C’est décidé : comme c’est dimanche, comme il n’y a pas de soleil, comme le fonds de l’air est raisonnablement frais, et comme la thermos de café est prête, on peut aller à la plage. Et ça va surfer !
Mais où trouver un bon coin de sable tranquille, bien fréquenté, avec une jolie vue ?
Pas à Copacabana. On est en plein hiver là-bas, et les cariocas ne vont pas à la plage en hiver (normalement), mais avec la visite du Pape François aux JMJ, c’est pas dit que ce soit facile de trouver où planter son parasol pour lire tranquillement son journal du dimanche à Rio ces jours-ci.
JMJ / Visite à Rio de Janeiro du Pape François / 27 juillet 2013 / Crédits AFP
Pas à Paris-Plages. Parce que même si on n’est pas encore au mois d’août pour le parking gratuit et l’absence du maximum de Parisiens pouvant/voulant partir en vacances, c’est dimanche et on peut se garer à peu près partout en ville sans payer (sauf près des Champs-Elysées, les commerçant et vendeurs de junk food & drinks ouverts le dimanche ayant obtenu que les rares places pas ventousées par les titulaires de cartes de « résidents » soient payantes pour assurer que les clients venus en voiture achètent et consomment vite), alors ça va être blindé d’encore plus de pingouins des deux banlieues (Est plus que Ouest, quand même) qu’en semaine.
Pas non plus sur les quais à l’Ouest vers la Tour Eiffel, pleins de touristes assis pour boire un coup avec moins de fumées de diesel et tabac qu’aux terrasses des troquets, et en travaux un peu partout (entre la campagne électorale pour 2014 et les dépenses pour soutenir l’activité des BTPistes, Paris est un cauchemar ces temps-ci, juste comme on était enfin sortis du binz du tramway). Dommage, les photos de l’expo « Chants de Café » sur les quais, et le passage des bateaux à touristes, sont très sympas.
Pas non plus dans un coin où l’eau est trop cradingue, parce que la plage, si on ne peut pas se baigner, on rigole beaucoup moins.
C’est un peu compliqué, tout ça. Bon, emportons le rucksack de plage avec le sandwich et la gourde à café pleine et du son pour le walkman. On trouvera l’inspiration en chemin ou à la messe. De toute façon, même si ce n’est pas très charitable, le mieux, c’est de n’en twitter à personne, sinon ça va être envahi de mangeurs de pan-bagnat.
Le truc bien, à la plage, en plus du bronzage, c’est la baignade. C’est compliqué, à Paris Plages, parce que la Seine n’est pas bien adaptée pour, et qu’il y a un peu la queue pour la piscine. Mais sinon, presque partout ailleurs, avec un zeste d’humour, on peut se jeter à l’eau.
Evidemment, si on est sybarite oldschool façon « California Dream » d’avant, ou geek du genre compulsif irrépressible de maintenant, on peut préférer surfer.
Si on ne craint pas la grosse chaleur et les UV über-méchants d’autour de l’heure du déjeuner, on peut aussi pique-niquer.
Bien sûr, si on a un bon parasol, si on est bien assis avec un angle confortable, si le temps est juste idéal, et si on n’a pas oublié ses lunettes, son bouquin ou son machin-bidule électronique, la plage est l’endroit où l’on essaye aussi de rattraper un peu de son retard de lecture pour se doper le neurone.
Si on n’est pas trop complexé par ses 10 kg de trop mal répartis, pas trop dégoulinant de transpiration, pas trop rougeaud de coups de soleil et pas trop étroitement cornaqué par sa belle mère et/ou fliqué par ses beaux-enfants, la plage, c’est aussi l’endroit où l’on peut tester si on sait encore dragouiller comme du temps des SAS, de « Lui » et du resto-U.
On peut tenter sa chance avec plus ou moins de tact, d’élégance à la française et de diplomatie discrète, de modernitude dans le dialogue social et de subliminalitude, l’essentiel est de passer le message.
En fait, la plage, comme dirait Gad, « c’est un concept » ; ça fait planer même les plus blasés pourris gâtés parisiens ; ça dépasse bronzage et baignade.
Si on est apparatchik d’un parti politique financé par les contribuables et/ou les aumônes de fidèles, syndicaliste étudiant, rebellocrate de salon, député européen par défaut parce que recalé même de la politique politicienne française « normale », ou un truc du genre avec emploi garanti sans obligation de résultat ou même de moyens, on peut faire comme d’hab’, dialoguer socialement entre soi en ne lâchant pas d’un centimètre sa place au soleil (ou son fromage sous le parasol)
Si on est politicien professionnel ou un truc du genre avec salaire, primes, dérogations et avantages dépendant de la tolérance des con…tribuables ou d’autres con…citoyens, même si dans le fonds, on n’est pas si c…, fatalement on fera comme d’hab’, (se) raconter n’importe quoi en souriant niaisement et en tendant la main pour serrer mollement la paluche du brave c…ochon d’électeur (et lecteur ?) d’en face.
Si on est celui qui aurait pu être un Président de la France de taille physique dans la moyenne des Grands d’Europe et de compétence économique au-dessus de la moyenne des politiciens professionnels de France, après Petit Pépère 1 du Peuple, à la place de Petit Pépère 2 du Peuple, du moment qu’on n’est pas (encore ?) assigné à résidence ou enfermé dans un établissement spécialisé pour l’une ou l’autre de ses déviances plus ou moins officielles, rien n’interdit de s’amuser dans l’eau comme tout le monde, même sur les plages hétérosexuelles mixtes.
Si on n’est pas politicien professionnel vu à la TV, apparatchik voulant passer à la TV, ou truc du genre imposant de dialoguer socialement avec plein de gens regardant la TV dont on n’a rien à cirer et qu’on préfèrerait voir loin de notre sable, c’est possible, ça demande juste d’être prêt à subir les conséquence de son associalisme.
La plage, même pour les gens « normaux », c’est super.
Si on a un animal de compagnie pas salissant et/ou un conjoint sinon propre, exerçant une profession ne lui imposant pas de passer 100% de son temps libre en prison, à spéculer sur tout et ses contraires, à voler ce qui reste après les heures de bureau, à twitailler pour compte de tiers #anonymous, à faire de la politique politicienne, et/ou à discuter avec ses avocats de comment échapper à la loi suite à, pendant, ou avant ses actions normalement condamnables par la morale, le bon sens et/ou les juges, c’est une excellente idée de lui faire prendre un peu l’air et faire un peu d’exercice physique, pourvu qu’on trouve une plage pas exclusivement réservée aux humains.
Si on est du genre exemplaire, on peut remporter au moins jusqu’à la plus proche poubelle un peu plus de déchets qu’on n’en laisse pas derrière soi, ça ne pèse pas bien lourd, ça permet d’utiliser le sac vide des tomates, et si plus de gens le faisaient, les impôts locaux seraient (un tout nano peu) moins chers, les plages (un brin) moins dégueulasses, et la mer un poil plus souriante, voire reconnaissante, sinon significativement moins mélancolique.
Si on est une belle jeune blonde seule et qu’on voudrait bien être tranquille, mais qu’on n’a pas marché 12 heures depuis le parking le plus proche vers un crique inaccessible en bateau, on a peu de chance de pouvoir lire Proust au calme sans être drago-dérangée toutes les trois minutes, mais si on est prête à assumer les conséquences de son associalisme, il est possible de prendre des dispositions de nature à éloigner les dragueurs de tous sexes normaux, sauf à avoir la malchance de tomber sur de sacrés pervers, ou de trop belles âmes charitables.
Enfin, si on est à une plage correctement équipée, on peut se rafraichir (pas seulement les idées) …
On ne dira ce qu’on pense que si on n’est pas diplomate, mais le dopage, la triche et le mensonge, à ces niveaux là, ça devient très gênant. Surtout qu’avec l’école à la ramasse, les parents sous Prozac, et les politiciens gibiers de potence, seuls les sportifs restent exemplaires.
Pourtant, dire que si tout irait mieux dans le monde et que personne n’y perdrait si tout ce petit demi-monde buvait un peu plus de café plutôt que d’alimenter le commerce mondial de drogues et les violences et destructions de civilisations y afférentes, ça brûle les lèvres et le clavier.
Evidemment, il y a des gens pour soutenir que le café en été, surtout avec le changement de climat, c’est moins bon pour la santé des cyclistes que l’EPO. C’est sûr que, même en faisant de gros efforts pour le packaging, un café au comptoir ou en terrasse sera toujours moins glamour qu’une dose de dope dans les toilettes.
Il y a des amateurs de (Tour de) France pour soutenir que la qualité du spectacle sportif ne pourrait pas être assurée sans tous les produits dérivés et autres accélérateurs de compétitivité sans lesquels le public serait très déçu.
Evidemment, les djeuns nourris au Guronsan de leur première dent de lait au classement de sortie de l’ENA ou de l’X ne se développent pas un effet placebo d’enfer en allant à la machine à café du couloir, même s’il peuvent y exhiber leur mug de promo parce que c’est une machine biobo moins chère si on gaspille pas un gobelet, ni même en faisant commander su internet des dosettes par leur secrétaire s’ils sont assez bien sortis pour avoir une cafetière individuelle avant ENA+10 (après, ils ne peuvent plus boire de café tellement ils sont énervés que leurs collègues de promo aient des jobs mieux ou plus payés ou plus prestigieux, ou risquent d’en avoir, sauf s’ils ont pantouflé sur un job cool du genre où on peut se taper un ou deux cafés au comptoir s’il y a quelque chose à lire dans le journal sans angoisser pour la réunion de service ou un entretien professionnel avec un stagiaire).
Pourtant, tout irait tellement mieux si les dopés, dopeurs, specta(c)teurs, suiveurs, complices, coupables, responsables etc … et leurs écosystèmes nationaux buvaient en été du café lavasse glacé dans des verres de cantine plutôt que chercher toujours plus, toujours plus vite, plus haut, plus fort, plus trop cher, toussa-touça, en avalant n’importe quoi …
Et que personne ne vienne raconter que le café ne va pas avec le junk food que tout le monde (qui aurait pourtent en principe l’âge et le niveau socio-culturel de manger du « normal ») aime et désire en France presque autant que la dope, et que tous les djeuns de maintenant bouffent parce qu’ils n’ont été éduqués à rien d’autre, les pauvres.
Que personne ne vienne raconter que la café est amer, que ce n’est pas pratique de trimballer une machine à expresso en vacances au camping, et qu’un thermos de jus de chaussette tiédasse, ce n’est pas très rafraichissant quand on au bord de la mer sans parasol.
Et que personne ne vienne raconter que le café, c’est moins glamour chicos pour les mondains, moins parisien pour les parisocrates en vacances ou en exil, ou moins frais pour les djeuns qu’un saladier de poudre importée du même pays, juste pas de la même couleur et obscènement plus chère.
Ceci twitté, être contrarié par le dopage dans le monde n’empêche pas de « liker » un café.