Encore un coup de génie du pays des fromages que le monde entier va nous envier comme les panneaux radars pédagogiques et la vraie-fausse TVA sur le soda : le « médiateur des emprunts toxiques » pour élus qui ne savent pas lire une convention de compte épargne-logement …
Les banquiers sont trop discrets pour donner plus spontanément à Bercy la liste des élus qui ont contracté des emprunts dits « toxiques », que nos voisins et néanmoins amis helvètes celle des très notables citoyens français pas trop dans le besoin qui ont préféré n’exiler que leur épargne en Suisse par nostalgie pour le Franc d’avant les 35 heures et solidarité avec la même certaine idée de la France et de l’Europe que ceux qui restèrent (resistèrent ?) sur leurs terres mais exilèrent volontiers leurs serfs concitoyens vers l’Est et/ou regardèrent ailleurs, surtout ailleurs qu’à Londres, vers 1940 au nom de la lutte contre le communisme et autres valeurs traditionnelles qui ne mentent pas, elles. Le secret préserve les amitiés, les réputations et les carrières (portefeuilles ?) parce que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, (se ? nous ?) diraient les Suisses, c’est d’ailleurs ce que pensent (l)également certains amateurs français de non-lieux et autres grands hôtels plus ou moins discrets avec ou sans ascenseur social ou room-service attentionné, mais comme les Suisses ont aussi des écoles polytechniques et des caisses d’épargne et que dans le fond du Lac ils ne sont pas si lapins crétins, eux, ils souriraient sous cape en pensant que soit les élus français sont vraiment de tels illettrés financiers en dépit de leur haute opinion d’eux-mêmes cour des comptes qu’il vaudrait mieux les mettre sous tutelle FMI ou whatever works avant les déluges et ratiboiser vite fait bien fait quelques couches du millefeuille administratif et quelques épaisseurs du code des marchés publics qu’encore augmenter les impôts et la dette pour salarier des médiateurs pour colmater les brèches du Titanic et négocier avec syndiqués (syndics ?) du France, soit ils savaient très bien ce qu’ils faisaient en reportant des boules de neiges, voire avalanches de dettes après les élections avec clause de revolving, et ce n’est pas sous tutelle mais hors d’état de nuire et si possible à l’ombre, qu’il faudrait en mettre. Y’a le feu au Lac, et vraiment des trucs pas très nets sur les comptes bancaires des voisins, et c’est un peu compréhensible parce qu’emprunter plutôt que déposer et travailler avec des banquiers pas suisses neutres, c’est un peu une double faute de goût (se ? nous ?) diraient les Suisses qui savent eux aussi dénoncer à plus ou moins bon escient.
Les Suisses sont trop discrets pour ne pas avoir le patriotisme sportif modeste et ils ne vont pas secouer des drapeaux sur leurs Champs-Elysées à eux juste parce qu’un tennisman helvète revenu d’un peu nulle part à presque l’âge de la retraite sportive a battu Tsonga le record de victoires aux Masters (jusqu’ici partagé par Lendl et Sampras) alors que la France attend toujours qu’un descendant de mousquetaires rapporte une fois la coupe. Ils n’avaient d’ailleurs pas non plus rigolé trop fort quand leur pédalo de lac alpin avait gagné la Coupe America sur laquelle les dentiers de générations de notables gaulois se sont cassés malgré quelques milliers de kilomètres de côtes pour s’entrainer (s’entraider ?), encore quelques ouvriers, ingénieurs et architectes navals pas délocalisés et toujours un ministre des sports disponible pour aller soutenir, en 1ère Air France ou en jet dit « privé » du contribuable, les Bleus jusque dans leurs hôtels pleins d’étoiles du fin fond de l’Afrique du Sud ou autre bout du monde. Y’a le feu au Lac, et vraiment des trucs pas très compréhensibles dans le sport professionnel des voisins, (se ? nous ?) diraient les Suisses qui pour autant ne vont pas dénoncer les sportifs français dissimulés fiscalement sous un sapin ou en cure de remise en forme dans une clinique au bord de noirs lacs alpins.
Les suisses qui ne sont pas tous de langue maternelle française ne saisissent peut-être pas complètement l’ironie pédago-tragique de la victoire tennistique du dénommé « Federer » hier à … Londres contre le haut représentant de la France. Evidemment, on ne fait pas une montagne, en Suisse, des mots fédéraux et des choses confédérales, et vice-versa, parce qu’on n’a pas eu besoin d’inventer de grandes écoles d’administration multi-tâches et une bureaucratie multilingue et des réglementations multi-usages pour faire cohabiter pacifiquement des tribus parlant grosso modo germain, latin et quelques patois, partageant grosso modo le souvenir de la Grèce antique, de l’Empire Romain et de quelques guerres inter-tribales, l’amour du pain et des jeux et l’espoir d’un avenir meilleur, soit en ce monde au temps des cerises, soit dans un autre dont on n’est pas bien sûr qu’il faille compter dessus plus que sur les neiges éternelles dont discutent à Durban les hauts fonctionnaires de l’internationale écologiste après leur précédent raout à Cancun conformément au proverbe suisse : « palabre multinationale verte en novembre au soleil, Noël sous la neige en Suisse en décembre ». Y’a le feu au Lac, et vraiment ce serait dommage de saucissonner, disperser et ventiler l’Europe façon puzzle du Moyen-Âge juste parce que comme du temps d’après Charlemagne les héritiers pourtant tous allés à la même école ne sont pas capable de s’entendre ensemble « dans l’intérêt général » comme on dit quand on a lu les éléments de langage et le dictionnaire pour comprendre la différence entre fédération, confédération, divagation, déflagration et toussa-toussa qui ne va guère mieux que le climat.
Les Suisses, francophones ou pas, ne se lèvent pas tôt le matin juste pour regarder à la TV du bistrot un (d)ébat sur le sexe des anges de Saint Germain des Prés jouant à cache-cache entre niches fiscales pour patriotes économiques d’élite et boboland pour RTT de compétition, alors il ne nous feraient pas la leçon sur la division helvétique du travail (du « gâteau » comme on dit en bon français) entre les germanophones qui produisent des trucs utiles dans de vraies usines, les francophones qui font du vin (vain ?), la cuisine et le ménage pour les fonctionnaires internationaux défiscalisés, les milliardaires en exil et autres touristes pas trop inquiets de la TVA sociale, et les italophones et autres bizarrophones qui tirent leur épingle du jeu on ne veut pas trop savoir comment mais c’est comme les Auvergnats et les fonctionnaires, c’est pas trop grave tant qu’ils ne sont pas trop nombreux. Ils (se ? nous ?) diraient que peut-être ce serait une idée de faire plutôt un débat à l’ORTF sur l’emploi des jeunes dans les villes capitales et de s’interroger sur le rapport entre la réussite d’un pays et la taille, l’importance économique relative et le nombre de fonctionnaires, futurs fonctionnaires et ex-fonctionnaires bénéficiant encore d’appartement à loyers sympathiques dans sa capitale administrative mais y’a pas le feu au Lac pour ça, il y a d’autres chats à fouetter à Bruxelles avant d’aller benchmarker à Berlin, Washington, Brasilia ou Ankara.
Les Suisses ont des choses plus importantes à faire avant l’hiver que de nous dire que si déjà pour l’économie et autres compétitivité on faisait comme eux du jus avec nos pommes plutôt que du beurre avec les subventions de l’Europe, et si déjà pour l’aménagement du territoire électoral on mettait comme eux des vaches dans les montagnes plutôt que des veaux dans les appartement subventionnés, et si déjà tant qu’à faire des Concordes et des Rafales qui ne se vendent pas (ou des Airbus que les Allemands vendent bien et co-fabriqueront bientôt plus avec les équipementiers délocalisés en Chine ou à Dubai qu’avec des sous-traitants toulousains et autres héritiers lointains des faucheurs de marguerites péniblement installés, « goodshoré » en bon français, à Casablanca ou Tunis parce qu’on y parle gaulois et que les coûts et contraintes sociales y sont déjà moins pires qu’en Gaule, mais c’est une autre Histoire de France, de Gaulle ou pas) on essayait de fabriquer des avions un peu pédagogiques comme leur Solar Impulse à eux, et si déjà tant qu’à faire des coûteuses courses en bateaux high-tech autour du monde qui ne servent pas plus à grand chose que les croisières en paquebots made in ailleurs on en faisait des solaires comme celle de leur PlanetSolar à eux (qui est en train de passer près de Goa et ça doit émotionner quelques vieux babas-cools de la génération Séguéla), déjà ça irait peut être un peu moins à vau l’eau chez nous. Et comme on est voisins, ils préfèrent quand même qu’on ne débloque pas trop avant l’hiver parce que si on n’a plus d’électricité, que nos fonctionnaires ne ramassent plus les ordures et que personne ne déneige nos routes et aéroports jusqu’à l’élection présidentielles et plus si affinités parce qu’on a perdu les clefs du chasse-neige et le mode d’emploi du glycol, ça va être compliqué pour les Suisses de venir manger chez nous (ou chercher les champignons, mais comme on les laisse pourrir ou ramasser par des plus pauvres d’autres pays d’Europe qui les revendent hors taxe, on n’en fait plus toute une affaire avec les voisins), ça va être fatigant pour leurs banquiers francophones et leurs moniteurs de ski de devoir aller chercher de nouveaux clients ailleurs et ça pourrait même être néfaste pour leurs agents immobiliers et vendeurs de cigares communistes si les sportifs, artistes et autres cerveaux notables donneurs de leçons français sont tellement en crise qu’ils ne peuvent même plus s’exiler en Suisse et qu’ils se délocalisent low-cost à Bruxelles en attendant que la poussière de jasmin soit retombée dans les pays plus accueillants et plus tolérants passionnants pour le tourisme sexuel culturel (encore que Gstaad n’ait pas été trop vache avec Polanski, que les boites de nuit genevoises soient aussi bien pourvues en beautés slaves ou plus exotiques que les plages tropéziennes et autres lieux de villégiature des zélites parisiennes et que les musées suisses soient généralement magnifiques et souvent gratuits).
Y’a pas (encore) le feu au Lac de l’Europe des cantons, c’est sûr, mais faut quand même pas laisser les enfants du Club-Med jouer avec les allumettes à côté de l’alcool pour le réchaud à fondue.
©2011 Renaud Favier – renaudfavier.com – musique ! – 28 novembre 2011
Ps : Musil, qui avait le sens de l’auto-dérision sans lequel il est quand même difficile d’être souriant en Europe ces jours-ci et qu’on ferait bien de relire en ces temps troubles qui rappellent ceux où il écrivait, est censé avoir dit un jour où il devait être énervé par un fonctionnaire suisse de l’immigration (Musil était né autrichien) « la Suisse, 8 siècles de paix et une seule invention, le coucou ». C’était « très exagéré » comme a dit je ne sais plus qui avec un humour au moins britannique à l’annonce prématurée de sa propre mort, mais à tout Seigneur de France, tout honneur (la Légion, c’est un autre sujet, autant l’étrangère qui se bat un peu partout de Camerone à l’Afghanistan est méritante, autant la rouge très, trop française est loin d’être toujours très méritée), ce n’est ni Nestlé, ni un restaurant genevois spécialiste des fondues pour fonctionnaires internationaux, mais une boite encore française qui propose un fromage à raclette au wasabi pour égayer les fêtes de cette fin d’année compliquée. Comme quoi, il y a beau y avoir le feu au Lac dans l’agro-alimentaire européenne en général et française en particulier, on a au moins de beaux restes ; du pétrole ou autre gaz de schiste ; de l’électricité pas chère pour longtemps grâce au nucléaire encore des idées et un grain de folie sympa, en France.
C’est fini pour aujourd’hui, parce qu’il est temps d’aller vérifier si les patates pour la raclette sont aussi cuites que les carottes pour les victimes de vrai-faux plan sociaux fictifs qui bénéficieront bientôt d’un non-lieu de travail comme tout le monde.
Ceci dit, en Suisse on twitte, parfois en anglais comme tout le monde, mais plus souvent en allemand comme presque tout le monde en Europe, ou en français comme presque tout le monde en zone-franc (pour l’Euro-CFA, à suivre, encore faudra-t’il qu’il y ait encore un Euro / une Europe après l’hiver malgré les cassandreries de saison d’Attali, les boulets rouges provoc-médiatiques de Krugman et les pédago-pessimisteries de Roubini …).
.













Ping: Mad in France ! Qu’en dirait-on … en Autriche ? | Renaud Favier : Café du matin à Paris