Salon du Bourget 2011 : voler plus beau


Il pleut et on ne sait toujours pas qui et quand a fait le 1er vol « motorisé contrôlé » : Ader ? Les Wright ? Santos Dumont ? Ni jusqu’où était monté Icare ? Peu importe, l’oiseau est malade mais Olympic Air vole toujours malgré la faillite d’Olympic Airways. Et c’est beau.

Bon, le service à bord est peut-être un peu plus rustique qu’au siècle dernier.

El les avions sont peut-être un moins rutilants qu’à la belle époque.

Et on peut craindre que les bonnes escales soient moins nombreuses qu’avant la crise.

Mais l’essentiel est probablement ailleurs et aujourd’hui, malgré la pluie au Bourget, on a surtout besoin de Canadair un peu partout dans le monde parce qu’il y a le feu (et maintenant, mais un peu tard, on regarde un peu moins ailleurs).

Difficile de faire semblant de ne pas savoir qu'il y a le feu et de ne pas s'apercevoir que c'est pas loin d'atteindre des coins dangereux, cette fois

Et « nous savons » (comme on dit chez Renault) que même s’il faut bien payer le kérosène, la lutte anti-incendie c’est peut-être moins une question de financiers que de pilotes dans les avions, d’autant que les écoles nationales d’administration ou de pilotage économique n’ont pas l’air bien meilleures à Athènes que dans d’autres pays plus ou moins au sud de TempelHof. Ce n’est pas nouveau, d’ailleurs, mais les pensées uniques sont plus ou moins dangereuses.

Même à Berlin, never nothing like a free lunch, les hamburgers tombent parfois du ciel mais il y a toujours un prix à payer

Mais même si le ciel est un peu gris (pour autant qu’on puisse le savoir depuis que Météo France a dû vendre ses locaux et que la rigolotte Mademoiselle Météo de Canal ne prend même plus la peine de parler du temps entre deux pubs et Lady Gaga, by the way, c’était mieux cette fois, pas comme quand le ballon ne s’était pas gonflé à Cannes) « ça vole », comme on dit chez les parapentistes. Il suffit d’avoir vraiment envie, de faire une petite prière à qui on veut quand même parce que ça ne peut pas faire de mal quand les temps sont incertains voire tangente déluge, et puis un premier pas en avant, une petite prise d’élan et … « zyva ! » On entend le froissement du chiffon, puis le vent dans les suspentes et « ça le fait », ça passe en général, on verra plus tard pour l’atterrissage.

Voler, être libre comme l'oiseau ... dirait le poète ... qui est parfois un peu rêveur, limite dans la lune ...

« Et pourtant, elle tourne » dirait un autre qui comprenait bien le ciel, la terre, le soleil, les vieilles lunes et tous ces trucs un peu mystérieux que seuls les plus grands esprits formés dans les meilleures écoles et portant les plus chics costumes (ou uniformes, c’est pareil, juste en plus contraignant à cause des breloques, un peu plus lourdes à tous égards que les rubans en général) peuvent « gouverner ». C’est l’essentiel.

Gouverner, c'est savoir

Alors peu importe les Montgolfier, Lillienthal, LeBris, Pénaud et autres oiseaux qui volent à jamais plus beau. Peu importe que ça ne vole pas aujourd’hui. Seul demain compte.

Parce qu’aujourd’hui, la météo est un peu joueuse, et même limite mutine. Notamment pour le vol de Solar Impulse devant le Président.

De retour au sol, ses ailes de géant ... aujourd'hui il pleut, mais même s'il faut pousser, la techno avance

Parce que l’Airbus A380 d’aujourd’hui, on sait qu’il vole, certains ont même déjà pris l’habitude de voyager dedans, alors c’est pas grave qu’il ait perdu un bout d’aile hier en roulage au sol et que son vol de démo au Bourget soit annulé (de plus, on a trouvé un A380 de Korean Air qui devrait pouvoir le remplacer au pied levé, façon de parler). De toute façon on ne serait pas sortis sous la pluie pour le regarder.

Parce que l’A400 M, on sait que ses moteurs marchent, en général (bon, il faut que l’armée ait encore les moyens de faire le plein de gasoil après les campagnes de Libye, la révision de l’hélice du porte-avion, les munitions pour l’Afghanistan et plus si affinités, mais ça ira sûrement mieux en 2013) même si on ne sait plus très bien dans quel pays du « juste retour » (ou pas …) ses morceaux sont fabriqués. Alors on ne serait sûrement pas sortis sous la pluie pour le voir faire des ronds dans l’eau avec ses hélices (on a le Charles de Gaulle pour ça, en général) françaises made in Hamilton Sundstrand (on a une centaine de députés patriotes économiques qui connaissent l’adresse d’Air France, il y en a sûrement un dans la délégation du Président qui sait où est ce terroir et qui sera ravi de se faire interviewer à ce sujet après la visite officielle).

Parce que l’A350, « nous savons » (et là, c’est vrai, pas comme chez Renault) qu’il sera un peu en retard, même si plutôt moins que son concurrent de chez Boeing dont on ne sait plus très bien quand il sera mis en vrai service chez les Japonais qui ont été les premiers à le commander même si les délais de livraison n’étaient pas vraiment garantis, parce que depuis l’Enola Gay, ils savent qu’on peut faire confiance aux avions américains, même s’ils ne sont pas toujours très élégants.

L'élégance fine et distinguée, c'est pas toujours la spécialité des cow-boys mais la cavalerie arrive à temps, en général

Parce que le B 747-8, franchement, on n’en à rien à cirer de le voir voler ou pas, c’est comme quand Toyota fait une nouvelle Corolla ou VW une nouvelle Golf, on sait bien que ça va marcher, que le moteur sera un chouille mieux, la gamme de couleur un peu différente et le GPS en option un peu moins « jean-jean », et que les clients « réguliers » qui ne sont ni morts, ni ruinés, vont acheter par routine et seront contents par habitude. Mais même peint en rouge Ferrari, ça ne fait rêver que les grands mômes un peu attardés du genre à aimer les 4-4 diesel urbains, les tue-l’emploi à plein de cylindres, les montres assez chères pour faire vivre un village africain 2 ans et les poudres aphrodisiaques à base de morceaux d’êtres en voie de disparition ou interdites à base de traffics d’êtres hélas moins en voie de disparition mais également toxiques pour la nature, la morale et la santé.

Le gros devant n'est vraiment pas très sexy mais au second plan, c'est plutôt mieux même si peut-être pas non plus très indispensable pour sauver la civilisation ou la planète ...

Et puis parce que Concorde 2.0, on sait bien qu’on ne va pas le voir voler cette fois, ni probablement de sitôt sauf si les lobbyistes et autres théoriciens du patriotisme économique à deux balles dans le pied convainquent les zélus que la politique industrielle 2.0 sera plus peformante que les autres avions renifleurs et qu’il ne faut pas mettre de limites de vitesse dans le ciel ni de contrôles radars parce que c’est mieux pour la pédagogie aux moineaux, surtout qu’ils volent bio.

Le bio 1.0, c'est bien ce truc qui donne bonne santé et bonne conscience aux bobos qui peuvent se l'offrir et votent aux primaires pour des lendemains qui gazouillent ?

« Voler », il n’y a qu’en français qu’on ait le même mot pour deux choses si différentes (en principe), ça mériterait quand même un genre de psychanalyse des faucheurs de marguerites (faucher aussi, ça a deux sens, amusich, nicht ?). Peut-être que le comité Théodule de Luc Ferry ou un des think tanks pré-électoraux pourrait y réfléchir et rendre un rapport aux zélus zexperts de l’intelligence économique aéronautique ?

Anyway, on sait bien que pour décoller il faut être face au vent, à toutes sortes de vents plus ou moins contraires et à des turbulences d’autant plus traîtresses qu’on ne les voit pas venir et que tout ça c’est super compliqué sinon on n’aurait pas dû inventer Sup’Aéro et la DGAC (son nom soit sanctifié, sans elle le vol libre serait aussi administré en France qu’aux USA où il faudra bientôt une signature d’Obama pour voler ou qu’en Suisse où depuis longtemps on ne vole pas facilement au-dessus de tout soupçon). Alors il faut bien « Faire face », comme disait Guynemer, et à la guerre économique comme à la guerre économique, ce n’est pas en refusant de regarder la vérité en face et en la cherchant à la TV ou en lisant une bio de Lilienthal qu’on va comprendre si les Airbus français sont aujourd’hui fabriqués à Toulouse, à Hambourg ou à Tianjin ou un peu partout. Et avec quel impact net pour le commerce extérieur, les ruptures technologiques et l’emploi durable. Et surtout, quel temps il fera demain. Alors il faut télécharger l’appli iPhone « Le Bourget 2011 », retrouver l’invitation envoyée par un de ceux qui a le sens de l’humour et de la tolérance, et prendre un sac à dos (pour les stylos, porte-clefs et autres clefs USB avec promo et logo mais on peut effacer la promo et les logos sont jolis, en général) et le RER pour quand même aller voir comment « ça vole » entre les gouttes.

Et puis ça nous rappelera notre jeunesse, avant internet, quand déjà on aimait bien les avions et les belles histoires.

Cette vie antérieure où de temps en temps on était surclassé en première classe (des fois parce que l’écran TV du siège de First était en panne et la place invendable, mais il ne faut pas cracher dans la soupe d’autant que les films, on s’en fiche puisqu’on a une prise électrique perso pour palier l’insuffisance de batterie de l’iPhone et que de toute façon à chaque fois on vous les coupe avant la fin à cause de l’atterrissage). C’était très agréable limite paradisiaque même si un peu frustrant de ne pas pouvoir boire tout le Champagne (gaspillage de kérosène d’en avoir tant mais qu’il soit dans la bouteille ou dans un verre, il pèse pareil dans l’avion et sur la conscience et consomme autant dans les réacteurs) ou finir toutes les petites glaces avec des mini-gâteaux (des « financiers », ça ne s’invente pas) ; utile pour la carrière et pas inefficace pour le boulot, d’être vu là par les vrais membres du « club » des gens qui comptent et sympa de pouvoir causer un instant avec ces maîtres du monde quand le voisin (pas très féminisé l’avant des avions, même côté passager …) n’est pas le rejeton un peu trop gras et un peu pas assez polyglotte d’un nouveau milliardaire exotique ; et puis les pyjamas offerts et qu’on est autorisé à emporter sont nickels pour mettre sous la combinaison de parapente/ski quand il fait froid alors c’est comme à cheval donné dont on ne regarde pas les dents, on ne se demande pas trop si « produit par » écrit sur l’étiquette ça signifie plus ou moins « made in » et pas trop « tue l’emploi » en langage du plus bel endroit de la mondialisation.

Cette vie antérieure où il pouvait arriver de voler en Concorde (affrété pour remplacer un long courrier). Bon, sur des genres de concours de circonstance un peu malentendus et il n’y avait même pas d’écran TV individuel (le petit compteur de vitesse, on s’en lassait assez vite une fois atteints les Mach 2, même si on avait la chance d’être au 1er rang qui permettait de ne le partager avec aucun crâne) ; le son vintage dans les écouteurs à air comme dans un vieux DC9 d’avant Jacques Delors était un peu anachronique limite inaudible ; et l’arrêt à Dakar obligatoire parce que l’autonomie ne permettait pas d’atteindre Kourou, c’était rigolo mais les vieux fauteuils fatigués de la salle VIP façon AOF où Foccart et le Général avaient dû user leurs fonds de culottes, on s’en serait passé sinon par curiosité. Ceci dit, jouer avec la pochette d’allumette « Concorde » prise dans l’avion (no smoking, pourtant, mais ils devaient avoir du stock) et faire passer en boucle l’émission « Capital » où on a l’impression qu’on est un VIP qui sort du Concorde pour partir dans la jungle en limousine (alors qu’on avait juste gardé le costard parce que le short était dans la valise et qu’en fait on était inscrit pour le minibus), c’est bon pour l’ego les jours où il pleut.

Cette vie antérieure où on trouvait essentiel de manger trop de décalage horaire pour entretenir le « mileage » quitte à subir les queues douanières et autres contrôles anti-bouteille d’eau avant de revenir fracassé avec en option une bonne grippe exotique (les miasmes volent magnifiquement dans les cabines même si on n’a pas toujours la chance d’avoir pour voisin le grippé que la compagnie aérienne n’a pas refusé parce qu’il est « frequent flyer » tandis que les services sanitaires ne l’ont pas stoppé parce qu’ils sont moins regardants aux départs qu’aux arrivées) ; de boire trop en salon business pour récupérer l’Huma, Beaux-Arts et des magazines féminins pour les compagnes des amis à l’étranger et des Spéculos sous blister au cas où il n’y aurait pas d’électricité à l’hôtel (vieille manie de ceux qui avaient l’habitude de voyager dans les pays où les piscines et les frigo-bars des hôtels défraichis sont vides depuis plus ou moins les indépendances et où les 35 heures et autres avancées sociales que le monde nous jalouse ont contagié le room-service, les restaurants et parfois même l’électricité) ; de trouver marrant de passer une ou deux nuits de plus au bord d’une piscine d’hôtel de l’autre bout du monde parce qu’un éclair avait endommagé un morceau de l’avion en négligeant la compète de gym d’une enfant, en ne devinant pas que si une conjointe ne répondait pas au téléphone, c’était peut-être parce qu’elle était dans le noir, chauffage arrêté en plein hiver, batterie du téléphone épuisée à force d’appeler le service d’urgence du fournisseur d’électricité.

Enfin, ça doit être parce qu’il pleut froid qu’on voit les choses un peu en gris, parce que d’abord, ce n’est pas le goulag, on pourrait mourir de faim sans jamais avoir pu chiper de Spéculos, ensuite, du moment qu’on a du café, même si on a parfois l’impression de voler chez les Soviets …

Faites du ciel le plus bel endroit de la terre, s’il vous plait …

Renaud Favier – 20 juin 2011 – http://www.renaudfavier.com – Net-Land-Art

Le bonus : le roi et l’oiseau, toute ressemblance avec des évènements ou personnages réels serait bien entendu fortuite. By ze way, très bien le discours inaugural du Président, même si les 18 milliards d’excédent commercial évoqués devraient s’analyser en net d’intrants, en tendance et en comparaison avec les soldes allemands, en toute rigueur.

C’est fini pour aujourd’hui, et puisqu’il n’y a pas eu de 18 juin hier ou avant-hier, on peut toujours espérer que « ça ira mieux demain », d’autant que c’est bientôt les vacances pour la plupart des enfants.

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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