Temps de chien, et encore, mais il vaut mieux en rire qu’en mourir

Avec cette pluie hors saison, on perd son Pantone. Bleu et Jaune, en principe ça fait vert, pas or. Et pourquoi le vert (de rage) tend vers le rouge (de honte) et tire sur le bleu (de France) ? Et pourquoi Tartuffe est Harlequin en Avignon ? Quel temps de chien ! Pire, au-delà.

La caravane passe, les chiens aboient. Ceux qui peuvent.

Il y a quand même, heureusement, de quoi sourire. Par exemple des favorites professionnelles américaines, qui jouaient en blanc hier en Allemagne, et sont tombées par excès de confiance du haut de leur siège un peu comme les professionnels de la politique qui jouaient en rose en 2002 en France. Les très méritantes joueuses Japonaises qui portent le nom d’une fleur (bleue ?) ont gagné, 2 ou 3 fois de suite d’ailleurs depuis leurs « primaires » contre les avis des zexperts en pronostics sportifs reconvertis de la rubrique des sondages politiques, avec le coeur et la sueur et ces fleurs japonaises sont aussi belles, voire encore un petit peu plus, que les fleurs du foot françaises qui ont perdu avec honneur mais pour du beurre la finale pour la 3ème place (et on ne peut pas leur en vouloir, la petite finale, même la génération magnifique des Grands Bleus d’Hidalgo la jouait par-dessus la jambe). Marrant en tout cas cette sorte de résonnance entre la victoire des Bleues du Japon et celle du plus amateur de Sumo des Français en 2002 : l’histoire a de l’humour, parfois.

Le Bleu gagne au foot à visage humain pendant que l’Argentine et le Brésil se font virer en quart de finale de Copa America : le rouge est un peu mis pour une certaine idée de la compétition où tous les coups (coûts ?) sont permis. Pour autant, la Rose du Poitou qui cherche à mettre le costume de Mongénéral cet été n’a pas nécessairement un instinct très sûr du changement climatique dans le monde réel. Le gallo-socialisme du domaine des dieux après la fête à neuneu d’Astérix chez les Normand, c’est quand même un peu comme si le ciel était tombé sur certaines têtes.

Parce qu’une rouge qui devient bleue et ça marche comme une horloge suisse, ça s’est déjà vu, mais ce genre d’histoire n’arrive qu’en Allemagne. C’est comme une victoire du Japon en finale de coupe du monde de foot, et même là-bas c’est exceptionnel comme du soleil cette semaine ou une primaire à gauche sans trop de triche chez nous. N’est pas Merkel qui veut, et Angela, oui : elle a commencé sà carrière au pays des jeunesses communistes mais elle a grandi et atteint l’âge de raison jusqu’à réussir une grande coalition qui gagne et qui pourrait même plus ou moins prendre une sorte de leadership officiel des pays européens sérieux (les autres, c’est la Chine qui rachète). Mais non : elle refuse la démagogie quitte à risquer de perdre les élections comme un Schroeder de base ou ce pauvre Kohl qui a réussi l’impensable et qu’on a couvert de boues de toutes les couleurs (couleuvres ?) parce que certains dans son parti avaient fait de la politique « moderne » et qu’il n’a pas voulu dénoncer les coupables (sur ce coup, en Allemagne, les coupables n’ont pas été jugés responsables, c’est pas comme à Nüremberg au temps de la TV noir et blanc, c’est plutôt gris moche et triste couleur Vel’ d’Hiv’, ça doit être la mauvaise influence exercée sur Helmut par une certaine France surfant sur un arc-en-ciel flou entre pactes et collaborations, n’est pas de Gaulle qui veut). Et pendant que la Soubirou 2.0 entend la voix du Général, la dame aux épluchures fait le chemin inverse pour tendre la perche aux communicants de Solférino, non sans danger, parce que faire femme de ménage courageuse et honnête, chez Elf c’était méritant et courageux, mais à Avignon, c’est moins élégant et probablement plus dangereux pour la carrière. De la roche de Solutré au port de la Rochelle, la pente est mauvaise et en tout cas pas sans risques. « Merkel pour les nuls », ce serait plus utile que « Petits meurtres entre camarades » comme livre de chevet cette année pour les sportifs inscrits aux jeux d’été socialistes, non ? Pour les supporters aussi. En plus, il y a un petit coin de bleu sur la couverture du bouquin (la chemise de l’ami de 30 ans, d’ailleurs abandonné depuis en rase campagne par ses camarades, comme quoi de Chamonix à la Rochelle, la politique en France est restée assez monochrome depuis l’invention de la TV couleur).

Ceci dit même si le ciel Bleu n’est plus ce qu’il était si cette mode du jet d’épluchures vers les gens biens, notamment ceux qui font le job et représentent la France au bout du monde pendant que la caravane s’amuse en Provence, est un peu agaçante, ce n’est que du néo-rétro bien dans l’air du temps : les prévisions météo et les plans stratégiques des divers PS  (PS1 de Marine, PS2 de Cécile, PS3 de Manu, PS4 d’Arnaud, PS 2.0 de Ségo, PS 2002 de François, PS ? de ? …) semblent sortir du même super-ordinateur qui date du (gos)plan calcul et qu’on n’utilise normalement plus que pour les sondages politiques, les statistiques économiques et le calcul du juste prix du Bordeaux Primeur. Bien sûr ce serait mieux pour tout le monde de ne pas aboyer tous les éléments de langage du petit livre rose avec le doigté du gentleman Henri Emmanuelli mais à partir du moment où on peut faire un « non-doigt » au PM à l’Assemblée, on peut aussi le « non-insulter » devant les caméras sans perdre le droit (doigt ?) de revendiquer le monopole de la décence morale.

Heurusement, la pluie d’injures d’été s’évapore comme la bave du crapaud sans trop sans remplir les nappes phréatiques : c’est comme les brumisations politiciennes de la caravane du Tour de France et des festivals, qui n’irriguent guère la République, ou les arrosoirs professionnels qui sont un peu rabougris (voire pyromanes mais c’est un autre sujet, ou pas) pour éteindre les incendies médiatiques : le temps est un peu pourri et peut être y-a t’il quand même un genre de dérèglement du climat politique même si EELV s’en lave les mains dans son seau et si Saint Alègre s’en moque avec d’autres sots (…lférino ?), mais il vaut mieux en rire, ça ne suffit même pas à abreuver les veaux.

Le seule truc notable parmi les insignifiances télévisées de malgré-nous de permanence pendant l’été, c’est cette hstoire de chien adopté à la SPA qui aurait d’abord commencé à manger son précédent maître décédé et incapable de le nourrir (c’est sans doute la moins mauvaise excuse jamais entendue pour une maltraitance d’animal) avant de mordre la môme de sa famille d’adoption, probablement par un mauvais réflexe et pas par « méchanceté ». Cela fait penser à certaines partiques en politique moderne. Une chaine TV en parle (c’est un peu de la télé de journalistes stagiaires) et dit plutôt le « la vérité, toute la vérité, rien que la vérité » sans dérive (c’est une bonne suprise, on n’y est plus habitué depuis qu’on parle des « affaires » à la TV) : on a les chiens écrasés qu’on mérite au temps de la TV en couleurs et du 2.0, voire un peu plus qu’on mérite. Les chiens méchants, aussi, et de toutes les couleurs, mais c’est une autre histoire, ou pas …

Le ciel serait tellement plus bleu si les enragés s’occupaient correctement de leurs chiens plutôt que les accuser de pestes s’ils ouvrent un oeil ou une oreille, et si faute de pouvoir vacciner certains professionnels de l’agitprop quelqu’un pouvait au moins proposer d’adopter avant qu’il soit trop tard la pauvre bête de Boulogne sur Mer qui va être euthanasiée par réflexe conditionné sociétal sans trop d’arguties juridiques ou de considération pour la présomption d’innocence (quant à la peine de mort, ce n’est plus un enjeu électoral alors peu importe). On dira qu’un chien est juste un chien et que ce n’est pas comme si on regardait ailleurs, genre vers une représentation de Tartuffe en Avignon, pendant qu’une certaine idée de la civilisation brûle. Non, un animal, ce n’est pas pareil, et de toute façon on n’emporte pas le Sonotone à la plage. C’est juste un peu comme quand les voisins du Vel’ d’Hiv’ n’entendaient pas les rails grincer parce que les autres, c’est pas pareil. By the way, bravo aux quelques politiciens qui n’avaient pas piscine ou rdv avec une caméra ailleurs et qui ont fait leur job hier matin à Paris, même si rien n’est tout noir ou tout blanc, comme on dit au comptoir en espérant que quelqu’un d’autre payera l’addition. Bravo à ceux qui se battent contre la barbarie, toutes les barbaries, et pas juste devant les caméras en période électorale.

Moralité : sans dériver animalophile misanthrophe tendance Madrague SPA par opposition réflexe à l’éléphantisme tartuffe tendance Avignon PS, si on apprenait à l’école aux mômes à faire la différence entre un chien normal dans la vraie vie et un bisounours off limits à la TV, non seulement on n’euthanasierait pas un clébard malchanceux qui n’a pas dû souvent manger de pâtes aux truffes, mais les gosses attendraient l’âge du droit de vote en sachant la différence entre un jappement de roquet et un grognement de gardien, entre un mauvais réflexe et une morsure à la République, entre coupable irresponsable et victime responsable, et vice-versa, entre la démocratie et d’autres choses encore plus imparfaites, entre une urne électorale et une déchiqueteuse funéraire. Ce serait comme une sorte de principe de précaution démocratique, une alternative à l’indignation de salon et autres tartufferies si affinités.

Le ciel, bleu ou pas, ça se mérite (ça s’hérite parfois, comme une moyenne supérieure à 20/20 au bac, et ce n’est mathématiquement pas toujours une chance).

Renaud Favier – renaudfavier.com – en avant la musique ! – 18 Juillet 2011

             

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