D’abord, il faut lire. Surtout de « vrais » livres en papier, même si on trouve Kundera donneur de leçons sur ses vieux jours, si Beigbeder reste très exaspérant à l’approche de la maturité, et si l’opposition d’autres intellectuels au livre électronique semble un peu d’arrière-garde.

Ensuite, on peut lire, aussi, avec les gadgets électroniques, même si ça peut donner un air un peu infantile de regarder un genre de game-boy dans le métro. A noter qu’avec « infantile » et « lisant », on fait « infantilisant », ce qui ne manque pas d’interpeler si l’on croit que les mots ont un sens, que le hasard n’est qu’un miracle quand Dieu veut rester anonyme, et que ce qui est sur écran est par essence inférieur à l’encre sur du vrai papier.

En tout cas, il faut lire. 
Et si on aime lire à la plage, on peut apprécier un ouvrage dont la reliure (ou le clavier) ne s’abîme pas à cause de grains de sable entre les pages (ceux qui tombent ensuite dans le lit, un vrai bonheur …).

Si on aime lire au soleil sans tâcher irrémédiablement un « vrai » livre de crème solaire, c’est confortable d’avoir un écran pas illisible en pleine lumière ou avec des lunettes noires (ou de la couleur qu’on préfère, mais le noir a l’avantage d’aller avec tous les styles de littérature).

Et si on aime lire dans sa baignoire, on est quand même bien plus zen si on n’a pas peur de gondoler les pages ou de perdre tous ses fichiers si l’ordinateur est un rien allergique à la vapeur (idem pour douche ou brossage de dents).

Alors, bien sûr, les réfractaires aux écrans diront que c’est déjà pitié de voir ce que les libraires sont obligés d’essayer de vendre pour survivre, et que si en plus tout devient électronique, leur disparition est programmée. A l’inverse, au prix du mètre carré en ville et avec le besoin de fond de roulement induit par les stocks, on peut imaginer qu’il n’y ait pas que des inconvénients à ce qu’une partie des écrits ne soient pas imprimés. Enfin, à partir du moment où on peut commander des livres sur internet et les recevoir en quelques jours chrono comme des pizzas, le livre électronique ne change pas grand chose à l’affaire pour les « vraies » librairies. Le sujet fait débat. En tout cas, il est certain que la disparition des librairies serait au moins aussi regrettable que celle de pas mal d’autres commerces qui font la différence entre les endroits où il fait bon vivre et les autres.

Et puis, comment ferait-on pour les dédicaces ?

Ceci écrit, les zélotes du eBook soutiendront mordicus que la possibilité d’emporter partout avec soi des centaines de livres dans un carré d’électronique de 100 grammes est une bénédiction pour les gros lecteurs, surtout depuis que les compagnies aériennes sont devenues très tatillonnes sur les excédents de poids (byzeway, d’un point de vue « développement durable », c’est un peu contestable de trimballer en avion, et même en train, des tonnes de … papier).

Les distraits (et les être humains vivants à plus de quelques km d’une bonne librairie) et les malchanceux dont les bagages s’égarent toujours ou qui se font voler leur notebook sur n’importe quelle terrasse de café, se réjouiront de pouvoir télécharger sur un appareil relativement bon marché de quoi lire à peu près n’importe où, même dans les déserts culturels les plus arides.

Et même les écolos les plus fanas du recyclage ne se rangeront pas tous du côté du papier (panier ?), même si on dit que le bilan carbone d’une recherche, d’un téléchargement et d’une lecture sur écran n’est pas si anecdotique que ça.

Quant-aux amateurs d’électronique agacés par la multiplication des appareils, câbles, et autres prises incompatibles les uns avec les autres, et tentés par la logique du « couteau suisse », force leur est de reconnaître que la lecture sur SmartPhone manque de confort.

Force leur est d’admettre que se faire voler une tablette 3G ou un notebook sympa dans le métro ou un jardin public pour avoir voulu lire quelques pages serait agaçant alors qu’on a du mal à imaginer qu’un délinquant un minimum alphabétisé perde son temps à chiper une « liseuse », qui est quand même un des objets les moins glamours qu’on puisse imaginer et dont les receleurs les plus bienveillants ne donnent pas le prix d’un carnet de tickets de métro.

Et force leur est de constater que certains eBooks sont téléchargeables sur Kindle (cliquer sur une des images ci-dessous pour accès à Amazon), mais pas à ce stade sur d’autres marques de liseuses (pour l’info des e-écrivains, créer un pdf correct à partir d’un tapuscrit « normal » est simplissime, en extraire un fichier ePub pas parfait mais à peu près lisible sur Kindle reste à la portée d’un citoyen ordinaire, mais pour obtenir un fichier parfait à tous les formats ad-hoc pour les liseuses, c’est une tout autre histoire), ni édités en « papier ».

Cela n’empêche pas de choisir d’un clic la plateforme Youscribe si on préfère télécharger des eBooks au format pdf, pour les e-lire sur écran d’ordinateur (ou imprimer).

Et on peut bien entendu également « piocher » gratuitement dans le blog « café du matin à Paris » via sa page facebook ou directement, si on veut juste lire une page, ou deux, ou plus si affinités avec … le café.


RF 24 juillet 2012
PS : évidemment, on peut préférer les « écrits » de moins de 140 caractères sur écran et l’actualité plus ou moins essentielle et « brûlante » …
