C’est (la mémoire de) Doisneau qu’on veut assassiner !

Robert Doisneau

Mozart est mort (et ses contemporains ont manqué de talent sur le coup, parce que s’ils l’avaient un peu mieux soigné, ils auraient touché bien plus de droits d’auteur, et s’ils lui avaient construit un tombeau bling comme pour n’importe quel bourgeois gentilhomme ou proxénète, ils gagneraient plus avec les touristes asiatiques qu’avec leurs Kugeln et les photos de Sissi), comme Doisneau, le Mozart de l’argentique, Prévert, le Mozart des mots qui chantent, et le Paris d’hier.

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La Tour Eiffel en liberté, 1969 – Robert Doisneau – easyart.fr

Comme la très grande majorité des poètes d’avant les caméras wifi, et comme beaucoup des sujets, starlettes, politiciens, sportifs et autres modèles de tous genres méritant qu’on gâche de la pellicule, de l’encre de couleur, du café noir, ou de la mémoire en noir et blanc.

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Prévert par Doisneau – lecoffreauximages

Mais, quand même, dézinguer le fantôme de Doisneau à grandes rafales d’intolérance, ce serait aussi ballot que de ne jamais écouter Mozart, vendre l’Arc de Triomphe au Qatar (flûte, c’est fait), abandonner la terrasse de la Samaritaine à des prédateurs (flûte …) ou brader aux Chinois la DS de Mongénéral avec les archives de la Croisière Jaune (F…).

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Le magasin Merode, Prévert photographié par Doisneau en 1953

Je dis ça, je dis rien, si les acteurs de Top Chef et les intermittents du conseil des sinistres préfèrent interdire les smartphones plutôt que d’essayer d’éduquer les paparazzis (en gros, si on explique aux secrétaires d’état invités en conseil des sinistres que ça ne se fait pas de téléphoner à table et d’enregistrer les blagounettes des petits chefs en talonnettes, et si on dit aux touristes que photographier une assiette, c’est comme pisser dans la piscine, ça se fait discrètement, sans flash, son du portable coupé, et sans hurlement de triomphe, pas du haut du plongeoir avec feu d’artifice et sirène), ce n’est pas plus ballot que quand on a interdit le tabac dans les bistrots sans oser gérer le sujet des terrasses, et que du coup l’intérieur des troquets est devenu insipide comme un cours de l’ena, et les terrasses parisiennes infréquentables pour les femmes du monde (fut-il du demi) ayant du nez et les gens normaux pas adorateurs des demi-dieux puants de la Havane ou de chez les fabricants de fumées pour pauvres à mauvaise haleine n’aimant pas le dentifrice, ni les cachoux (lire amateurs de diesel, suceurs de cigarillos, bécoteurs de e-clopes, allumeurs de tout et de rien, cousins péteurs pas bien rasés, roteurs d’élite et malodorants de toutes catégories, êtres officiellement humains et non tarifés en tous genres trop et mal parfumé(e)s, etc …).

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Doisneau – 2606 – La jambe rue d’Alésia – PARIS – 1968 – angor.blogzoom.fr

Bref, je respecte que certains spécimen de tribus irascibles considèrent qu’on leur enlève un peu de leur âme en prenant des photos (les mots ont un sens, « prendre », ça ne veut pas toujours dire « butiner dans l’air du domaine public » ou « trouver sous les sabots d’un cheval marchant dans une rue appartenant à tout le monde ») et exigent considération, genre demande courtoise d’autorisation, sinon proposition de rémunération raisonnable pour des photos de la Tour Eiffel à usage commercial, des images de volcans d’Auvergne endormis pour les publicités sur facebook, des snapshots de people de tous sexes exhibant leur botox (ou tout botox exhibant leurs sexes ?), ou des shootings du Cervin sous le soleil pour les fonds d’écrans d’ordinateur et autres illustrations dans Twitter, et je veux bien faire semblant de croire aux concepts de secret professionnel même au temps de caméras de surveillance à tous les coins de rues, salons (plus ou moins professionnels et/ou avec professionnel(le)s), boudoirs et couloirs, et des satellites espions voyant partout jusqu’à ce que même les big et small brothers des webcams de tous les appareils made in China et les pirates de derrière les claviers des DAB ignorent, mais de là à se faire des noeuds au neurone pour l’intimité des minet(te)s en terrasse ou le « droit à l’image » d’une assiette de pâtes aux fausses truffes dans un resto aux clients, cuisiniers ou décorateurs plus ou moins susceptible, le respect de la vie privée pour des gens s’exhibant discrètement dans des lieux aussi publics (les mots ont un sens) que le bord de la route du Bois de Boulogne, les Champs-Elysées aux heures d’ouvertures des commerces ou des boites exemplaires de l’avenue ou des rues louches derrière, ou les carrés VIP (Very Indecent Prostitutes de tous genres) des lieux de débauche genre meetings politiques, stades de foot, ou boites de nuit, ou l’agacement d’honnêtes commerçants …

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La cantine Renault, Boulogne-Billancourt, 1951. Robert Doisneau

Bref, on s’en bat l’oeil du buzz anti Google-Glass (et/ou anti photo « normale » avec appareil comme avant, truc électronique comme tout le monde, Gopro ou assimilé comme Shumacher, ou Smartphone comme les djeuns de 0,7 à 777 ans de maintenant), qu’il soit (probablement), ou pas (des fois, les gens se déclenchent tout seuls, mais c’est über-rare parce que c’est bien moins fatigant quand des publicitaires et/ou lobbyistes font le boulot) 100% orchestré par les geeks du marketing de nouveaux gadgets électroniques dont on n’a pas besoin parce qu’on a déjà toute la collection de caméras ultra-HD qui font clic dés qu’on leur parle même la nuit dans un sac fermé comme les smartphones, de montres-caméras et autres briquets infra-rouges de James Bond, de stylos enregistreurs (ne pas pas se tromper, le parapluie bulgare en séminaire de direction ou conseil des sinistres, ça serait un service à rendre à l’humanité, mais ça ne ferait qu’un article chez Paris-Match, pas un scoop Mediapart) et de téléphones qui peuvent prendre des photos si on s’arrête un petit quart d’heure pour faire du yoga l’oeil rivé au mini écran en attendant que le processeur ait fini de réfléchir ou si on lâche le volant des deux mains en bagnole le temps d’avoir pris une prune, perdu 2 ou 3 points, et crashé contre un poids lourds qui bosse ou un panzer diesel 4/4 à vitres teintées patibulaire mais presque parce que personne n’aime se faire flasher, chez ces gens-là.

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L’avion de Papa – Robert Doisneau – 1934

La peine de mort contre la mémoire photographique, c’est pas une vue vie de l’esprit, c’est un crime contre la liberté de (sa)voir, revoir, prévoir aussi, alors s’il vous plait, lâchez les slopes de gens qui aiment pêcho des images qui s’enfuient pour toujours sous leurs yeux.

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Doisneau – Paris Tour Eiffel

Clic !

Renaud Favier 24 avril 2014

PS : pour admiramateurs/trices http://joliejoconde.com/2013/05/02/robert-doisneau/

PS 2 : sur Paris (insolite) http://www.pariszigzag.fr/visite-insolite-paris/les-plus-belles-photo-doisneau-paris

PS 3 : Paris Tango http://mescouleursdutemps.blogspot.fr/2011/06/doisneau-buenos-aires.html 

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A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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