas plus gagnée d’avance, au demeurant, que les campagnes militaires des 2 derniers siècle). Les affaires, mêmes aérospatiales sont les affaires, et il serait injuste de rejeter sur Air France la responsabilité de défaillances de politique industrielle mais on ne peut pas applaudir un jour un gréviste de la faim pour sauver une usine privée en montagne et s’asseoir dés le lendemain sans états d’âme dans les sièges made in and by far away d’objets volant (ou roulant, d’ailleurs) pour les intérêts généraux européens, notamment français, en principe.

Le nom et le drapeau sont jolis et vont bien ensemble, non ?

Bien sûr, les jolies traces blanches dans le ciel ne font guère d’ombre qui protègeraient les ours polaires ou les neiges du Kilimandjaro du soleil, et le bilan carbone de la paire de fesse transportée d’un point « A » à un point « B » est d’autant moins favorable que plus la dite paire arrive vite quelque part, plus elle a le temps d’y pomper l’air climatisé des autochtones ou d’y brûler du diesel en promenant un 4-4 ou autre grosse caisse bruyante en ville ou sur les chemins de campagnes qui regrettent de ne pas avoir droit aux Velib’. Mais ce n’est parce que Blériot a craché dans la Manche, qu’un Airbus a pollué des fonds marins au large du Brésil ou qu’une navette spatiale a explosé en grillant quelques mouettes au passage que l’aéro est sérieusement moins green que tout le reste.

Sous réserve d'enquête, c'est pas la trace d'un train d'atterrissage

Bien sûr quelques aigles à sale caractère se plaignent des parapentistes dans leur espace aérien et les vaches des alpages détestent brouter leur herbe dans la poussière soulevée par les 4-4 de couillons volants qui sont pas vraiment meilleurs, ni pires que leurs cousins rampants (stocker Baygon vert contre les uns, jaune contre les autres et les vaches seront souriantes). Mais ce n’est pas parce qu’un deltiste irresponsable a laissé la barrière d’un pré ouverte ou qu’un parapentiste maladroit a fait tomber quelques tuiles en se laissant piéger par un venturi, ni même parce qu’un paramotoriste a cassé quelques oreilles en tournant bêtement au-dessus de randonneurs qu’il faut fermer une fenêtre sur la liberté que nous avons héritée des faucheurs de marguerites et dont les esprits caustiques les plus anti-France doivent reconnaître que les pépères de l’administration de l’aviation civile gauloise sont les plus sympas du monde et que c’est pas aux Etats-Unis ou en Suisse qu’on peut voler aussi librement. Merci à eux, ainsi qu’à Manu Bonte pour la photo.

On entend presque le froissement de la toile qui se lève et le vent dans les suspentes, non ?

Et bien sûr, Solar Impulse c’est un avion suisse, c’est un peu humiliant pour les fils de Mermoz après que déjà des gens du mauvais côté du Lac avaient gagné la Coupe de l’América en bateau alors que c’est nous les fils de Surcouf. Mais Piccard, c’est un nom français et c’est au Salon du Bourget qu’il viendra se montrer urbi et orbi dans quelques jours. Pareil que Lindbergh en son temps : Cocorico !

 Bon, c’est pas tout ça, mais où ai-je pu ranger ce bouquin sur Guynemer que j’avais trouvé chez les bouquinistes ?

Renaud Favier – 10 juin 2011 – http://www.renaudfavier.comNet-Land-Art

Le bonus : « Le peuple migrateur » en version complète de bonne qualité sur Youtube. On dira ce qu’on voudra sur Big Brother mais il n’a pas (encore ?) Hadopisé cela et on peut aimer ou pas trop Liliane Béttencourt mais elle a utilisé un chouïa de ses économies pour co-financer ce magnifique film idéal pour une pause déjeuner un peu allongée de Casual Friday ou un petit déjeuner un peu paresseux ce week-end pluvieux. By the way, ça fait un moment que je n’ai pas vu ce groupe d’une quinzaine d’oies migratrices qui avaient l’habitude de passer au printemps en donnant un coup de klaxon pour dire bonjour. J’espère qu’elles sont bien arrivées.  http://www.youtube.com/watch?v=ks_nLiTSvb4

C’est fini pour aujourd’hui. Parce que malheureusement, on ne retrouvera plus l’hélice de cet avion crashé au Colomby et qui avait dormi tranquillement presque un siècle, depuis le temps où l’on voyait voler des Latécoère, dans un grenier sous une photo du pylône en cours de montage dans les atelier Eiffel, jusqu’à l’invasion des lapin crétins.

Les jonquilles du Jura au printemps, ça vaut les plaines à marguerites pour atterrir

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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3 commentaires pour Les faucheurs de marguerites 2.0 à quelques jours du Bourget

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  2. Ping : Le Salon (du #Bourget) approche à vitesse supersonique | Renaud Favier : Café du matin à Paris

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