Une candidature au nom d’une certaine idée de l’élection présidentielle réjouira des nostalgies de grandeurs et dopera les consultations sur Dailymotion du discours de Villepin à l’ONU. Mais au pays qui fut des 1000 et une nuits, on espère surtout le 21è siècle.
Il y a certainement, à Bagdad, des nostalgiques de temps anciens. D’une époque imparfaite, forcément imparfaite, mais que la noirceur de l’époque et le polissage du temps font regarder avec les yeux d’une chimène qui aurait égaré ses lunettes. Des romantiques dont le coeur battra au souvenir de lectures de jeunesse sur des conquêtes à la hussarde, des destins de grande nation, des rêves d’empire.
Il y a certainement, à Bagdad, des francophones amateurs d’une certaine esthétique de la politique. Du genre à s’émotionner en écoutant clandestinement sur Radio France Internationale le compte-rendu d’une visite de musée buissonnière par un ministre ou à lire avec gourmandise d’élégantes bandes-dessinées parisiennes.
Il y a certainement, à Bagdad, des fidèles d’une certaine idée de la laïcité qui se réjouiront d’une certaine idée des négociation d’avant premier tour autour de Notre Dame d’autant plus que leur sens de l’humour n’aura été anesthésié, ni par les haines personnelles, ni par la saturation des candidatures de témoignage (chrétien ?), ni par un enivrant parfum de jasmin.
Il y a certainement aussi, pas loin de Bagdad, des adeptes d’une certaine idée de la real-politik qui ne seraient pas hostiles à ce qu’on dépolitise et dépassionne un peu les débats sur les questions énergétiques et la politique industrielle, le nucléaire civil en particulier, pour pouvoir diplomatiser calmement en France et ailleurs.
Pour autant, à Bagdad, la plupart de citoyens ont d’autres chats (shah ?) à fouetter et s’intéressent d’autant plus mollement à la politique franco-française que si l’inauguration d’un centre des affaires français près de l’ambassade avait déclenché une ferveur populaire notable début 2010 en dépit de l’absence de discours de Villepin, on attend probablement une visite de BHL et l’arrivée des PME pour sortir les drapeaux tricolores.
Un grain de sable passe … sur TF1. Bagdad en a vu d’autres, comme la plage de la Baule.
©2011 Renaud Favier – renaudfavier.com – musique ! – 12 décembre 2011
PS : Bagdad est un des berceaux de la civilisation humaine, selon la formule consacrée. On y a le sens de l’histoire longue, alors on s’intéresse moins aux épiphénomènes de campagnes parisiennes qu’aux enjeux de la reconstruction européenne, moins aux petites affaires de banques luxembourgeoises et autres relais ou châteaux qu’aux images de maîtres du monde à New-York, et moins aux statistiques de popularité à 6 moins d’une élection en France qu’aux cours de l’Euro et du pétrole. « It’s global economic-war, not campagne de France ou guerre des Gaules ! » (se ? nous ?) dirait-on au pays où l’on aime les contes mais où l’on préfère les milles et une nuits aux cent-jours et où l’on se demande si l’esprit de sacrifice de Chevènement et Villepin candidats en 2012, c’est vraiment la projection de la France dans une certaine idée de la modernité.
C’est fini pour aujourd’hui, parce qu’un candidat qui fait 1% dans les sondages avec une certaine idée d’un pays qui représente 1% du monde, même les plus francophiles citoyens de Bagdad et d’ailleurs s’en fichent à 99% (les autres 1% pensent qu’il s’agit d’une posture destinée à préserver un rapport de force par mauvais temps). Le centre (nombril ?) post-gaulliste (gaulois ?) de la France, ça a eu intéressé Bagdad et le monde (Le Monde ?) et on y a cru comme aux sommets contre le réchauffement climatique ou au 21è siècle en l’an 2000, mais c’était il y a longtemps.
Sur Twitter, c’est comme à Bagdad, d’ailleurs, on est plus intéressé par le voyage à Washington du Premier Ministre al-Miliki et le discours aujourd’hui du Président Obama sur la sortie américaine d’Iraq que par le journal de TF1 de dimanche passé.
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