Lettres françaises : comment peut-on être (écrivain en) français (en France, maintenant) ?

Lpersanesmarteau

Avant, presque tout le monde (urbi et orbi) comprenait le français (plus ou moins bien), pouvait écrire ou discutailler à un café de Saint-Germain-des-Prés (plus ou moins chic), et lire un livre à l’occasion (au moins son livre religieux préféré ou sa bible anti-cléricale favorite).

Couv_4eme_CONCOMBRE_T2 - Crédits : Mandryka

Mais (comme) avant, du temps des livres, ce n’est pas (comme) maintenant qu’on lit en diagonale des fichiers livrés par internet sur des écrans achetés dans le cloud.

concombre-maitre-monde-p16-11 - Crédits : Mandryka

Parce que maintenant, alors qu’on approche pourtant du 33ème salon du livre de Paris et qu’on a inventé le livre électronique pour presque tous et subventionné le projet Gutenberg de digitalisation et mise à disposition gratuite des bouquins bons pour le neurone qui disent d’où on vient et vers où on devrait aller, sinon où on en est (où on n’est, de qui on nait, qui on pourrait bien être, pour qui on pourrait naître, c’est encore d’autres sujets sur lesquels on n’a pas fini d’écrire, de décrire, de décrier, de crier etc …), plein de monde ne comprend toujours pas grand choses aux gens, aux choses, aux maux (les mâles, c’est encore un autre binz, et ce n’est plus ce que c’était du temps de Steve McQueen, Jean-Claude Killy et Roland de Ronceveaux, surtout que Klaus Nomi et Freddy Mercury n’ont pas rejoint le comité de soutien à la libération de notre femme à Mexico -on a l’homme à la Havane que les temps méritent et les Français héritent, ou vice-versa-), aux mots, aux bidules, aux temps et aux gens (« hommes », c’est un mot trop sexué pour ne pas être suspect, alors mieux vaut l’éviter et écrire « gens » si on ne veut pas être censuré par ces animaux qui nous gouvernent en animant leurs mots) d’aujourd’hui, à toussa-touça, quoi.

5496-concombre-masque--2 - Crédits : Mandryka

Non pas que le monde littéraire d’avant, quand les djeuns de maintenant n’étaient même pas encore des paillettes congelées -déjà heureux si pas trop mélangés à des ovules de juments- ou des spermatozoïdes au naturel en recherche d’ovules #Inrealife ou sur Meetic, n’était pas une jungle sans pitié pour l’orthographe à l’ancienne, la grammaire d’antan, ou les nerfs des éditeurs qui devaient payer à la fois les conseillers en marketing et les pianistes de bordel publicitaires pour essayer de vendre leurs produits de saison littéraire, les mojitos garnis des auteurs intermittents habitués des terrasses de brasseries où le café est vendu au prix d’un petit plat de pâtes aux truffes, des impôts fussent-ils au régime privilégié au nom de la sainte exception culturelle et du soft power francophone dans le monde d’avant-hier, et le loyer de leurs maisons d’édition en plein Paris (pari ?) forcément, forcément en plein Paris dans le bon arrondissement avec bancs propres, fauteuils publics confortables, et jardin entretenu par les fonctionnaires du Sénat (sans oublier la part patronale des cartes oranges, devenues violettes et électroniques mais c’est la même chose, pour le personnel ne venant pas en Vélib’, ce dernier étant éligible à la prime compensatoire de non-carte-orange à charges sociales réduites, la mise aux normes européennes des machines à café et les frais de taxi pour les réunions préparatoires au dialogue social au ministère).

concombre-maitre-p17-06 - Crédits : Mandryka

Non pas que se loger soit impossible à Paris. Si on est héritier comme tout le microcosme, il suffit de pouvoir payer les charges, généralement pas très élevées dans leur très ancien très bien construit et exempté du ravalement obligatoire tout le temps et du chauffage collectif à 25° pour tous partout par tous les temps même fenêtre triple vitrage ouvertes en hiver pour le chat, pour les immeubles récents genre habitat social ou même immeubles « normaux » sans subventions de gens « normaux » sans privilèges, et les impôts locaux, pas encore trop rédhibitoires, même si on n’est pas Qatari, grâce aux sièges sociaux des boites qui, soit continuent à employer du monde à Paris parce que leur fond de commerce est comme ça (genre conseillers en réforme gouvernementale, banques refinançant la dette, ou entreprises employant des membres de cabinets ministériels disparus, d’ex-élus et d’anciens assistants parlementaires devenus avocats grâce à cette discrète mesure assurant un débouché professionnel en col blanc bien coupé aux serviteurs d’une certaine idée de la République Française), soit spéculent, comme tous les propriétaires cupides d’immobilier parisiens plus ou moins vide, sur la poursuite de la montée des arbres au ciel. Mais pour les écrivains plus ou moins normaux, hors star-system (donc sans mention « vu à la Télé » sur les couvertures ou la « une » du blog), auteurs sans famille (lire : « pas genre Proust ou BHL »), et autres artistes pas officiels ou fonctionnaires (càd pas Attali ou Ferry), c’est encore un peu plus compliqué que du temps où Paris était la capitale culturelle d’un monde qui savait et aimait lire en général, en français en particulier, où on pouvait louer une chambre de bonne à Paris (pour ne rien dire d’un matelas au bateau-lavoir entre un pot de peinture et un tas de Modiglianis en train de sécher) sans être mécènisé par Bergé ou un autre émir (honni soit qui penserait qu’il vaut mieux être mécénisé en tarif de nuit si on préfère coucher dans la soie, d’autant qu’avec les Carlton et autres hôtels tolérants à plein d’étoiles qui prolifèrent maintenant, les jours peuvent être aussi beaux et bien payés que les nuits, pour les auteurs légers et autres gens de plum..ard), contrôleur aérien, parachuté au CESE ou élu au conseil de Paris quelques heures par semaine, ou joueur de foot le soir et le week-end pour payer la lumière du soir, un sandwich à midi, et la tournée des cafés du matin.

concombre-travail-001 - Crédits : Mandryka

Rien n’a jamais été facile pour tout le monde, même pour les vendeurs de mots en France, même si ça ne s’arrange pas (heureusement, sinon comment espérer l’émergence de nouveaux « Zola » aux prochains salons du livre de Paris, if any ?).

concombre-masque-oui-patron-10 - Crédits : Mandryka

Il y a toujours eu des trucs injustes et des succès immérités, surtout en France, même si ça ne s’arrange pas (heureusement, sinon comment espérer des séances d’autographes avec des Dumas -Alexandre, pas Roland, quoique question trucs pas clairs, il aurait à en écrire celui-là …- contemporains dans les librairies parisiennes survivantes -as long as it lasts-, en marge des prochains salons du livre de Paris -as long as they last- ?).

concombre-masque-oh1 - Crédits : Mandryka

Le jus frais de cerveau pas trop ramolli du bulbe ou pourri du neurone a toujours été difficile à trouver, compliqué à extraire et pénible à raffiner, et ça ne s’arrange pas (heureusement, sinon n’importe quel couillon pourrait copier-coller n’importe quoi d’écrit par un auteur un peu artiste négligeant de protéger sa propriété intellectuelle, trouver des couillons pauvres pour l’acheter au détail sur papier ou écran, peu importe, dénicher un couillon assez riche pour acheter les droits pour le cinéma et l’incontournable jeu vidéo et … couillonner tout le monde).

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Et ça ne s’arrange pas …

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Heureusement, sinon, à quoi penserait-on, et sur quoi (éc)rirait-on ?

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A quoi serviraient les mots  (honni soit qui a pensé très fort : « les écrivains »), et ceux qui s’en servent pour autre chose que fabriquer des éléments de langage, des slogans plus ou moins publicitaires, ou du prêt-à-penser-et-répéter de grande consommation garanti sans cheval étranger, ni inconformisme de quelque nature que ce soit, ni pensée dérangeante, voire dangereusement originale ?

Crédits : Mandryka

Juste à penser ?

concombre-masque-52-10 Crédits : Mandryka

Ecrire, la belle affaire, mais twitter … (byzeway, je garde pour plus tard, plus près du salon du livre, ce « je de maux » sur « naître écrivain mad in France, la belle affaire, mais écrire en français NF simpliste de maintenant pour lecteurs simplets et/ou simplement pressés … », parce que le caser dans ce billet, ce serait comme écrire plus court, pardonnez-moi, mais je n’ai pas le temps aujourd’hui). Alors, c’est fini pour aujourd’hui.

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Merci à Mandryka ( http://www.mandryka.fr/ ), talentueux parent du concombre masqué ( http://www.leconcombre.com/ ), grand de la BD francophone avec humour pour gens qui savent lire mais que ceux qui ne savent pas, ne veulent plus, ou n’ont pas le temps de, peuvent quand même acheter pour aider l’auteur, poser sur leur table de salon à l’occasion d’un dîner philosophique, et feuilleter avant de le refiler à des amis plus lettrés (plus ou moins djeuns, l’âge ne fait rien à cette affaire), et bienfaiteur du Net-Land-Art. Et une petite pensée pour Montesquieu, avec le café …

Renaud Favier – 12 février 2013 – Café du matin à Paris

PS : en France, les twittos écrivains sont comme les chevaux : tout le monde s’en fiche à part quelques passionnés, les journalistes commentateurs spécialisés, et le petit écosystème qui vit (assez bien) de leur sueur ; ils ont le droit de se prélasser nus toute la journée dans leur box et de faire ce qu’ils veulent en plein jour dans leur pré s’ils vivent à la campagne assez loin des écoles (comme les politiciens, qui d’ailleurs tentent assez souvent de se faire passer pour des écrivains à l’aide de stagiaires et autres « nègres », quand ils n’ont de talent, ni pour la politique, ni pour l’écriture) ; ils gagnent plus ou moins bien et plus ou moins régulièrement (comme les autres intermittents du spectacle, sauf qu’ils n’ont, bizarrement, pas le chômisme en régime spécialement favorable) ; ils doivent courir vite de temps à autres à des concours près de Boulogne ou Vincennes (comme les autres sportifs, rédacteurs de dissertations pour les concours administratifs, et hauts-fonctionnaires en première campagne électorale qui veulent avoir un peu de succès médiatisé pour pouvoir se reposer longtemps sur d’épais lauriers) ; et on ne les dézingue pas pour les manger (si c’est pour le plaisir ou par haine stupide, voire pour des questions d’honneur et d’argent comme en Corse, c’est autre chose, ça peut arriver). Ces gens sont atrocement privilégiés. En plus il peut arriver que de jolies twittas lectrices bien habillées leur montent dessus se promènent avec eux …

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A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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