Qu’en dirait … Bonaparte ?

L’école n’apprend plus l’histoire de France par ses dates et ses héros : « autres temps, autres moeurs » diraient placidement les lecteurs de vieux Astérix. Mais peut-être Bonaparte ne dirait-il rien de très révolutionnaire sur le monde et la France tels qu’ils sont.

Sur le goût douteux des Gaulois pour les pâtes aux truffes et autres vénalités de bas étage (de son temps sans ascenseurs, fussent-ils sociaux, les appartement chics et autres alcôves pour puissants anté-prostatiques étaient plutôt en bas, il aurait été surpris de voir un maître du monde perdre son temps et plus si affinités tout en haut d’un hôtel pas tellement particulier, fut-il de luxe), pour les arbres généalogiques dorés sur tranche et extraits de naissances dans les palais plus ou moins décadents, les fanfreluches exotiques et autres médailles plus ou moins méritées, la justice et ses codes post-napoléon plus ou moins dévoyés, ce n’est pas l’inventeur de la noblesse d’Empire et de la légion donnée qui jetterait la pierre aux ordres et mérites modernes.

Sur la difficulté à unir l’Europe continentale et à y ancrer l’Angleterre par la diplomatie, ce n’est pas le souffre-douleur du Congrès de Vienne et des Talleyranderies qui en tomberait de sa chaise mais sûrement aurait-il tort de ne pas mieux (re)garder certaines arrières qui se rendent mais ne gardent pas (honni soit qui au rugby y pense, les défaites c’est de l’histoire ancienne, maintenant le monde peut changer).

Sur la versatilité des citoyens de France et l’impact des médias et autres spin-doctors, ce n’est pas l’inventeur du concept de discours de Grenoble et des sondages « à la Fouché » qui s’offusquerait longtemps des flux et reflux également approximatifs des sondages, de l’audimat des (d)ébats de primaires ou même du changement de présidence de telle ou telle chambre de notables alors que le monde réel d’hier est en feu et que les « Fouché » de tous bords jouent les pompiers incendiaires.

Sur le malheur de vieillir, même et peut-être surtout pour une Grande Nation, ce n’est pas le guerrier trahi pas ses virils soldats devenus maréchaux mous ou pire hélas, Roi de Naples par exemple, qui froncerait un sourcil en regardant la litanie des guerres perdues (ou « gagnées » par procuration) depuis sa retraite forcée ou les débats politiques entre finalistes pré-retraités des campagnes (de France) que l’époque mérite.

Sur la Chine, il a déjà tout dit il y a 2 siècles avec la clairvoyance de ceux qui regardent tellement plus loin, tellement plus haut, qu’ils trébuchent (trop) fatalement sur de petits pavés et remmènent parfois plus bas que terre leurs ambitions et les espoirs de ceux qui croient en eux.

Sur la Russie dangereuse en hiver, il aurait pu prévenir Timoshenko du risque de dure chute si l’occasion ou la fougueuse impétrante s’en était présentée, mais peut-être l’admirateur de charmes slaves aurait-il été frappé par une ressemblance troublante et aurait-il préféré lui parler d’autre chose et lui laisser écrire seule le roman de sa vie, quitte à ce qu’elle risque de retomber de haut sans beaucoup de soutien ou de reconnaissance de la part de ceux, ingrats ou juste inconscients, qui lui doivent beaucoup.

Sur le pouvoir de la finance, ce n’est pas celui qui inspira le dicton boursier « acheter au son du canon, vendre au son du clairon » qui espérerait un Grouchy pour renverser le sens de l’histoire, ni celui dont la défaite à Waterloo contribua à asseoir quelques grandes fortunes de guerres modernes qui espérerait que l’économie réelle inspire quelque hauteur de vue patriotique à quiconque peut tirer profit rapide et facile de la déroute de ses propres soldats. On a les Waterloo qu’on mérite et les dividendes de ses mérites en guerres économiques.

Quant à la la Libye, ce n’est pas le Bonaparte de la campagne d’Egypte qui s’indignerait que le secrétaire d’état au commerce extérieur du moment ne soit pas comme d’habitude le radical de service traverse la Méditerranée, sinon les déserts, en campagne pour Paris. Tout au plus se demanderait-il peut-être s’il vaut mieux être regardé par 40 siècles du haut des pyramides ou emmener 80 entrepreneurs examiner les sites de rond-points à (re)construire mais il concluerait en grand pragmatique qu’il ne faut jamais dire, encore moins penser, et visse-versa : « fontaine, je ne boirai pas de ton eau« , parce que c’est toujours prudent d’avoir une poire pour la soif et de construire pour que ça dure au moins un siècle ou deux, comme disait Madame Mère.

« Pourvu que ça dure » dirait Bonaparte s’il devait traverser la crise économique du moment sous les feux croisés comme au Pont d’Arcole (en français 21ème siècle : « Jusqu’ici, tout va bien).

Renaud Favier – renaudfavier.com – musique ! – 13 octobre 2011

          

Ps : les bonapartistes de service sont assez silencieux ces jours-ci et on ne parle même pas en ville d’un nouveau livre sur 100 jours (à part celui de Tristane Banon qu’on peut tirer par les cheveux en considérant qu’il y a plus ou moins 100 jours entre le samedi du Sofitel et le vol Air France pour la place des Vosges, mais les frasques de l’ex-futur sauveur de la République sont plus de l’ordre du laid pompé que de l’épopée). Peut-être sont-ils occupés à lire le bouquin de l’académicien VGE qui ne porte pas -directement- sur lui-même, une fois n’est pas coutume.

C’est fini pour aujourd’hui (et comme c’est parti, c’est pas demain la veille de la prochaine épopée).

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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