Entre l’ouvrier (sic), les guerriers (double sic) et la poète (si, sic), il n’y a plus de micro pour l’export ?

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Avant, la presse business se serait intéressée à (encore) un énorme déficit français. Mais c’était avant. Maintenant, c’est par courtoisie (ou pas) envers une ministre réputée écolo, mais qui n’a plus la chance de surfer sur les tendances, que les journaux ennuyeux font un billet.

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Les journaux économiques très sérieux ont très sérieusement mis à jour leur marronnier bonsaï annuel (celui des Echos, titrant sobrement sur « une décennie de déficits » avec un édito crépusculaire, limite wagnérien ma non troppo, de Dominique Seux, est exemplaire), les médias business un peu plus rock n’ roll ont profité de l’occasion un peu rock n’ roll (67 milliards, c’est une grosse paille, voire une petite poutre) pour faire passer des messages patronaux plus ou moins prévisibles avec plus ou moins de finesse (celui de Challenges sur le dernier sondage du syndicat des boites d’appui à l’export n’est pas piqué des vers, avec les coups de carotte à Bercy des satisfecit sur les projets de guichets uniques et de « Marque France » et le coup de bâton à la rationalité économique d’une sorte de plaidoyer pour une « prime à l’export » qui fera sourire les chômeurs de l’industrie automobile qui ont de l’humour), l’Expansion place habilement le mot « boulet » dans le titre de son papier où est souligné que, hors énergie, le déficit régresse fortement de -29 à « seulement » -15 milliards, tandis le Monde a eu un moment de über-méchanceté gratuite (il sait faire …), et à tout dire assez incompréhensible contre cette pauvre madame Bricq qui n’a évidemment pas plus de responsabilité pour le désastre présent qu’elle n’en aura pour les hauts ou bas à venir, mais dont la personnalité assez forte peut déclencher des émotions chez les journalistes compétents sur le sujet de l’économie réelle en général et du commerce extérieur français en particulier, et publié le ressenti d’une plume ne partageant semble-t’il pas inconditionnellement la ligne pro-gouvernementale des propriétaires actuels de la boutique, ou simplement d’humeur taciturne un jour de météo médiocre à Paris avec grève des imprimeurs en prime (sinon, on peut aussi intuiter que le rédacteur du papier avait subi une humiliation genre obligation de prendre un taxi alors que le Figaro voyageait dans la voiture de la ministre, ou déjeuner à une table annexe à Marseille pour laisser la place aux journalistes des éditions locales de La Provence …). En tout cas, l’article du Monde.fr daté du 7 février à 11h51 ( Nicole Bricq, la coach du « comex » ) est parmi ce qui a été écrit de plus lucidement acide, ou vice-versa, et méchamment drôle, et vice-versa, sur le sujet des problèmes du commerce extérieur de la France, de mémoire de lecteur sur cette thématique n’incitant par ailleurs que rarement à rire, ou même à simplement sourire.

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Mais tant qu’il n’y aura pas un méga plan social avec visites de politiciens, fumée de pneus brûlants et voiture de BFMTV en planque 24/24 chez des exportateurs aux syndicalistes un peu médiatiques, un rapport annoncé à la TV et en séminaire gouvernemental de l’Inspection des Mines ou du Conseil Général des Finances, ou vice-versa, ou au moins une première page un peu sexy d’un magazine un peu grand public à Paris et mieux distribué en province que les rapports de la Cour des Comptes, un beau jeune homme parlant bien passera avant la sénatrice écologiste en charge du commerce extérieur, même en marinière, même si ça ne fait pas rigoler tout le monde.

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Tant que la guerre économique ne fera pas autant de morts officiels que la « vraie », celle des légionnaires et du sable chaud, et tant que les otages du commerce extérieur seront juste des entrepreneurs coincés par une chute de neige à Roissy ou des salariés menacés de perdre leur gagne-pain par un paquebot civil bloquant le port de Marseille, le ministre de la guerre mondiale au Mali et le chef des armées françaises sur lesquelles le soleil ne se couche jamais (et ça durera tant qu’on aura des militaires de Mourmelon aux Marquises en passant par Mayotte, les Kerguelen et Kourou) feront plus de premières pages et de sujets TV que la ministre de la mondialisation (on peut même craindre que le ministre de la démondialisation lui passe devant), à tort ou à (dé)raison.

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Et même si Nicole Bricq s’est en son temps préoccupée de Guyane, (ce qui lui a permis de faire plus de buzz en une semaine qu’en plusieurs mois à Bercy, soit dit en passant), il faudrait qu’elle récite en séance publique des poésies viriles du temps des colonies devant des caméras allumées plutôt que des éléments de langage mollassons sur la part de marché de la France dans l’agro-alimentaire en façade Ouest de l’Amérique du Sud, qu’elle véhémente officiellement contre des adversaires français allumés plutôt que contre des concurrents étrangers qui bossent, ou au moins qu’elle fasse des conférences à Paris avec des micros allumés et des iPhones espions comme à n’importe quelle réunion de vrais politiciens sérieux, pour pouvoir prétendre à une bonne place à la table des gens importants, comme sa collègue en charge de la justice sociétale.

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Mais quand il n’y a pas de vent porteur, c’est inutile de hisser les voiles.

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Quand la concurrence place la barre trop haut, ce serait suicidaire de suivre.

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C’est comme ça.

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Bref, le commerce extérieur en France, maintenant, c’est bien si on aime les voyages en avion en classe business (en un ou deux ans, on peut récupérer assez de rasoirs jetables, de mini brosses à dents et de bouches-oreilles pour tenir une vie), les notes de Bercy sur les secteurs porteurs et les pays prioritaires, ou vice-versa, et les réunions avec les assureurs-crédits privés et autres logisticiens partenaires des exportateurs, mais depuis Raymond Barre et Edith Cresson, ce n’est plus ce que c’était (Christine Lagarde est l’exception qui a confirmé la règle, mais elle venait d’un vrai boulot à l’étranger, ne faisait pas -trop- de politique, parlait parfaitement anglais, et considérait les entrepreneurs comme des clients adultes et sérieux, pas comme des meutes d’assujettis infantiles). Et avec la régionalisation, ça va devenir encore plus dur de faire venir des journalistes de médias parisiens aux conférences de presse (ceci twitté, n’importe quel Dircom un peu au fait des moeurs du médiacosme parisien sait qu’un raout à 9h du mat’ à l’Est de la Bastille, surtout pour un truc pas urgent qu’on peut décaler de 48 heures sans mort d’homme ou hurlement de Frigide Barjot dans le poste, ça met tout le petit monde de la presse économique dans d’assez mauvaises dispositions, surtout ceux qui ont l’habitude de regarder Dr House en replay le jeudi matin avec le café d’après les interviews de cadors à la radio, parce que le mercredi, il y a la piscine avec les mômes). C’est un métier, ça peut être sehr passionnant et über-gratifiant, même si on a été formé(e) à des concepts et méthodes un peu rustiques chez les Soviets d’avant, mais il vaut mieux inspirer confiance aux entrepreneurs sérieux et être un entouré(e) de vrais, si possible bons, pros pour la com’ et le reste …

le-berlin-de-merkel-est-en-russie ... ça s'appelle un acte manqué, pas une erreur ...

C’est pourtant pas plus compliqué que le code du travail ou la fiscalité, l’export, nicht ?

Renaud Favier – 8 février 2013 – Page facebook Compétitivité – Groupe LinkedIn

PS : no comment, la compétitivité, c’est aussi pour faire venir, et convaincre, les médias et autres « soft powers ».

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PPS : si on est vraiment passionné par le sujet et ce qu’en disent les médias, il y a le billet « Commerce extérieur : tristes voeux pour 2013 ou condoléances joyeuses pour 2012 ?« 

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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