Délocalisations, la guerre (pas économique) contre l’emploi ?

On a eu 3 jours pour se réjouir que le chômisme avait reculé en janvier malgré la crise, le jasmin et pas de neige (sauf à Roissy et Velizy 2 mais on a envoyé l’armée) et patatras, un pisse-vinaigre crache dans la soupe et nous repasse le plat des délocalisations qui tuent l’emploi.

Dans son livre au titre un peu provocateur paru chez Plon la semaine dernière, le scandale des délocalisations, Eric Laurent considère que les délocalisations, dont les conséquences sur l’emploi et l’avenir économique des pays encore développés seraient désastreuses, n’ont pas de justification économique et que les politiques n’osent ni tenter de contrôler la dérive, ni avouer les réalités. « En délocalisant massivement, les industriels occidentaux sont tombés dans un véritable piège », écrit-il. En exclusivité www.journaldunet.com des extraits :

  • La revanche de la Chine : no comment, travailler plus pour gagner plus, les chinois ont réinventé le concept (pendant qu’on était en RTT ou en train de collectionner les timbres pour acheter un riad et le 4/4 qui doit aller avec)
  • La formation négligée : où le mythe de l’Europe de la connaissance et des centres de l’intelligence à valeur ajoutée en prend un coup tandis que le DIF et autres rois français d’avant même la pré-retraite sont mis à nu
  • L’effet domino vers les pays OCDE : où la paupérisation induite et la pression sur les dépenses sociales publiques dans les pays développés est démontrée ainsi que la collaboration nocive, plus ou moins spontanée, des employeurs
  • l’impact sur la sécurité en OCDE : où les incertitudes sur les standards de qualité des services et produits en provenance d’installations délocalisées sont illustrées par des exemples aussi documentés qu’inquiétants
  • le déni des risques pour les entreprises : où le principe de précaution, dont on nous rebat les oreilles quitte à en paraître ridicules, semble bien éloigné des critères de décision de la part des délocalisateurs et de leurs lobbyistes
  • le boomerang mafieux : où les pratiques les plus nauséabondes des pays au droit « différent » et aux standards sociaux douteux contaminent les entreprises et  bassins d’emploi résiduels en Europe et ailleurs

Le livre est écrit par un journaliste qui, même talentueux et expérimenté sur les sujets d’économie et de business international, manque possiblement un peu d’information et/ou de technicité et a pris le parti d’une approche provoc mais faute de rapport parlementaire, d’étude de consultants ou de fond de dossier de Davos ou du G20, il a le mérite de mettre les pieds dans le plat. Compléments dans une interview de au grand journal de BFM le 23 février et une vidéo France Inter sur dailymotion.

Les révolutions du jasmin éclairent d’une flamme dérangeante le brûlot d’Eric Laurent. Les entreprises françaises étant souvent trop petites et parfois trop francophones pour avoir déployé des capacités de production jusqu’en Asie lointaine, on aurait pu lire l’ouvrage en se disant que somme toute les employés français étaient peut-être un peu moins exposés que ceux d’autres pays développés.  Hélas, notre Munich (décidément …) de la mondialisation, par ailleurs encouragé par certains milieux d’affaires français allés jusqu’à créer de -petits- parcs industriels pour inciter la délocalisation « politiquement moins incorrecte » dans tel ou tel pays ami, nous aura privé des dividendes de la croissance asiatique sans nous préserver des tourments de la guerre (économique).

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Si encore on avait des fonds de pension, au moins on récupérerait en dividendes émergents ou assimilés ce qu’on perd en salaires et taxes, mais ce n’est pas le genre de la maison France, alors il a bien fallu s’adapter au public local

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« L’humour noir, et celui-là est peut-être un peu corrosif, n’est peut être pas partagé par tour le monde »

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En effet, même BFM semble trouver que le bouchon est poussé un peu loin

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Quant au service public, il est passé au mode « vod », alors si on veut savoir ce qu’il en pense, c’est payant (sinon, regarder Think-Tank une fois par semaine sur LCI, en général c’est Beigbeder et Ferrand qui échangent courtoisement en respectant le « je » de rôle mais sans trop de langue de bois, au moins tant qu’on restera à bonne distance des élections) : le dessous des cartes sur les délocalisations en « vidéo on demande »

Sinon, on peut en revenir aux discours officiels des deux bords d’avant la crise et les feux de jasmin, mais c’est un peu daté, pour un peu ce serait en noir et blanc

Renaud Favier – 28 février 2011 – http://www.renaudfavier.com

Le bonus : « c’est plus nous qui décidons »

C’est fini pour aujourd’hui, c’est l’heure d’aller manger

A propos renaudfavier

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Un commentaire pour Délocalisations, la guerre (pas économique) contre l’emploi ?

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