Post-scriptum, animal triste ?

« Quelle est l’intention de l’auteur ? » se seraient demandés les excellents Lagarde et Michard, hélas disparus jusque des rayonnages des écoles. Auraient-ils deviné que Dieu répondrait : « Va savoir … » aux poètes en voie de disparition qui lui téléphoneraient ?

Pour certains auteurs, l’omission du « h » ne leur étant paradoxalement pas prioritairement destinée, on sait les traites à payer. Les enfants de Balzac sont tellement nombreux à prier Saint Dostoïevski en espérant que l’envoi d’un flacon à la Poste leur vaudra l’ivresse …

Pour penser en vivre, il faut être timbré !

Chez les plus réjouissants, on lit surtout entre les lignes le bonheur simple de faire crisser une plume, chanter un clavier ou toute autre manière de jouer la musique des mots …

Tire m'en deux, c'est pour offrir

Les plus ambitieux, quoique cela puisse se discuter, ont l’espoir d’assagir les (leurs) maux, d’éveiller les consciences, d’élever les âmes et de faire se lever de justes glaives, ou vice-versa …

les poètes riment en riant le matin au Wasserfal, en s’enivrant ensemble sous le soleil du midi ou à Londres avant de chercher l’harmonie du soir en Abyssinie ou en d’autres ailleurs.

Vaisseau livre du désert

Les autres, dont il est de bon ton de dire qu’on ne les lit ni ne les écoute, ou alors dans le train pour aller chez le coiffeur, passent à la tv aux heures de plus ou moins grand audimat et font la bonne ou moins bonne fortune d’éditeurs moins sensibilisés au bilan carbone qu’aux comptes de leurs résultats. Personne ne leur jettera la pierre, aux éditeurs, d’abord parce que ce sont des gens aussi susceptibles que vous et moi et qu’ils pourraient le prendre mal et ratiboiser les droits d’auteur, mais surtout car, pour paraphraser Churchill, l’édition est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres.

On vous écrira ...

Sinon, il y a aussi les autres. Mais comme le décrit dans « Les combustibles » l’Amélie médiatique qui travaille parfois joliment sous son chapeau malgré son air de ne pas toucher aux neurones, si on ne risquait pas de faire se réchauffer encore le climat et de produire des tonnes de carbone, on pourrait en autodafer l’essentiel sans que la terre s’arrête assez de tourner ou que ça fasse sourciller les meilleures consciences, hormis celles de quelques … justes. Juste quelques justes ? C’est juste ! C’est juste … C’est juste.

C''est quoi, déjà, le titre du ... livre ?

Enfin, pour revenir au vrai sujet, pourquoi un livre ? « Parce que » a répondu un jour Cendrars, qui avait suffisamment roulé sa bosse pour ne pas écrire pour ne rien dire.

Homme livre, toujours tu chériras l'amer

Si la tv avait existé, Cendrars n’aurait pas été servi sur les plateaux, ou alors dans une vraiment très bonne émission du genre qui passe très tard sur une chaine très confidentielle quand les bestselleristes et leurs lecteurs sont couchés. Ou alors chez un comique en charge d’attirer le chaland avant la publicité genre l’animateur de ce journal où la fille de la météo est rigolote comme tout, ou l’inoxydable fonctionnaire qui invite des gens qui veulent être vus à la télé avec son chien le dimanche après-midi. Mais c’est trop facile et un peu superficiel de râler au comptoir sur la tv, parce qu’en choisissant un peu, il y a des messages subliminaux, voire sublimes, même en dehors des pubs, et même aux écrans de grande écoute pour illettrés.

Mais c’est vrai, « Nous ne sommes pas ici pour lire rire ». On pourrait mourir de lire rire pire.

Quels (sales) abscons ! Sourirait ma prof de français de l’année de l’élection de Tonton (Mme K) qui m’avait pourtant bien dit de ne pas essayer de caser Levi-Strauss (Claude, pas Jean) dans ma dissert’ du bac. Ou alors c’était le prof de philo (Monsieur W) qui avait osé me mettre une bonne note à un devoir où j’avais collé des dessins (de Konk, pas de c.) découpés dans le Matin de Paris qu’il était à l’époque de bon ton de trouver « formidaaaable » chez les pré-bobos ? En tout cas, le Matin, quel journal ! ça marchait super bien pour fayoter avec les profs de gauche (pléonasme ?). Mais peu importe, de toute façon, si on écoutait ses profs, ou quiconque d’ailleurs, ça se saurait, c’est comme s’il fallait savoir écrire pour être heureux.

Pas si tristes que ça, les tropiques

Ecrire, on peut s’en passer. Entre la Poste qui imprime les e-mails et Dromadaire qui publiposte les cartes de voeux « personnalisées », il suffit de savoir faire une croix pour pouvoir voter, payer ses impôts ou se présenter à des élections (nb la croix, ça va bientôt être interdit pour les documents publics, mais les experts trouveront autre chose : un grognement avec reconnaissance de voix, par exemple pour les élections. Ou alors des couleurs, comme au jardin d’enfants : bleu, rouge, rose, vert, orange … jaune si tous les renégats s’organisent pour faire des primaires entre eux, noir si on ne peut vraiment pas s’en passer … Mais il faudra limiter un peu le nombre des candidats sinon on n’y comprendra encore moins plus rien, ou plus moins rien, enfin on se comprend et de toute façon on ne lit pas les professions de foi et on vote pour son club politique dont on connait depuis des siècles la couleur du maillot, le talent et les promesses).

Même déguisés, il seront reconnus et en plus les tomates se verront bien entre les rayures

Mais revenons aux moutons, les veaux, vaches, cochons et couvées sont bien gardés. Lire est donc le propre de l’homme. Et comme le monde n’est pas si mal fait, »Paris en Toutes Lettres 2011″ commence aujourd’hui.

Pour celles et ceux qui ne trouveraient pas le bonheur dans le très joli programme sur http://www.parisentouteslettres.net/fr/programme/ (cliquer ici ), pour les « polards » qui ne peuvent ou n’osent se permettre le plaisir mais qui pourraient suspendre le vol du temps un instant samedi après-midi, la lecture de la pièce en alexandrins de l’inclassable -mais CNRS, il est toléré comme auditeur libre au Café de Flore- Frédéric Lordon (« D’un retournement l’autre », sortie du livre aujourd’hui au Seuil) promet d’être un petit délice sucré-salé de légèreté insoutenable sur la crise. C’est incontournable samedi après-midi au CENTQUATRE, sinon il y aura un café littéraire de rattrapage dimanche au Point Ephémère . Avant-goût sur Dailymotion grâce à un blog de soutien à Bourdieu délicieusement « Rive Gauche » :  Frédéric Lordon le 4 Mai 2011 sur France Culture .

Ubu, roi de l'économie, des princes de la phynance, et leurs experts en profits de situations

Et ne venez pas dire que c’est la crise, la catastrophe, la cataracte ou que vous avez perdu vos lunettes, et que de toute façon vous n’êtes pas libre samedi ! Parce qu’avec ou sans projet Gutenberg, il y a des milliers de bons livres audios à télécharger gratuitement (un des lecteurs bénévoles de poésies que j’aime a une voix pénible, dommage, mais à textes donnés on ne regarde pas les dents) et de podcasts d’enfer pour coller avec les e-books sur la tablette des enfants (tablette 1 ou tablette 2 indifférente, et pas besoin de 3G) ou dans n’importe quel baladeur.

Bon, c’est pas tout ça mais j’ai un bouquin à finir.

Renaud Favier – 5 Mai 2011 – http://www.renaudfavier.com

Le bonus : Read my lips !

C’est fini pour aujourd’hui, c’est le moment de lire, ou de partir, ou les deux, ou l’inverse, ou le contraire, ou alors de prendre un café … En tout cas, il vaut mieux en lire rire.

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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4 commentaires pour Post-scriptum, animal triste ?

  1. xfather123 dit :

    zUGc7j this is delisious!
    xfather123

  2. envelofiededy dit :

    [url=http://ipnwopvt.com] :)[/url]

  3. Ping : Qu’en diraient .. les Schtroumpfs ? | Renaud Favier : Café du matin à Paris

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