Qu’en dirait … le capitaine Haddock ?

Archibald Haddock s’étonnerait de ce bel été indien d’octobre à Moulinsart. Et le descendant (les mots ont un sens) du chevalier François de Hadoque, capitaine de marine sous Louis XIV, resterait sans voix devant quelques millions d’autres sabords un peu partout.

Parce que même pour quelqu’un qui a du vocabulaire, il se passe en France et dans pas mal d’ailleurs des trucs sur lesquels on ne sait pas trop quoi dire. C’est par exemple difficile de trouver les mots pour dire « bravo » et « merci » aux Bleus qui ont été plus que vaillants en finale à l’Eden Park après un début de parcours chaotique down-under, limite préoccupant voire consternant si on n’avait pas la foi du charbonnier pour la stratégie du coach et autant confiance aveugle en nos joueurs qu’en nos politiques préférés. Quant-à savoir s’il est préférable de rêver un moment avant de perdre avec panache « à la Poulidor », de plus ou moins gagner sur un malentendu « à la Jean-Claude Dusse » ou d’acheter le destin à tout prix façon football contemporain et/ou client des derniers étages des grands hôtels quitte à enterrer des enveloppes sous les pelouses, à (dé)trousser la domesticité ou à battre des Gallois raz des fesses avec le même goût de scrupule au fond du coeur que celui que les Blacks devaient avoir en fin de match hier … ça se discute, il faut savoir s’adapter aux circonstances et au monde tel qu’il est devenu, on n’est plus au temps de la France de Louis XIV.

Sinon, le capitaine a l’âge de savoir qu’on peut aussi se réfugier dans les rêves et autres enchantements, mais qu’à part dans les amphis d’étudiants des facs et autres salles de profs où on n’a rien de mieux à faire que de refaire le monde, aux open bars des apéros Facebook et autres think-tanks de campagnes électorales où on n’a rien de mieux à faire que de se raconter qu’il faudrait défaire le monde et dans les meetings politiques et autres bouquins narcisso-électoraux où on n’a rien de mieux à faire que d’essayer de se faire préfèrer par tout le petit monde des zinstituts de sondages et autres zhoroscopistes, c’est un passe-temps de vieux riches bien nourris décadents, pas beaucoup plus utile(s) au progrès social ou à l’élévation morale qu’un débat TV entre avocats en Berlutti sur les affaires, un billet de blog d’un collectif de journalistes du Monde et des Inrocks sur le Gaullisme ou une déclaration de la le Pen au médiacosme sur la francophonie des prénoms et la décadence de Rome (rhum ?).

Si le capitaine Haddock était boursicoteur, il aurait la satisfaction de voir les marchés asiatiques rassurés par l’annonce d’une future fumée blanche au conclave du Vatican de l’Euroland malgré les inondations en Thaïlande ; les spéculateurs du CAC40 à la hausse et de l’Euro fort ravis en début de séance de la perspective de recapitalisation des banques pour sauver la Grèce malgré le chômage soigneusement entretenu dans la majeure partie du continent et le sang et les larmes annoncés avec précaution pour la plupart des djeuns malgré Erasmus ; et les Européens sincères entrevoir la possibilité d’un début de commencement de gouvernance économique à 17 et plus si affinités qui pourrait à terme aboutir à une gestion un peu plus raisonnablement « bon père de famille » des Club-Med, collectivités et autres hôtels où il ne se passe pas que d’ennuyeux congrès de commerciaux et autres notables (frais ?) à notes de frais. Il n’en demanderait pas plus (et ne chercherait pas à spéculer sur le franc suisse, lui …).

Sur les « libérations » du dimanche en Tunisie et en Libye, il ne pourrait bien sûr pas s’indigner contre ce qui semble, de l’avis de la plupart des commentateurs à la Ferry (Luc, pas Jules), des consciences à la BHL (pas au BHV, quoique ….) et autres médecins généralistes de la santé du monde plutôt bon pour la santé démocratique de tous les déserts en général et le bonheur des peuples d’autour du canal de Suez en particulier mais lui qui est assez vieux pour avoir entendu une bonne trentaine d’année d’enthousiasmes Saingermaindespristes pour le jeune Kadhafi et de louanges du microcosme marrakechiste sur l’exemplaire Tunisie, il aurait quand même comme un genre de doute, sinon, ou peut-être un léger hoquet, voire un petit début de pré-indignation.

Un peu comme quand il se disait en 2008 que c’était un peu optimiste de penser régler une crise planétaire (et la fonte des icebergs mais c’est une autre histoire et certains aiment regarder les glaçons fondre dans leur verre) juste par l’endettement public géré par des fonctionnaires exilés à Bruxelles ou ailleurs au service de l’intérêt général du « AAA » ou parachutés dans des établissements et autres collectivités territoriales au prétexte de l’intérêt général et de l’emploi public ou pantouflés dans des banques dites « privées » ou autres fromages toxiques à l’indifférence générale ou élus dans de confortables assemblées réputées garantes de l’intérêt général et des citoyens à l’insatisfaction générale mais personne ne semble avoir de meilleure idée raisonnablement démocratique.

Enfin, comme il a la chance de ne pas habiter dans une ville dont les élus assèchent le stock de Canard Enchaîné pour cacher ce que l’on ne saurait voir, qu’il a une bonne bibliothèque au château de Moulinsart et une médiathèque au village et qu’avec un peu d’esprit critique, de wi-fi et de sens de l’humour il peut trouver sur internet de quoi satisfaire sa curiosité sous son parasol sans trop se dégrader le neurone, il pourrait profiter du beau temps pour s’aérer un peu les méninges avec un café ou plus si affinités sur une bonne terrasse sans TV-bonimenteurs mort ou vif (pour Jean Amadou, paix à son âme de comique qui n’a jamais jugé indispensable de donner des leçons aux citoyens ou de se mêler de politique autrement que pour rire et faire rire des impétrants de tous bords, c’est assez exceptionnel et sage, voire exemplaire, pour être signalé).

Alors si parfois il ne voit pas bien les réalités en face, c’est 100% de sa faute, quoi que puissent en dire les sondages et autres démagogues.

S’il se casse la figure, c’est 100% de sa faute, quoi que puissent en raconter les politiciens et autres sportifs professionnels.

S’il se trompe de bouc-émissaire, c’est 100% sa faute quoi que puisse en raconter lapresse de caniveau.

S’il joue les Lawrence d’Arabie dans le désert, c’est ses affaires et celle des marchands de tapis mais il n’y a pas de valises suspectes à l’horizon.

Mais s’il fume la moquette, c’est 100% dangereux pour notre pomme, quoi que puissent espérer les électeurs et autres lecteurs de BD pour les chômeurs et retraités de 7 à 77 ans.

Parce que c’est quand même un des rares à avoir une vision lucide des financiers.

Un des rares à oser faire ce qu’il faut pour réparer le binz.

Et un des rares à (pouvoir ?) oser agir plutôt que de discutailler de la fiscalité de l’Orangina, de la taille réglementaire des haras fiscaux ou d’endetter les citoyens à taux variables en francs suisse ou whatever doesn’t work, un môme de 5 ans connecté à Twitter le saurait avant même d’avoir piraté le film de Spielberg.

Corne de bouc !

Renaud Favier – renaudfavier.com – musique ! – 24 octobre 2011

        

Ps : même le capitaine Haddock raconte et fait n’importe quoi sans se rendre compte de la réalité, mais lui c’est juste de temps en temps, il ne fait pas de politique.

C’est fini pour aujourd’hui, parce qu’il est temps de prendre un peu de hauteur pour mieux voir la vérité de la situation.

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A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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3 commentaires pour Qu’en dirait … le capitaine Haddock ?

  1. Desirade dit :

    Vivement que Roberto Rastapopoulos lance une FIP de proximité aux Antilles.

  2. Ping : Qu’en dirait … Rantanplan ? | Renaud Favier : Café du matin à Paris

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