Les Français de l’étranger ont pu voter (mais n’ont pas tous pu regarder le concert du Jubilé de la Reine)

Courrier International rêve d’un président issu de l’émigration dans son dernier numéro titré « Exportons-nous ! » consacré un peu au Jubilé de diamant de la Reine d’un Royaume Uni mais global, beaucoup aux 2 millions de citoyens Français de l’étranger, qui élisent 11 députés.

On ne suspectera pas le magazine apparenté au Monde (ainsi qu’à Télérama et au Monde Diplomatique, et au Huffington Post France pour le 2.0) de rêver trop fort au retour de Londres ou d’Irlande de l’esprit de Mongénéral, ni à un déferlement du « Swingin’ London » et de la City à Paris, même si le mélange réussi de ferveur populaire et d’enthousiasme « gentry » (avec sponsors et « people », on est au XXIe siècle, quand même) autour du Jubilé de diamant d’Elisabeth II, jusque dans le concert avec Rock Stars anoblies, donne un peu à réfléchir sur les voies et moyens de piloter la réussite réelle et durable d’un grand pays d’Europe qui aime le vent du grand large. On n’imagine pas le journal se référer à d’autres temps compliqués, voire révolutionnaires pour souhaiter le retour aux affaires françaises d’énergiques exilés politiques ou fiscaux ayant préféré, quelque part entre 1789 et 1995, voire 2012, leur propre liberté à une (in)certaine idée de l’égalité et de la fraternité collective sur laquelle on peut débattre sans fin entre Gaulois de Gaule mais qu’eux ont préféré observer depuis les balcons d’autres démocraties européennes plus ou moins frontalières, parfois au travers de fenêtres un peu plus éloignées et mieux isolantes encore contre les changements climatiques. Non pas que ces Français-là soient fatalement moins méritants que d’autres, moins clairvoyants ou moins compétents pour « faire marcher la boutique », ni d’ailleurs que leurs talents et ressources seraient des luxes plus contestables que beaucoup d’autres tentations contemporaines en France, mais l’air du temps à l’intérieur des frontières naturelles n’est pas au rappel des émigrés à Londres ou ailleurs, tandis que les premiers résultats des législatives à l’étranger (avec test grandeur nature de vote internet largement réussi en dépit de quelques plâtres à essuyer et quelques inévitables critiques, somme toute guère plus signifiantes que celles sur les votes des morts sur le territoire national) ne semblent pas refléter un sursaut en masse de réfractaires à l’idée d’une France « normale » à la française (ni d’ailleurs un sursaut des citoyens électeurs en général, la participation au 1er tour des législatives étant des plus modestes, autour de 20% en moyenne). Dont acte.

On ne sent pas non plus, entre les lignes de Courrier International, l’envie de France-Allemagne « à l’ancienne », moins encore de référence au « modèle allemand » qui, sans enthousiasmer forcément tout le monde en France, ni à gauche, ni à droite, semblait jusqu’il y a peu le chemin le plus carrossable pour faire avancer l’Europe et ses nations vers l’avenir de paix et de prospérité rendu possible par les pères fondateurs. L’air du temps, à l’intérieur des frontières, n’est pas trop à rappeler les espoirs de Mongénéral parti à Baden-Baden ou à envisager une inspiration allemande pour l’Europe, moins encore pour la France. Pas à une certaine idée de l’austérité, de la co-gestion qui marche plutôt qu’au dialogue social qui rame un peu, moins encore à la rigueur germanique. Les résultats des législatives et interventions de Français de l’Etranger dans les médias ne semblent, d’ailleurs, pas témoigner non plus d’une attirance très forte pour l’idée d’une France « normale » à l’allemande. Il faut dire que les candidats « éligibles », souvent parachutés, n’ont guère fait campagne sur le thème de l’Europe en général, des conditions de sa relance autour d’un axe franco-allemand en particulier. Dont acte.

Courrier International incite à regarder ailleurs, autrement, en montrant un jeune homme souriant à Shanghai, portant un parapluie sans se cacher dessous. Une certaine idée de la nostalgie fera penser que la photo a été prise du Bund, d’un endroit pas très éloigné de l’ancienne concession française. Une certaine nostalgie de l’idée de lendemains qui chanteraient partout la même Internationale fera penser que la photo a été prise en Chine Populaire. Un mélange de flegme britannique et de pragmatisme allemand aidera à voir que la photo a été prise du côté du monde où le soleil se lève (nb que c’est parce que le méridien de référence passe vers Big Ben -qui pourrait être renommé en l’honneur d’Elisabeth II- que les heures du monde moderne sonnent souvent en anglais et que le soleil se lève à l’autre bout du Commonwealth), dans une des villes portuaires autour de laquelle l’économie pulse maintenant (on peut verser toutes les larmes de son corps sur Venise ou d’autres anciens glorieux ports d’Europe qui ne voient plus passer que des paquebots quand les ancres flottantes et autres partenaires sociaux le permettent, de plus petits promène-touristes encore quand une sardine suffit à les boucher, c’est ainsi que le monde va). Dont acte.

Si Courrier International avait eu plus le sens de l’humour britannique (dont on rappellera qu’il est franchement Européen n’en déplaise à qui voudra, car il ne peut en être autrement dans un pays qui a pour devise « Dieu et mon droit », et dont la dynastie régnante est issue des Saxe-Cobourg) et s’il était paru quelques jours plus tard, il aurait certainement utilisé une photo de Buckingham presque aux couleurs de la France, puisque le bleu le blanc et le rouge sont également les couleurs du Royaume-Uni (honni soit qui penserait que la France est un Royaume désuni, ou l’Européen qui soulignerait que l’Union fait la force).

Si Courrier International avait pu lire le -superbe- discours hommage du Prince Charles à sa mère Elisabeth II à la fin du concert du Jubilé, il aurait sûrement copié-collé la formule « Unity within Diversity ».

Si Courrier International, qui évoque le Jubilé en « Une », était « Les Inrocks », il proposerait peut-être un lien vers un replay du concert de Buckingham (diffusé en direct par la BBC, mais accessible seulement aux internautes du Royaume-Uni) ou au moins un debrief par un Français de l’étranger présent au royal concert : Noblesse et Rock n’ Roll obligent !

En attendant que la question se pose en France de voter, ou pas, pour un Français issu de l’émigration, et en espérant pouvoir regarder le replay du concert de Buckingham avant la prochaine élection présidentielle ou Européenne, on peut déjà e-lire des eBooks contemporains sur les changements en France et pour les Français et autres citoyens de l’étranger.

    

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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