Qu’en dirait … le Fantôme ?

S’il est un jour où le Fantôme, premier justicier masqué de bande dessinée, imaginé dés 1936 par l’Américain Lee Falk, doit parler, c’est bien Toussaint/Halloween 2011. Il en a vu de toutes les couleurs, mais nos jours lui rappellent pas mal de souvenirs de vieux combattant.

Que l’Europe continentale soit au bord de la crise de nerfs avec une Allemagne conquérante soudée autour d’un projet un peu sommaire mais efficace aux dépens de pas mal de gens à commencer par ses voisins, une France divisée en tribus nostalgiques de Gergovie avec autant de chef(esse)s que de villages caressant chacun dans le sens du poil un électeur veau d’or (dort ?) 24 carats avec les système actuel de financement des petites entreprises politiques, une Italie inquiétante au dirigeant obstiné dans le bunga-bunga et une Russie qui n’en pense pas moins qu’elle pourrait tirer une belle épingle de ce jeu comme la Turquie et quelques autres pays aux marges de l’Euroland, tout cela sous la vague d’une crise auto-dévastatrice pour les économies libres et déstabilisante pour les démocraties, des élites dépassées et déconsidérées à tort ou à raison un peu partout, et une vague contestataire métastasant jusqu’en Asie (Nazi ?) en attendant d’avoir identifié un bouc émissaire à pogromiser, tout cela lui rappellerait furieusement ses années de jeunesse.

Que les notables globaux de la Société des Nations (actuellement nommée « ONU » et en principe chargée de préserver la paix et de soutenir l’industrie de la traduction des discours) soient un peu dépassés par les évènements, pas particulièrement bouleversés par les avertissements de vieilles idoles qui ont systématiquement tort car elles sont devenues minoritaires et surtout beaucoup moins riches qu’avant, ni spécialement inquiets de mouvements de jeunesses indignées et autres bruits de bottes un peu partout n’étonnerait pas trop le Fantôme. Qu’il se passe un truc un peu excitant en Palestine tous les 2000 ans, il (se) dirait peut-être que ce n’est après tout que justice et que si les apparatchiks rebelles non imposables du fossile du tiermondisme eurocentrique à la papa qu’est l’Unesco veulent faire un geste démagogique en l’honneur d’un terroriste Nobel de la Paix pour se dégourdir les jambes engourdies à force de siéger dans leurs confortables fauteuils des beaux quartiers parisiens, qu’à cela ne tienne, ils ont dû assurer leurs arrières budgétaires avec des démocraties exemplaires aux poches pleines et ce geste diplomatique semble plutôt moins inquiétant que la fois où Rama Yade a été parachutée dans ce fromage doré d’autres apparatchiks à passeport diplomatique, essence et autres alcools défiscalisés et confortables primes d’expatriation (cet avantage acquis à vie dans les « machins » y compris souvent pour les personnels locaux pas du tout expatriés, en voie de normalisation ou de disparition presque partout ailleurs où des genres de cour des comptes ou d’auditeurs peuvent vérifier et tenter de remettre d’équerre les coûts de fonctionnement sauf dans les grosses boites qui vendent assez de trucs chers à plein de monde ou des trucs très chers à des acheteurs publics « AAA » ou des privés assez riches pour s’offrir des avocats et fiscalistes coûteux ; des lobbyistes et communicants en Porsche des immeubles somptuaires et autres avantages du genre bien truffés dont on parle en marge de l’affaire du Carlton de Lille) avaient élu, en 2003, la représentante de la Libye de Kadhafi, alors en pleine mythomanie panafricaine et plus si affinités, comme présidente de leur comité théodule des droits de l’homme du bord du Lac de Genève : autres temps, mêmes moeurs (meurtres ?) diplomatiques que dans les années 30 en Europe, au temps des succès de Julius Evola avec « Cavalcare la tigre » et autres écrits sulfureux et complaisants pour les autoritarismes et autres idées fixes appréciées des démagos et extrêmistes de tous bords, penserait quand même le Fantôme …

La conquête spatiale vigoureusement engagée par une Chine pas encore totalement démocratique lui rappellerait l’expressionnisme soviétique de son « adolescence » au temps de la guerre froide mais ne lui ferait pas beaucoup plus peur qu’une bande de djeuns déguisés pour Halloween parce qu’il a confiance en l’avance technologique américaine et en la solution victoire finale des démocraties, et qu’il est rassuré de voir que les Russes et les Européens ont conclu une sorte de pacte dans la guerre économiquede l’espace pour qu’un Soyouz puisse décoller de Kourou, entre autres. Il se dirait peut être que c’est vaguement inquiétant que les post-soviétiques de France puissent envisager un Mai 1981 2.0(12) et que la Russie des oligarques sponsorise la météo sur Euronews après avoir racheté les immeubles de Météo France mais il penserait que le temps est passé où les totalitaristes et autres vieilles barbes dangereuses pouvaient faire la pluie et le beau temps en Europe et plus si affinités.

Il sourierait en voyant les belles âmes gallo-sociales ou socio-gaullistes gesticuler pour rien à la TV les jours de congé des journalistes titulaires et des spectateurs, en voyant les belles plumes ou leurs stagiaires rivaliser de démagogie et/ou de pédagogie en période de rentrée littéraire et pré-électorale (quant aux vrais chiffres de diffusion de ces opuscules et aux considérables autodafés qu’ils provoquent, ça le ferait hurler de rire s’il n’avait pas pitié des arbres, de la mémoire de Gutenberg et des libraires) en entendant pester « contre l’Europe qui se prostitue pour sauver un Euro qui l’asphyxie » avec des éléments de langage pavloviens et des formules aussi chocs que vides de vrai sens, les whatever propriétaires de petits fonds de commerce électoral protestataire et autres provinciaux démondialisateurs en campagne ou poils à gratter déseuropéaniseurs en overdose électorale. Mais il sourirait peut-être un peu jaune quand même parce qu’il a vu « les autres » au cinéma et qu’il sait qu’on ne sait jamais qui sont les vrais vivants en voie de disparition et qui sont les vrais disparus qui pourraient revenir hanter le présent, ou vice-versa. Il (se) dirait « si vis pacem, para bellum » contre toutes sortes d’extrêmismes.

Sur les bourses qui redescendent au niveau d’avant le sommet de Bruxelles parce que Papandréou jette l’éponge, le bébé et l’eau de son bain pour retourner à ses études, à la drachme et à la somnolence grecque d’avant la parenthèse enchantée des financement de ponts et autres stades sur fonds européens, ça ne lui ferait ni chaud ni froid parce que franchement, depuis que les incendies télégéniques ont changé de crémerie pour aller vers la Réunion, que les philosophes grecs ont pris la cigüe et sont aussi muets que Luc Ferry cet été après sa bourde et que les colonels ne sont plus un sujet d’indignationd’Arditi à la TV un jour où tout #PS est dans le Lubéron ou à l’île de Ré à Saint Germain des Prés, tout le monde s’en fiche de la vente sucrée-salée des ports aux Chinois, de la teneur en vrai jus de raisin et en résine de synthèse importée du Retsina, ou même que ça castagne grave chez Zorba.

C’est comme pour le G20 et autres réunions de fantômes de Keynes, Hoover et experts du plus haut niveau qui voient la reprise au coin de la rue, ou pas, ou le contraire, ou rien du tout, ou ce que dit sur l’économie mondiale la Pythie qui se fait payer en dollars comme les filles pour amateurs de pâtes aux truffes maintenant que la Grèce va sortir de l’Euro avec ou sans FMI, le Fantôme n’en dirait trop rien. Parce qu’il y a en France beaucoup de pierres tombales qu’il vaut mieux ne pas remuer, des cimetière d’éléphants qu’il vaut mieux ne pas trop fréquenter, des décisions de justice qu’il vaut mieux ne pas commenter, surtout qu’on ne peut pas faire ses petites affaires discrètement dans le cimetière en période de Toussaint.

Ouuuhhhhh …. dirait le Fantôme justicier.

Renaud Favier – renaudfavier.com – musique ! – 1er novembre 2011

        

Ps : le Fantôme aurait bien du mal à faire le tri entre les arrières-pensées politiques des uns, les pensées économiques avariées des autres, et vice-versa, et les idées préconçues d’un peu tout le monde qui ne sait plus guère à quel Saint se vouer même si c’est la Toussaint. La seule chose dont il resterait certain, quoi qu’il arrive, c’est que le sommet du monde est en Himalaya, quelque part entre Inde et Chine, et qu’il y a comme un bug dans les palmes académiques si tout le monde pense que la Grèce est le centre du monde, que la Belgique est un pays à sommets significatifs et que le cours de l’or se décide au Festival de Cannes.

C’est fini pour aujourd’hui, parce qu’il faut chasser ses fantômes.

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3 Responses to Qu’en dirait … le Fantôme ?

  1. Avatar de labasoche labasoche dit :

    La BD du fantôme me rappelle ma jeunesse…

  2. Ping: Qu’en dirait … le Concombre Masqué ? | Renaud Favier : Café du matin à Paris

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