Le Pays de Peter Pan

On pense souvent à un Oedipe quand un (pays) adulte ressent une douleur à l’ombilic comme certains unijambistes ont froid à un membre amputé mais notre espèce de gang-bang sur l’Etat-Mamma, c’est autre chose, ça ressemble plutôt un genre de Peter Pan à la française.

Parce que l’Oedipe, franchement, quand on voit le niveau scolaire jusque dans les « Grandes Ecoles », les statistiques des conseils d’administration de la République ou qu’on regarde les Mrs Robinson de la politique française, c’est pas si sûr. Dustin Hoffman a indubitablement un air de famille avec des politiciens français du 21è siècle et les hormones compliquées d’un mangeur de pâtes aux truffes vaguement décadent mais il est mieux éduqué et moins lourdingue, quand même (ceci étant, dans notre référentiel on pense souvent « c’est de son âge », par exemple on n’en veut pas trop à Bonaparte pour ses erreurs de jeunesse genre 18 brumaire parce que les pré-gérontes du politburo d’alors avaient bien faibli de la tête, et c’est quand un vieux en costume cravate ou en uniforme viole une jeune femme ou une jeune République que ça choque un peu plus, en général, mais tant qu’on n’élit pas un jeune Hitler en col roulé ou un sémillant Staline en short sur un malentendu, jusqu’ici, tout va bien …).

La plupart des « Peter Pan » du pays imaginaire imaginé sont bénins et les malades, même s’ils nous gouvernenent, s’en remettent ou vivent avec sans que ça n’ait de conséquences trop nocives pour leur entourage, on n’est pas en Norvège. C’est un peu plus préoccupant quand des communautés entières sont atteintes simultanément, par exemple quand il commence à y avoir des abcès de crédulité autour de la candidature télégénique à des jeux olympiques, des crises de patriotisme économique ou autre médiatique à la saison des caméras ou des grève des la faim d’indignés méritants de la fin des subventions de la fée clochette pour les auto-entrepreneurs installateurs de trucs chinois qui seraient bien les seuls à être durables alors que tout est conçu pour tomber en rade en 3 ou 4 ans et qu’on ne répare plus rien parce que le coût du travail est au  niveau de celui des pâtes aux truffes et qu’il n’y a plus de pièces détachées fabriquées par des enfants dans les usines polluantes cachées au bout du monde ou à être recyclables à bilan carbone pas trop épouvantable et sans coûter une fortune en transport jusqu’à l’atelier à recycler d’un village où on accepte les éoliennes et les fumées industrielles parce qu’on est tellement ruiné qu’on n’a plus le choix.

C’est un peu plus inquiétant quand des pans entiers de la population se mettent à croire aux sornettes de Capitaines Crochet des deux sexes en habits rouges (ou des couleurs à la mode du moment, la doudoune trop grande, la rosette trop petite ou les lunettes rayées, ça passe bien aussi dans d’autres teintes) et autres très gros mythes de sauveurs suprêmes, mais ça aussi, ça se soigne en général en arrêtant de dire aux mômes que c’est normal d’avoir 21/20 au bac en révisant devant Secret-Story pendant que les Chinois bossent, en réduisant la consommation de discours politiques et autres sondages comiques pendant les campagnes éléctorales et en limitant drastiquement la lecture des prospectus et autres pollutions électroniques de lobbies, communicants et autres caisses de résonnance de petites entreprises politiques locales pour essayer de penser un peu plus vrai, un peu plus européen, voir un peu plus global en faisant la part des choses et en écoutant des voix un tant soit peu crédibles, parfois même en langues étranges, pour ne pas trop décrébiliser celles qu’on mettra dans les urnes du canton France en 2012 et plus.

On approche quand même la zone dangereuse quand non seulement des adultes consentants veulent retourner en primaire et/ou prennent plaisir à se faire fouetter par une vieille prof à lunettes et martyriser par des mômes qui jouent avec des seaux d’épluchures comme au temps de l’Almanach Vermot, mais quand les médias entrent dans ces jeux d’enfant pervers (Freud : « l’enfant est un pervers polymorphe ») en multipliant les séances de « SAM » (Société d’Autosatisfaction Mutuelle) entre grands enfants trop (auto)bronzés pour qu’il n’y ait pas risque de mélanome plus ou moins malin et quand même les artistes, dont on espère en général qu’il soient un rempart à la bêtise ordinaire, se mettent à bêler de la Bastille à Avignon en passant par les Tours Eiffel de chaque ville où l’on peut trouver du bon public genre acheteur de tongs publicitaires : à l’automne 2011, on devrait y être quand 2 très indispensables remakes de « La Guerre des Boutons » arriveront en même temps sur les écrans (L’Express : En septembre, 2 long-métrages sortiront au même moment « Enquête sur un duel absurde« ). No comment, sinon que probablement les deux bénéficient de subventions nationales, régionales et whatever pays, régimes spéciaux et autres avances remboursables qui seraient mieux employés à d’autres choses, avec ou sans coups de règle d’or sur les doigts de Petit Gibus.

Plutôt que de chercher des poux dans la tête des Schtroumfs ou se chamailler dans la cour de récré des classes primaires, on devrait quand même demander à l’Etat-Mamma d’arrêter de répéter à tout bouts de champs (chants ?) que « ça ne devrait pas grandir » comme un adulte de whatever sexe s’attendrit devant de vieilles photos de mômes parce que comme il y a du crachin, on préfère ne pas sortir et comme il n’y a rien à la TV et que l’essence est trop chère, on n’a rien d’autre à regarder ou à lire ou à aller (re)visiter que les vieux albums de photos de famille.

Sinon, si vraiment on a pas de rêves (ou de vidéo-club) plus adultes que celui du sauveur suprême, on peut emprunter à la médiathèque ou acheter le DVD du « Grand Charles » passé hier sur Arte (« Vu à la Télé », on peut acheter en confiance …) mais trop tard pour qu’on ne s’endorme pas devant pendant que les vrais mômes faisaient un poker et que les vrais ados étaient à un meeting d’indignés : ce serait intéressant de savoir comment ses parents l’avaient élevé, celui-là, de vérifier ce qu’ils lui donnaient à manger quand il était petit et de fouiller dans les notes de son psy pour savoir si sa mère passait son temps à lui dire qu’il devait demander des autorisations aux voisins pour tailller un arbre ou planter une éolienne à Colombey, si son père lui recommandait d’exiger des subventions pour isoler la chambre à coucher et si ses potes lui disaient de demander conseil à des consultants anglo-saxons pour savoir comment les hommes doivent manger les choux et si les femmes se plantent vraiment dans des roses. Parce que quand même, lui, il l’a totalement raté son Peter Pan, alors il faut qu’on fasse bien attention de pas risquer de suivre son mauvais exemple parce quand on devient trop grand, on ne trouve plus chez personne de lit à sa taille alors on perd tous ses potes et on n’a plus qu’à s’exiler dans le désert et à espérer un binz maouss genre guerre de décolonisation mais on a les guerres qu’on mérite et en ce moment, c’est pas gagné pour obtenir beaucoup mieux qu’une légion d’honneur posthume si le temps est à la pluie à Paris.

Probablement que la nouvelle affiche est sans cigarette, quand Joly sera au Sénat on enlevera le képi et si elle élue à un truc sérieux, demain on enèvera le bas

Peter Pan, vaste programme.

Renaud Favier – renaudfavier.com – en avant la musique ! – 29 Juillet 2011

             

Ps : si Dr House auscultait la France, pas mal de microbes plus ou moins politiques, et vice-versa, auraient du souci à se faire et le diagnostic serait sans appel, mais jusqu’ici tout va bien, Dr Lagarde fait un diagnostic alarmant mais il suffit de tourner le dos et de baisser le son pour ne pas être malade ni perdre le « AAA » (ah! ah! ah! ?). Enfin pas offciellement malade de quelque chose de plus inquiétant que le syndrome de Peter Pan, tendance Fatcat (by the way, excellent le spectacle organisé à New-York par l’avocat de la victime hier, c’est autant du show-biz que les indignations du Café de Flore chez nous mais chacun ses traditions, on a les Broadway qu’on mérite, et c’était remarquablement exécuté même si ça fait un peu peur qu’il y ait aussi une sorte de maladie aux Etats-Unis, parce qu’en général, quand l’Europe commence à disjoncter grave, c’est quand même la cavalerie yankee qui nous sauve du maelstöm -en nous vendant quelques bouteilles de Coca en passant mais c’est pas trop grave- mais là, la vérité semble vraiment partie ailleurs, on ne sait même plus dans quelle direction aller la chercher).

A propos renaudfavier

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