Source : http://www.lexpansion.com
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On peut analyser finement les statistiques et l’évolution des parts de marché, disserter sur le coût des matières premières ou les effets de la désindustrialisation, relativiser la comptabilisation d’une vente d’Airbus, se féliciter de l’internationalisation des grands groupes pour contester la pertinence de la balance commerciale comme indicateur de santé économique.
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On peut espérer que les nouveaux consommateurs passeront bientôt des biens d’équipement « made in Germany » au luxe « made in France » ou rêver que les PME trop petites pour exporter vont grandir miraculeusement, que les primo-exportateurs vont réussir durablement à l’international et que les « ETI » françaises performantes et solides financièrement vont se multiplier par génération spontanée autour des pôles de compétitivité pour conquérir le monde avec l’appui d’un dispositif de diplomatie et d’intelligence économique ultra-performant et d’une Equipe de France de l’Export ultra-compétitive.
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Mais il faut appeler le chat un chat et constater qu’aujourd’hui le félin gaulois, quelle que soit sa couleur, n’attrape plus guère de souris : de septembre 2009 à septembre 2010, en dépit d’une relative stabilisation du nombre d’entreprises exportatrices un peu en dessous de 100 000 et du relatif maintien de nos parts de marché au sein de l’espace européen, malgré les initiatives de soutien à l’innovation, le déficit commercial français s’est accru de plus de 50%.
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Il ne sert pas à grand chose de regarder dans le rétroviseur et de regretter de n’avoir pas fait « les bons choix » selon la formule d’un politicien de talent du siècle dernier, de n’avoir rien su copier de l’Allemagne sinon l’attachement au Mark fort (appelé « Euro » en ce moment), rien voulu apprendre des Etats-Unis sinon la résistance au changement (appelé « Yes we can » en ce moment), rien entendu du nouveau monde émergent avant les sirènes de l’incendie (la maison est en feu, on le sait et on regarde toujours autre part, d’ailleurs), enfin pas retenu grand chose de de Gaulle sinon une certaine idée néo-coloniale d’une exportation méfiante des grands pays « pas sérieux » et passant par Baden-Baden ou l’Irlande pour éviter les corporatismes, grévismes et autres spécialités en « isme » (appelées « chienlit » hier) également hostiles au goût du risque et à l’esprit d’entreprise. « Et pourtant, elle tourne » : la France reste 15è du classement de compétitivité globale du World Economic Forum.
On ne serait complet sans jeter une petite pierre, voire quelques rochers sur les villas ou riads des acheteurs de véhicules dits « de statut » genre 4*4 de jungle urbaine et autres produits indispensables forcément made in ailleurs, des optimisateurs fiscaux et autres investisseurs avisés dans la pierre stérile, voire des entrepreneurs partis exercer leurs talents sous des cieux délocalisés plus cléments. Mais au pays du « responsable mais pas coupable » et de la défausse courageuse sur les bureaucrates bruxellois ou autres, le temps n’est probablement plus à l’arrêt des magnétoscopes à Poitiers ou à la menace au pouvoir d’achat, si dévoyé soit-il.
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Peu importe ! Aujourd’hui, il n’y a d’autre option que d’être très pragmatiques pour tenter de sortir par le haut. « Pragmatisch », auf Deutsch.
Il faut comprendre que seule la conquête de plus de clients hors de France par plus d’entreprises, notamment nouvelles et innovantes à potentiel de croissance, employant durablement des gens en France, n’important pas tous leurs composants à valeur ajoutée et payant un tant soit peu d’impôts en France, peut changer la donne et contribuer au pouvoir d’achat, au paiement des retraites, à l’entretien des routes et des écoles et au remboursement des dettes pour faire « simple et court ». It’s Export, Stupid !.
Admettre que seule une internationalisation responsable de la part des entrepreneurs et investisseurs et une amélioration tendancielle de la compétitivité par les autorités publiques et leurs partenaires sociaux et autres permettront aux efforts de porter des fruits.
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Savoir que ce sera difficile car, G20 ou pas, protectionnisme et guerre de change ou pas, altermondialisme ou pas, grève des dockers ou pas, la règle du jeu a changé, il n’y a plus d’ascenseur commercial mais au mieux un tapis roulant sur lequel chacun cherche à dépasser les autres par tous les moyens, y compris entre Français bien sûr : malheur aux lents et à ceux qui courent avec des valises ou des boulets (ou qui se tirent des balles dans les pieds ou qui refusent les jeu collectif ou qui privilégient les corporatismes étroits ou les intérêts de court terme, cela revient au même).
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Ceci posé,le pire n’est pas inévitable (les vrais déclino-masochistes purs et durs peuvent tout de suite passer à l’imprécation attalienne en fin de ce document) :
- les handicaps français dans la guerre économique sont identifiés article de Commerce International
- les grands enjeux sont connus article de La Correspondance Economique
- les voies de la compétitivité internationale sont en partie défrichées : article de Classe Export
En attendant l’Advocacy Center et l’Hillary Clinton à la française, la fin des grèves et du championnat des Gaules de tir de balles dans les pieds, de bonnes nouvelles du G20 de Séoul sur le libre échange et/ou le cours des changes, retour sur les débats du 3ème Forum International Economique et Financier de Paris, en partie consacré début 2009 aux enjeux du commerce extérieur pour la sortie de crise, le soutien aux entreprises à l’international et l’adaptation de la France au nouvel ordre économique mondial.
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Christine Lagarde
Carole Richard Altrad (415 MEUR, parti de zéro il y a 25 ans, actif aujourd’hui dans 100 pays)
François David
Marc Giget
Renaud Favier
Questions-Réponses
Un complément sur l’Equipe de France de l’Export : Alain Cousin, Président d’Ubifrance
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L’essentiel a déjà été dit et écrit, au matin du G20 de Séoul sur la guerre économique mondiale, la guerre des changes, les tentations protectionnistes, la diagonale du G2 Chine-USA et les inévitables changements de donnes commerciales, industrielles et financières au détriment des pays anciennement industrialisés, enfin les risques de rechute de la crise. Chacun des participants connait les enjeux, particulièrement la France, prochaine présidente du G20 en 2011.
Un armistice est incertain ce 11 novembre ; le ruban blanc de l’inquiétude économique européenne flotte autant que le drapeau couleur de paix (mais de deuil en Asie du Nord …).
Attali sur les perspectives internationales (préparez vos mouchoirs)
Echelon sur certaines réalités de la guerre économique en cours (2 parties)
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RF 11 novembre 2010
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Bonus : parce que c’est le 11 novembre ; parce que Casablanca, c’est aussi un des plus beaux films ; parce que la Marseillaise, c’est une superbe chanson ; parce que le soldat inconnu, c’est un compagnon à ne pas oublier ; parce que la résistance, c’est une belle obligation ; parce que la collaboration, c’est comme la guerre, moche ; parce que « errare humanum est » mais « perseverare diabolicum ».
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Pour les collectionneurs de vérités et de films sur la « der des der », il y a aussi le très joli Tavernier « la vie et rien d’autre » avec Azema magique et Noiret tigresque, forcément tigresque (« … et tout à coup, une antilope … ») , et puis « Joyeux Noël », en allemand, mais c’est pareil, voire mieux je trouve : pas besoin de sous-titres, si ?
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