Avant, des Français voyageaient. Mais c’était avant (leurs crises). Maintenant, ils (s’en)fuient.

Crédits : Xavier Gorce

Crédits : Xavier Gorce

Avant, la crise climatique, les changements politiques, le dialogue social en déconomie de marché, et facebook, on avait déjà des Françai(se)s qui voyageaient. Mais c’étaient des gens rares (c’était cher, compliqué, parfois encore plus dangereux qu’aller au ciné en bus), sinon différents.

Vacances Holiday

Crédits : Quirit

Genre des Français aux semelles de vent, exceptionnellement poètes, parfois assez émotifs, voire maudits pour être aveugles dans leurs périples (périls ?) entre sables trop chauds pour être assez émouvants, Sibéries pas assez orientales pour être révolutionnaires, et tropiques tristement climatisés, généralement pas assez chanceux pour trouver de vrais mots à (mé)dire à la France, de bons maux à décrire aux Français, de belles lettres à écrire pour la République, mais toujours aventureux, la plume vive et alerte, dans le vent du grand large, sinon en plein air …

voyages-internet

Crédits : Tastet

Genre des Barcelonnettes qui allaient voir aux Amériques plus ou moins centrales si la terre n’y serait pas un peu plus nourricière (de la à payer les mômes de leur village qu’ils faisaient venir comme stagiaires pour faire plaisir à leurs anciens potes, et surtout aux MILF dont ils faisaient leur 4 heures et autres soeurs de stagiaires pour le 5-à-7 pendant les vacances au pays, c’était déjà encore otchoz, comme dans les agences de com’ et les cabinets d’avocats et/ou ministériels de maintenant), des Protestants qui protestaient avec leurs pieds parce qu’on révoquait leurs (cr)édits sans leur avoir demandé leur avis (leur vie, c’était encore otchoz, ça pouvait se négocier, comme les impôts et gabelles d’alors, mais sans exclusivité confessionnelle, on trucidait volontiers en ce temps-là), ou des pauvres qu’on envoyait en Nouvelle France pour le Roy ou qui partaient vers l’Empire pour la République (ceux qui étaient bannis à Cayenne pour un malentendu, une bévue de jeunesse, ou une erreur judiciaire, ou dans l’Océan Indien rapport à une guerre perdue par les militaires ou une révolution ratée par les avocats et leurs ouvriers, c’est encore otchoz, de même que Napoléon à Saint-Hélène, c’est une histoire de France compliquée, on pourrait en faire un long roman en/pour Français nostalgique(s) de grandeur et de lettres majuscules tellement c’est épique et exotique, voire mémorable courant épopesque, et certains s’y sont d’ailleurs essayés, mais là maintenant toussoudain, j’ai pas le temps de jouer les Hugo sans rime, Tolstoï sans rythme ou Stendhal, même sans descriptions de Toscane, et les -éventuels- e-lecteurs d’aujourd’hui veulent du twit, du tango brutal, pas de la valse lente, même langoureuse, avec ponctuations de précision et concordances comme du temps du Bescherelle, odeur de papier vieilli lentement, et toussa-touça).

voyage-rabais

Après le droit de vote pour les femmes et le début de l’interdiction d’à-peu-près tout le reste depuis fumer en avion jusqu’à cultiver ses tomates, ça a longtemps été pour motifs soci(al)o-économiques, les exils, soit qu’on ait eu les moyens d’aller au Club Med’ (avant, c’était populaire et abordable, même si c’était déjà vulgaire) ou de faire le tour du monde en mini-bus VW comme les baby-boomers, soit qu’on ait été forcé d’aller faire la plonge à Londres comme leurs mômes chômeurs, soit qu’on ait eu la trouille de devoir payer des impôts à cause des communistes aux gouvernement, comme tous les entrepreneurs (sinon, on aurait encore des boites, et les startups dépasseraient le seuil de 19 subventionnés au-delà duquel on commence à payer des impôts) ou de ne plus pouvoir se payer à manger, comme les retraités normaux.

Voyage

Crédits : Sunners

Mais c’était avant (avanti ?). Parce que maintenant, même les gens normaux qui n’aiment pas plus le tourisme à l’étranger que les touristes étrangers, même les classes moyennes normales qui n’aiment pas plus les bagnoles allemandes que la vente des bijoux de famille à des étrangers, même les djeuns fonctionnaires qui ont réussi un concours administratif de jardinier du Sénat ou de cuisinier dans un conseil départemental pour éviter de devoir bosser en France ou à l’étranger, même les profiteurs du système les mieux planqués dans les niches fiscales les plus solides en France genre collection de tableaux hérités ou métier protégé avec comptes et pieds à terre à l’étranger, tout le monde pas trop lauréat de concours administratif franco-français même pas reconnu à Bruxelles, pas titulaire d’un fromage parapublic non délocalisable même en zone Euro, ni scotché à des privilèges pas facilement transférables en dehors de la zone de couverture gratuite par la Sécu et Pôle Emploi, a des envies d’aller voire des ailleurs, des tentations de Venise, voire d’étrangers plus (ou moins) exotiques.

Voyage Humour

« Voyage, Voyage … » – Crédit : Grémi

Ceci twitté,  ça gave un peu de lire les courriers des (é)lecteurs collectionneurs de Rolex autres twittos monomaniaques du fric. Ces gens-là devraient relire Stefan Zweig, voire une Bible ou autre Livre édifiant et bon pour la morale, plutôt que leur guide des paradis fiscaux sans convention d’extradition mais avec la Sécu, la gazette immobilière du canton de Vaud, ou les petites annonces du Chasseur Français de Marrakech à Phuket.

Exil doré

Quant aux ceusses qui jouent les vilaines petites musiques maniaco-suicidaires de l’exil forcé pour eux ou pour les autres en prétendant ne plus se sentir chez eux, ou ne pas s’y sentir encore assez, on pourrait leur (pré)dire, oh ! bien des choses, par exemple que quitter la France ou tout autre pays d’Europe grosse de guerre et pire dans les années 30 en laissant son libraire, ses domestiques et son rabbin derrière soi, ça pouvait aider à sauver sa peau, ou pire, mais pas son âme, tandis que cracher, ou pire, sur les citoyens et les valeurs d’un pays libre que ses parents ont choisi parce qu’on pouvait s’y aimer nu(e)s sans se faire lapider, et y lire, et élire, ce(ux) qu’on voulait sans devoir se cacher pour ne pas déplaire aux fans d’intégrismes d’un genre ou l’autre, s’excuser auprès des communautaristes ou de leurs défenseurs plus ou moins provocateurs et plus ou moins désintéressés, ou se confesser chez leurs prophètes plus ou moins raffinés et exemplaires, c’est pathétiques au mieux, très détestable au pire, enfin, qu’abandonner sa vie parce qu’elle manque de confort et qu’il faudrait entretenir son toit et cultiver un peu le jardin dont on a hérité malgré la météo contraire, les vents mauvais, et la téléréalité 24/24 maintenant, c’est comme voler celle des autres parce que leur jardin est plus vert (et le restera jusqu’à ce qu’on ne s’en occupe pas comme il faut) ou quitter son foyer parce qu’on a vu des enfant plus sexys dans la rue et/ou des photos d’adultes plus jeunes sur internet, ça ne se fait pas, c’est comme abandonner son chien parce qu’on a préféré claquer (et pour ça, whatever works, clopes plus ou moins légales et boissons gazeuses alcoolisées ou pas pour les uns, immobilier au Maroc et Rolex aux truffes pour les autres) l’argent du vaccin contre la rage et qu’on n’a même pas le courage de le lapider gratuitement en face des autres en le regardant dans les yeux sous le regard des webcams comme quand on ment normalement avec exemplarité juste et le soutien moral d’au moins 51% de citoyens du coin.

Le Grand Bleu Voyage

Les gens qui (du ?) voyagent ne naviguent pas (non plus) sur un fleuve tranquille …

Voyage

Crédits : AV

Epicékomsa

Renaud Favier31 mai 2014

PS : Italia ! Where else ? http://www.youtube.com/watch?v=bse02AUNP_o

PS 2 : Le Pérou, c’est encore ça ? http://www.youtube.com/watch?v=7h6qID1O5vE

PS 3 :  Italia ! Nothing else ! http://www.youtube.com/watch?v=MkpEqtJY4QI

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voyage-virtuel

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A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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Un commentaire pour Avant, des Français voyageaient. Mais c’était avant (leurs crises). Maintenant, ils (s’en)fuient.

  1. aviseurinternational dit :

    A reblogué ceci sur Aviseur international.

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