Salon du Bourget 2011 : voler plus beau


Il pleut et on ne sait toujours pas qui et quand a fait le 1er vol « motorisé contrôlé » : Ader ? Les Wright ? Santos Dumont ? Ni jusqu’où était monté Icare ? Peu importe, l’oiseau est malade mais Olympic Air vole toujours malgré la faillite d’Olympic Airways. Et c’est beau.

Bon, le service à bord est peut-être un peu plus rustique qu’au siècle dernier.

El les avions sont peut-être un moins rutilants qu’à la belle époque.

Et on peut craindre que les bonnes escales soient moins nombreuses qu’avant la crise.

Mais l’essentiel est probablement ailleurs et aujourd’hui, malgré la pluie au Bourget, on a surtout besoin de Canadair un peu partout dans le monde parce qu’il y a le feu (et maintenant, mais un peu tard, on regarde un peu moins ailleurs).

Difficile de faire semblant de ne pas savoir qu'il y a le feu et de ne pas s'apercevoir que c'est pas loin d'atteindre des coins dangereux, cette fois

Et « nous savons » (comme on dit chez Renault) que même s’il faut bien payer le kérosène, la lutte anti-incendie c’est peut-être moins une question de financiers que de pilotes dans les avions, d’autant que les écoles nationales d’administration ou de pilotage économique n’ont pas l’air bien meilleures à Athènes que dans d’autres pays plus ou moins au sud de TempelHof. Ce n’est pas nouveau, d’ailleurs, mais les pensées uniques sont plus ou moins dangereuses.

Même à Berlin, never nothing like a free lunch, les hamburgers tombent parfois du ciel mais il y a toujours un prix à payer

Mais même si le ciel est un peu gris (pour autant qu’on puisse le savoir depuis que Météo France a dû vendre ses locaux et que la rigolotte Mademoiselle Météo de Canal ne prend même plus la peine de parler du temps entre deux pubs et Lady Gaga, by the way, c’était mieux cette fois, pas comme quand le ballon ne s’était pas gonflé à Cannes) « ça vole », comme on dit chez les parapentistes. Il suffit d’avoir vraiment envie, de faire une petite prière à qui on veut quand même parce que ça ne peut pas faire de mal quand les temps sont incertains voire tangente déluge, et puis un premier pas en avant, une petite prise d’élan et … « zyva ! » On entend le froissement du chiffon, puis le vent dans les suspentes et « ça le fait », ça passe en général, on verra plus tard pour l’atterrissage.

Voler, être libre comme l'oiseau ... dirait le poète ... qui est parfois un peu rêveur, limite dans la lune ...

« Et pourtant, elle tourne » dirait un autre qui comprenait bien le ciel, la terre, le soleil, les vieilles lunes et tous ces trucs un peu mystérieux que seuls les plus grands esprits formés dans les meilleures écoles et portant les plus chics costumes (ou uniformes, c’est pareil, juste en plus contraignant à cause des breloques, un peu plus lourdes à tous égards que les rubans en général) peuvent « gouverner ». C’est l’essentiel.

Gouverner, c'est savoir

Alors peu importe les Montgolfier, Lillienthal, LeBris, Pénaud et autres oiseaux qui volent à jamais plus beau. Peu importe que ça ne vole pas aujourd’hui. Seul demain compte.

Parce qu’aujourd’hui, la météo est un peu joueuse, et même limite mutine. Notamment pour le vol de Solar Impulse devant le Président.

De retour au sol, ses ailes de géant ... aujourd'hui il pleut, mais même s'il faut pousser, la techno avance

Parce que l’Airbus A380 d’aujourd’hui, on sait qu’il vole, certains ont même déjà pris l’habitude de voyager dedans, alors c’est pas grave qu’il ait perdu un bout d’aile hier en roulage au sol et que son vol de démo au Bourget soit annulé (de plus, on a trouvé un A380 de Korean Air qui devrait pouvoir le remplacer au pied levé, façon de parler). De toute façon on ne serait pas sortis sous la pluie pour le regarder.

Parce que l’A400 M, on sait que ses moteurs marchent, en général (bon, il faut que l’armée ait encore les moyens de faire le plein de gasoil après les campagnes de Libye, la révision de l’hélice du porte-avion, les munitions pour l’Afghanistan et plus si affinités, mais ça ira sûrement mieux en 2013) même si on ne sait plus très bien dans quel pays du « juste retour » (ou pas …) ses morceaux sont fabriqués. Alors on ne serait sûrement pas sortis sous la pluie pour le voir faire des ronds dans l’eau avec ses hélices (on a le Charles de Gaulle pour ça, en général) françaises made in Hamilton Sundstrand (on a une centaine de députés patriotes économiques qui connaissent l’adresse d’Air France, il y en a sûrement un dans la délégation du Président qui sait où est ce terroir et qui sera ravi de se faire interviewer à ce sujet après la visite officielle).

Parce que l’A350, « nous savons » (et là, c’est vrai, pas comme chez Renault) qu’il sera un peu en retard, même si plutôt moins que son concurrent de chez Boeing dont on ne sait plus très bien quand il sera mis en vrai service chez les Japonais qui ont été les premiers à le commander même si les délais de livraison n’étaient pas vraiment garantis, parce que depuis l’Enola Gay, ils savent qu’on peut faire confiance aux avions américains, même s’ils ne sont pas toujours très élégants.

L'élégance fine et distinguée, c'est pas toujours la spécialité des cow-boys mais la cavalerie arrive à temps, en général

Parce que le B 747-8, franchement, on n’en à rien à cirer de le voir voler ou pas, c’est comme quand Toyota fait une nouvelle Corolla ou VW une nouvelle Golf, on sait bien que ça va marcher, que le moteur sera un chouille mieux, la gamme de couleur un peu différente et le GPS en option un peu moins « jean-jean », et que les clients « réguliers » qui ne sont ni morts, ni ruinés, vont acheter par routine et seront contents par habitude. Mais même peint en rouge Ferrari, ça ne fait rêver que les grands mômes un peu attardés du genre à aimer les 4-4 diesel urbains, les tue-l’emploi à plein de cylindres, les montres assez chères pour faire vivre un village africain 2 ans et les poudres aphrodisiaques à base de morceaux d’êtres en voie de disparition ou interdites à base de traffics d’êtres hélas moins en voie de disparition mais également toxiques pour la nature, la morale et la santé.

Le gros devant n'est vraiment pas très sexy mais au second plan, c'est plutôt mieux même si peut-être pas non plus très indispensable pour sauver la civilisation ou la planète ...

Et puis parce que Concorde 2.0, on sait bien qu’on ne va pas le voir voler cette fois, ni probablement de sitôt sauf si les lobbyistes et autres théoriciens du patriotisme économique à deux balles dans le pied convainquent les zélus que la politique industrielle 2.0 sera plus peformante que les autres avions renifleurs et qu’il ne faut pas mettre de limites de vitesse dans le ciel ni de contrôles radars parce que c’est mieux pour la pédagogie aux moineaux, surtout qu’ils volent bio.

Le bio 1.0, c'est bien ce truc qui donne bonne santé et bonne conscience aux bobos qui peuvent se l'offrir et votent aux primaires pour des lendemains qui gazouillent ?

« Voler », il n’y a qu’en français qu’on ait le même mot pour deux choses si différentes (en principe), ça mériterait quand même un genre de psychanalyse des faucheurs de marguerites (faucher aussi, ça a deux sens, amusich, nicht ?). Peut-être que le comité Théodule de Luc Ferry ou un des think tanks pré-électoraux pourrait y réfléchir et rendre un rapport aux zélus zexperts de l’intelligence économique aéronautique ?

Anyway, on sait bien que pour décoller il faut être face au vent, à toutes sortes de vents plus ou moins contraires et à des turbulences d’autant plus traîtresses qu’on ne les voit pas venir et que tout ça c’est super compliqué sinon on n’aurait pas dû inventer Sup’Aéro et la DGAC (son nom soit sanctifié, sans elle le vol libre serait aussi administré en France qu’aux USA où il faudra bientôt une signature d’Obama pour voler ou qu’en Suisse où depuis longtemps on ne vole pas facilement au-dessus de tout soupçon). Alors il faut bien « Faire face », comme disait Guynemer, et à la guerre économique comme à la guerre économique, ce n’est pas en refusant de regarder la vérité en face et en la cherchant à la TV ou en lisant une bio de Lilienthal qu’on va comprendre si les Airbus français sont aujourd’hui fabriqués à Toulouse, à Hambourg ou à Tianjin ou un peu partout. Et avec quel impact net pour le commerce extérieur, les ruptures technologiques et l’emploi durable. Et surtout, quel temps il fera demain. Alors il faut télécharger l’appli iPhone « Le Bourget 2011 », retrouver l’invitation envoyée par un de ceux qui a le sens de l’humour et de la tolérance, et prendre un sac à dos (pour les stylos, porte-clefs et autres clefs USB avec promo et logo mais on peut effacer la promo et les logos sont jolis, en général) et le RER pour quand même aller voir comment « ça vole » entre les gouttes.

Et puis ça nous rappelera notre jeunesse, avant internet, quand déjà on aimait bien les avions et les belles histoires.

Cette vie antérieure où de temps en temps on était surclassé en première classe (des fois parce que l’écran TV du siège de First était en panne et la place invendable, mais il ne faut pas cracher dans la soupe d’autant que les films, on s’en fiche puisqu’on a une prise électrique perso pour palier l’insuffisance de batterie de l’iPhone et que de toute façon à chaque fois on vous les coupe avant la fin à cause de l’atterrissage). C’était très agréable limite paradisiaque même si un peu frustrant de ne pas pouvoir boire tout le Champagne (gaspillage de kérosène d’en avoir tant mais qu’il soit dans la bouteille ou dans un verre, il pèse pareil dans l’avion et sur la conscience et consomme autant dans les réacteurs) ou finir toutes les petites glaces avec des mini-gâteaux (des « financiers », ça ne s’invente pas) ; utile pour la carrière et pas inefficace pour le boulot, d’être vu là par les vrais membres du « club » des gens qui comptent et sympa de pouvoir causer un instant avec ces maîtres du monde quand le voisin (pas très féminisé l’avant des avions, même côté passager …) n’est pas le rejeton un peu trop gras et un peu pas assez polyglotte d’un nouveau milliardaire exotique ; et puis les pyjamas offerts et qu’on est autorisé à emporter sont nickels pour mettre sous la combinaison de parapente/ski quand il fait froid alors c’est comme à cheval donné dont on ne regarde pas les dents, on ne se demande pas trop si « produit par » écrit sur l’étiquette ça signifie plus ou moins « made in » et pas trop « tue l’emploi » en langage du plus bel endroit de la mondialisation.

Cette vie antérieure où il pouvait arriver de voler en Concorde (affrété pour remplacer un long courrier). Bon, sur des genres de concours de circonstance un peu malentendus et il n’y avait même pas d’écran TV individuel (le petit compteur de vitesse, on s’en lassait assez vite une fois atteints les Mach 2, même si on avait la chance d’être au 1er rang qui permettait de ne le partager avec aucun crâne) ; le son vintage dans les écouteurs à air comme dans un vieux DC9 d’avant Jacques Delors était un peu anachronique limite inaudible ; et l’arrêt à Dakar obligatoire parce que l’autonomie ne permettait pas d’atteindre Kourou, c’était rigolo mais les vieux fauteuils fatigués de la salle VIP façon AOF où Foccart et le Général avaient dû user leurs fonds de culottes, on s’en serait passé sinon par curiosité. Ceci dit, jouer avec la pochette d’allumette « Concorde » prise dans l’avion (no smoking, pourtant, mais ils devaient avoir du stock) et faire passer en boucle l’émission « Capital » où on a l’impression qu’on est un VIP qui sort du Concorde pour partir dans la jungle en limousine (alors qu’on avait juste gardé le costard parce que le short était dans la valise et qu’en fait on était inscrit pour le minibus), c’est bon pour l’ego les jours où il pleut.

Cette vie antérieure où on trouvait essentiel de manger trop de décalage horaire pour entretenir le « mileage » quitte à subir les queues douanières et autres contrôles anti-bouteille d’eau avant de revenir fracassé avec en option une bonne grippe exotique (les miasmes volent magnifiquement dans les cabines même si on n’a pas toujours la chance d’avoir pour voisin le grippé que la compagnie aérienne n’a pas refusé parce qu’il est « frequent flyer » tandis que les services sanitaires ne l’ont pas stoppé parce qu’ils sont moins regardants aux départs qu’aux arrivées) ; de boire trop en salon business pour récupérer l’Huma, Beaux-Arts et des magazines féminins pour les compagnes des amis à l’étranger et des Spéculos sous blister au cas où il n’y aurait pas d’électricité à l’hôtel (vieille manie de ceux qui avaient l’habitude de voyager dans les pays où les piscines et les frigo-bars des hôtels défraichis sont vides depuis plus ou moins les indépendances et où les 35 heures et autres avancées sociales que le monde nous jalouse ont contagié le room-service, les restaurants et parfois même l’électricité) ; de trouver marrant de passer une ou deux nuits de plus au bord d’une piscine d’hôtel de l’autre bout du monde parce qu’un éclair avait endommagé un morceau de l’avion en négligeant la compète de gym d’une enfant, en ne devinant pas que si une conjointe ne répondait pas au téléphone, c’était peut-être parce qu’elle était dans le noir, chauffage arrêté en plein hiver, batterie du téléphone épuisée à force d’appeler le service d’urgence du fournisseur d’électricité.

Enfin, ça doit être parce qu’il pleut froid qu’on voit les choses un peu en gris, parce que d’abord, ce n’est pas le goulag, on pourrait mourir de faim sans jamais avoir pu chiper de Spéculos, ensuite, du moment qu’on a du café, même si on a parfois l’impression de voler chez les Soviets …

Faites du ciel le plus bel endroit de la terre, s’il vous plait …

Renaud Favier – 20 juin 2011 – http://www.renaudfavier.com – Net-Land-Art

Le bonus : le roi et l’oiseau, toute ressemblance avec des évènements ou personnages réels serait bien entendu fortuite. By ze way, très bien le discours inaugural du Président, même si les 18 milliards d’excédent commercial évoqués devraient s’analyser en net d’intrants, en tendance et en comparaison avec les soldes allemands, en toute rigueur.

C’est fini pour aujourd’hui, et puisqu’il n’y a pas eu de 18 juin hier ou avant-hier, on peut toujours espérer que « ça ira mieux demain », d’autant que c’est bientôt les vacances pour la plupart des enfants.

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Wine Pride 2011 : In vin(exp)o veritas

Servie entre l’Euro Gay Pride de Rome, la French PME Pride de la Porte Maillot et la Global Sky Pride du Bourget toutes un peu crispées en ces temps de crises, la Wine Pride Vinexpo à Bordeaux est une petite parenthèse de plaisir … and Business, of course.

Ce qui est pratique avec la vigne, notamment en Bordelais où il y a un genre d’humidité parfaite dans l’air, comme en Californie, c’est qu’elle n’a pas trop besoin d’eau avec ses racines bien profondes. Alors en Bordelais, on n’irrigue pas. De même qu’on n’ajoute pas encore de copeaux de bois ou autres additifs multinationaux, en principe, ni toujours beaucoup de marketing sauf contraint et forcé par des nouveaux propriétaires retraités de la pub et/ou étrangers. Pour beaucoup (trop) de vignerons qui n’ont que peu de chose en commun avec les propriétaires de grands crus, la vie n’est pas dans un avion entre Bordeaux et Hong-Kong : on est aimé ou pas, on vend assez et assez cher pour couvrir les frais et s’offrir un stand à Vinexpo ou pas, on exporte ou pas vers les marchés en croissance forte, on s’en sort plus ou moins bien selon qu’on est puissant ou misérable, que la récolte est abondante ou pas, que le millésime est prestigieux ou pas. C’est la vie, comme partout et toujours, ça marche comme ça depuis 1855 et même bien avant alors c’est pas à cause d’une petite guerre économique mondiale ou d’un marché incompréhensiblement (sic) défavorable alors que toutes les autres commodities explosent qu’on va changer d’épaule le fusil de chasse aux espèces en voie de disparition, migratrices ou pas.

C’est le 21ème siècle mais la règle du jeu n’a guère changé depuis que les Romains ont introduit le vin en Gaule : Vae Victis. En français : « business is business et il vaut mieux être dans la liste des exposants sur l’appli iPhone de Vinexpo ».

Une nouvelle règle s’y est récemment ajoutée : Asie (en) First ! En français : like it or not, that’s the way it is and by the way la Chine aura planté l’équivalent en surface du vignoble bordelais dans quelques années et peut être que Vinexpo Asia aura lieu tous les ans (ce qui, du point de vue du visuel, ne sera pas un mal parce que l’affiche 2010 à Hong-Kong est quand même plus réussie que la queue de dragon de 2011 en France, même s’il en faut pour tous les goûts).

Anyway, ce qui est bien avec le Bordeaux, au-delà du fait qu’en général le vin y est fait par des professionnels expérimentés avec du raisin bien élevé, ou vice-versa mais peu importe, c’est qu’on n’est pas obligé de se poser trop de questions inutiles concernant les cépages, terroirs et autres millésimes : tout est bon, comme dans le cochon. Et puis que les très grands crus classés par les as du marketing du 19è siècle sont une sorte de locomotive pour tout l’écosystème du coin alors comme les grands châteaux vont, tout va, à peu près, surtout depuis que les as du marketing du 20ème siècle ont découvert le French Paradox.

Normalement, si la bouteille a la forme réglementaire et s'il y a écrit "Bordeaux" dessus, on peut acheter en confiance

Ce qui est formidable avec les vrais vignerons, c’est qu’ils ont des valeurs, de l’éducation et le respect des traditions, alors on peut croire en eux (d’où l’expression « grand cru » ? Et son dérivé « Quel Cru ! » ?).

Quel cru ?

Ce qui est décevant, c’est qu’on rame un peu alors qu’en principe on avait, comme dans d’autres domaines, tout pour être champions du monde. Les fonds souverains, ou pas, de pays plus assoiffés ne font pas (encore ?) de razzia sur les terroirs comme dans certains pays en développement mais certaines perles de la couronne viti-vinicole partent doucement à l’étranger. Les appellations et origines restent contrôlées mais le syndrome du cabanon (relire l’histoire de cette coopérative qui cultivait et mettait en boites des tomates provençales devenue après rachat distributrice sous son ancien nom de purée de tomates asiatiques) menace comme la bactérie E-coli. Cliquer ici ou sur l’image pour lire l’article du 3 juin  de … La Stampa sur les achats de châteaux du bordelais, la presse italienne semblant plus préoccupée que nous-mêmes du devenir des concurrents « français » du vignoble italien. Les chantres du patriotisme économique national à géométrie variable (à moins que ce soit l’intelligence économique ?) seraient-ils plus sensibles aux sirènes médiatiques des chevaliers du ciel du Bourget qu’au quotidien des damnés de la terre (sic) du Bordelais ?

Ce qui est dommage, c’est que les consommateurs du 21ème siècle ne respectent rien.

 Ce qui est regrettable, c’est que les as du marketing du 21è siècle ne respectent rien.

 Ce qui est peut-être évitable, c’est que l’écosystème du 21è siècle ne respecte rien.

Mais le pire n’est pas certain (le meilleur non plus, bien sûr) il n’y a pas nécessairement à aller chercher midi à quatorze heure au bout du monde.

En bref, autour de Bordeaux, c’est comme ailleurs en France, vaste programme. Les Français, vignerons ou pas, y espèrent volontiers une nouvelle société en se rasant le matin ou s’hypnotisent en regardant les cours fluctuer pendant que les Chinois labourent, plantent, taillent, améliorent, achètent et récolteront bientôt (avant de nous revendre plus cher la corde ….). Comme c’est un coin historiquement un peu anglais, les Bordelais arrivent mieux que d’autres Gaulois de l’intérieur à communiquer avec à peu près n’importe quel acheteur dans le monde et avec les « zinzins » (investisseurs institutionnels, honni soit qui mal y pense) d’un peu partout, qui achètent en bouteille pour les moins fortunés, par châteaux entiers pour les maîtres du monde du moment (et de pour un moment, probablement).  Jusqu’ici, tout va bien, les vignerons respirent et peuvent payer les échéances de leurs crédits avec la hausse des cours, c’est comme dans les banlieues où les djeuns n’ont pas de boulot mais encore quelques allocations et autres moyens de subsistance plus ou moins officiels. Mais les Chinois plantent de la vigne à (longue) marche forcée. Quand la Chine et les zinzins s’éveilleront … (Napoléon, auquel la formule sur la Chine est attribuée, buvait pour sa part plutôt du Bourgogne, qu’il coupait d’eau : ça l’a perdu, in vino veritas ! se moquent les Bordelais), certains boiront la lie.

Renaud Favier – 19 juin 2011 – http://www.renaudfavier.com – Net-Land-Art

Le bonus ( #OMGC ) : J’adore le Retsina. Je fais partie de ceux qui ont la chance de pouvoir s’offrir le plaisir pas si minuscule d’une bouffée d’air grec de temps en temps. Le Retsina est délicieux chez lui à Plaka en écoutant Athènes bruisser, si possible depuis une terrasse d’où l’on aperçoit un coin d’Acropole plutôt que des scènes de guerre civile. Merveilleux ailleurs sur le continent, dans ces villages dont la Grèce a le secret et où peu importe que la table soit coincée entre un groupe de touristes sirtakisant maladroitement et une boutique de souvenirs made in China pour l’essentiel ; peu importe que la moussaka soit lourdingue et bourrée de boeuf importé nourri aux farines an(im)ales (il parait qu’elles sont de nouveau autorisées ? la sécheresse a bon dos …) et que la feta de la salade soit aussi peu grecque que le cuisinier ; peu importe que ce ne soit guère du vin dans le flacon, du moment qu’on a l’ivresse et qu’en marchant un peu ou en fermant les yeux on peut revoir les gens qui marchaient sur ces pierres dans cette rue, qui priaient dans ce temple ou venaient à ce théâtre il y a 2000 ans. Ce qui est formidable, avec le Retsina, c’est que même quand on l’achète à Monop’ pour un apéro devant Telefoot ou qu’on en trouve au bistrot pour boire avec Le Parisien ou Libé (qui ont juste la bonne taille pour les comptoirs, la vie est bien faite, les journaux plus ennuyeux ne tiennent pas sur le zinc) ça marche, il suffit de fermer les yeux et on voit la mer et les villages grecs … In vino veritas … 😉

C’est fini pour aujourd’hui, parce que le Retsina, c’est sympa (s’ils avaient eu le sens du marketing et moins de subventions européennes, ces grecs, ils auraient fait fortune avec leur vin et leurs terroirs plutôt que de devoir vendre leurs ports à l’encan …), mais il faut que j’aille à la chasse d’une bouteille de Calon-Ségur. On dira ce qu’on voudra, mais outre l’étiquette juste sublime et le slogan d’un noble as du marketing d’avant 1855 (« Mon coeur est à Calon », disait joliment un marquis de Ségur du 18ème siècle qui possédait Lafite et Latour), des gens qui avaient réussi un vin magnifique en 1991 (c’était un peu moins difficile à St Estèphe qui était passé entre certaines des gouttes les plus pénibles, mais quand même …) sont dignes d’un amour aussi raisonnablement fidèle qu’économiquement possible (les as du marketing bordelais du 21è siècle ont un peu de mal à rivaliser avec le nouveau monde, voire avec certains anciens, mais ils sont très au point pour la tarification « bobo » et plus si affinités).

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Non (!)


Comme on est le 18 juin, j’espérais que quelqu’un dirait « Non ! » Ferait un discours, une déclaration, un signe. Mais … non. On a les négationnistes et les dénis qu’on mérite et j’aurais dû réaliser qu’entre les RTT et la piscine, ça ne le ferait pas un samedi. Penser différemment.

Dommage qu’il n’ait pas su dire « Ich bin ein Berliner » aussi (avant 68 mais quand même pas en 40, ça va sans dire mais mieux en le disant)

Pour dire par exemple : « Non ! Monsieur le Président. Même si vous avez raison d’aller sur le terrain pour chercher l’élection avec les dents, il ne fallait pas faire à Cosne sur Loire, dans une usine de parquet provisoirement sauvée des eaux mais genre chef d’oeuvre en péril comme on disait à l’ORTF, un discours sur l’exportation (et surtout ne pas y aller en avion mais c’est un autre sujet, vous êtes patron du Mystère 20 G20, c’est un peu de l’avenir de l’industrie aéronautique la planète) et la compétitivité de la France au 21ème siècle. »

« … Mais qu’est-ce que je fous là ? Et qui a récopié ces concombreries de vieux discours de sous-ministre radical du commerce extérieur du 20è siècle ? … »

Il fallait attendre le Salon du Bourget et prendre des conseillers en com genre « Yes we Can » plutôt que les éléments de langage du ministère pour essayer de réveiller les espoirs, de faire changer d’âme des combats depuis longtemps mal engagés.

Yes we can. Yes we must change the World

Regarder Solar Impulse atterrir au Bourget aurait pu faire venir les mots justes, aider à galvaniser les intelligences pour l’innovation et les technologies de rupture, motiver les énergies pour les partenariats aussi « gagnant-gagnant » qu’encore possible entre ensembliers, sous-traitants et PME, oser les paroles pour des alliances aussi équilibrées qu’encore envisageable entre Français trop fatigués et/ou déprimés pour éclairer les chemins de l’avenir, Européens trop inquiets et/ou réalistes pour les emprunter ensemble et étrangers regardant trop loin ailleurs pour attendre les uns ou les autres. Mais l’époque (élect)orale est au patriotisme économique de notable provincial tiré à hue et dia entre les deux chaises des équipementiers aéronautiques de la circonscription exportant chez Boeing pour sauver le commerce extérieur et fournir des avions à Air France-KLM, et des mêmes apprenant l’anglais, l’Allemand, le Brésilien et le Chinois pour rester suppliers d’Airbus et délocaliser eux-mêmes pour fournir les sous-traitants de 1er rang de Boeing et Airbus, Embraer et autres COMAC depuis des zones un peu plus proches des nouvelles zones de production et plus compétitives que le Maghreb qui n’a été qu’un palliatif commode et francophone contre ce code du travail et ces relations sociales que le monde entier nous envie.

Oui, c’est le même endroit que Lindbergh, c’est bien. Et à peu de chose près le même paysage, c’est moins bien.

Lire comme un notable radical de service (Ségolène, c’est différent, sa région a encore un peu de budget pour perfuser jusqu’aux prochaines élections régionales une usine à électeurs ou deux, tandis qu’avoir été draguer des investisseurs turcs, c’était assez visionnaire même si ça n’a pas marché cette fois) de veilles lunes à des ouvriers survivants n’osant (hélas, trois fois hélas mais les larmes de crocodiles présentes le temps que durent les batteries des caméras ne remettront pas durablement l’usine à flot en période de sécheresse) même plus espérer de miracle, et répéter sans même faire très semblant d’y croire des mots de siècles déjà vieux du temps du Général, genre « chasse en meute », « Guichet unique » ou « charte pour l’exportation », c’était un peu comme votre Solutré dans les Alpes, au mieux un attrape-voix d’anciens combattants alors que personne sauf le journaliste du Figaro ou de Valeurs Actuelles de service n’a le temps ou le coeur de chercher à vérifier si la Charte de l’Export de Michel Rocard a été abrogée, si le guichet unique date d’avant ou après le Plan Calcul, si la chasse en meute de François Loos court toujours en habit rouge derrière le renard de l’export ou si le Centre Français du Commerce Extérieur d’avant-guerre économique existe encore (pour le CFCE, la réponse est « non » : Oséo et Ubifrance -OSUBI comme l’a résumé un haut fonctionnaire au sens de la formule aussi excellent que l’intuition institutionnelle- sont des réussites bien engagées et un superbe Hôtel Shangri-La flambant neuf occupe désormais le monument historique du commerce extérieur de la France, face au Conseil Economique Social et Environnemental lui-même chargé d’un rapport genre RGPP sur les non moins historiques Conseillers du Commerce Extérieur de la France qui ne savent toujours pas vraiment à quoi ils servent après plus ou moins un siècle mais ont le grand mérite de constituer un réseau de patriotes économiques de terrain, moins hors-sol et/ou déformés par leurs études administratives que d’autres, d’avoir un site internet où les étudiants peuvent trouver l’adresse des bureaux d’Ubifrance pour candidater à un poste de VIE et de payer chacun une cotisation qui assure bon an mal an le train de vie à leur président de droit divin, un des plus résistants monarques d’Europe et même de plus loin depuis les révolutions du jasmin, tout ceci donc sans trop de subventions directes). Les autres journalistes un peu nationaux qui se relaient pour faire les voyages du Tour de France 2.012 regardent surtout si Jack Lang est encore dans le petit groupe de ceux qui se disputent la laisse du chien ou le repassage du manteau derrière vous, alors même avec un dossier de presse bien ficelé, des formules aussi émouvantes que la « puissance assimilatrice de la Savoie » n’ont pas l’audimat que leurs plumes mériteraient (ou justement si, ça se discute …).

Vous auriez aussi pu choisir Vinexpo mais évidemment, c’est sur la terre de Chaban et autres oracles de la Nouvelle Societé tentés pas seulement par Venise, alors les ondes y peuvent être plus nocives encore que celles des téléphones portables (il faudrait créer un Haut Conseil aux Ondes Politiques, ça nous manque). « In Vino Veritas », pourtant (le debrief de Vinexpo, ce sera pour un prochain blog). By the way, Napoléon coupait son eau d’un peu de Gevrey-Chambertin, dit-on : ça améliore grandement l’eau et ce n’est pas ce qui l’a tué, ni même ce qui l’a convaincu de laisser l’Europe et la France replonger vers le passé après avoir échappé à un avenir de trop de feu, de larmes et de sang versé de part et d’autres. On peut se demander si l’Histoire n’aurait pas été différente si ses généraux, maréchaux, placardisés de comités théodules plus ou moins rémunérateurs et autres porteurs de titres ronflants et décorations pesantes mais assurant une petite retraite avaient au moins suivi son exemple plutôt que de penser prémonitoirement qu’on a raté sa vie si on ne gaspille pas avant 50 ans sa santé et l’avenir de son pays à coups de grandes bouteilles et autres euphorisants, en attendant ensuite, lourdement assis sur les sièges confortables comme des pré-68ards juste un peu plus longtemps guerriers et moins durablement fonctionnaires titulaires, les Rolex, Porsche et autre Berlutti, toutes choses d’égo et également nocives pour l’emploi, le déficit commercial (qu’il fallait inventer), l’éducation des jeunes et l’investissement pour l’avenir qu’on faisait antan comme Monsieur Jourdain sa prose, mais c’est une autre histoire, avec un moins grand « H ». Ou pas. Mais vous n’aimez guère qu’on risque de vous dire « non » et en France comme en Aquitaine, il est plus politiquement et électoralement correct de vendre le Cac40, les chateaux et plus si affinités à des investisseurs étrangers (philanthropes, francophiles et humanistes, voire vaguement francophones ou oénophiles, of course) friands d’attractivité accompagnée et de subventions sans trop d’engagements, que d’euthanasier une veille usine ou de faire un deal gagnant-gagnant avec des entrepreneurs un peu visionnaires et pas encore en exil fiscal. Alors va pour Cosne sur Loire. Gouverner, c’est choisir. De préférence en insultant le moins possible le passé et l’avenir et en respectant autant que faire se peut le présent. Ce job n’est pas facile. Et nécessite de l’autorité respectée, alors vous pouvez difficilement vous permettre de laisser un collaborateur vous dire publiquement « Non ! », fut-ce une collaboratrice qui n’a peut-être pas tous les torts.

Sortir du nucléaire, cela peut se faire très vite, c’est prouvé maintenant. Espérons que le logo de son prochain casque sera aussi français que possible

Pour autant, n’est pas exception qui veut et tout ceux qui vous disent « Non ! » en choeur n’ont pas raison.

A gauche, à droite et au centre, ça chante la même chanson, d’une même voix, pour les même voix en 2012

DSK, par exemple, il aurait été élu, probablement, mais « le changement dans la continuité », on a déjà essayé en 1988. C’était une assez bonne année pour le Bordeaux mais qu’est-ce qu’il n’a servi à rien, voire pire genre affaires, ratages des trains de l’histoire et autres pharaoneries, le second septennat de Tonton !

Crédits : Karak – En principe, ce n’est plus la peine de s’énerver, il a déjà trouvé une belle résidence dans une ville excitante, l’Elysée ne le tente plus. Pas en 2012.

Ségo, elle a déjà servi à rien en 2007 et ce n’était pas une année notable pour le vin (by the way, le chabichou, c’est un peu fort pour les vins civilisés) alors elle ferait mieux de continuer à se faire surclasser pour aller gaffer en Chine ou au Canada ou embrasser ses copines en campagne électorale au Chili ou ailleurs dans le Poitou.

Crédits : Chimulus – En 2007, ça a fait l’audimat mais maintenant tout le monde s’en fiche : sic transit gloria …

Quant aux pinocchios alter-socialistes à long nez vert, ils étaient plus excitants quand ils fauchaient  à tort, à travers ou à raison des champs OGM, des navires usines chasseurs de baleines ou de thon rouge, ou des trains de déchets nucléaires.

Crédits : Walt Disney – Du bois vert en short rouge dont on fait des pipeaux

Mais maintenant que les meilleurs verts sont confortablement installés à Bruxelles et que les autres, quand ils ont un moment entre deux croche-pieds à Nicolas Hulot, se mangent entre eux pour un siège au politburo ou au Sénat (comment il s’appelle, déjà, le vice-président vert de la région IDF qui a marché sur la tête des caciques du PS et renoncé à challenger Cécile Duflot pour essayer de chiper un siège de Sénateur de l’Essonne cet automne ?), c’est petits meurtres entre amis du grand soir, plus très « Non ! », sinon au nucléaire et encore, ni même particulièrement « Think Different ».

Crédits : ? Roger Rabbit ? – Le vert-pomme, ça fait gentiment sixties et avec les petites coccinelles rouges c’est sympa, mais si l’autre face de la pomme est rose, c’est moins naturel, moins sympa

Enfin, le rebelle Mélenchon, c’est dommage qu’il n’ait pas trouvé un emplacement mieux situé pour son fond de commerce parce que lui, au moins, il dit « Non ! » avec sincérité et conviction. Enfin, je crois. Ou plutôt, j’espère.

Oui, just do it, yes we can !

Ceci dit, du côté des « Non ! » de l’autre (votre) bord (en principe) ou un peu plus loin à droite, c’est presque pire. Surtout que sauf excécrable exception …

C’est un (beaucoup trop) gros détail de l’Histoire et une bonne raison de ne pas voter FN mais c’est l’exception qui confirme la règle selon laquelle les Allemands ont raison, en général

… nos penseurs sont moins séduisants que leurs alter-egos Allemands qui ne disent et ne font pas que des concombreries, eux.

Le plus souvent, à droite donc, ce n’est pas parce qu’ils disent « Non ! » qu’ils ont grand chose de différent en tête, même s’ils ne sont pas tous zélotes de la réflexologie à l’UMP et dans ses galaxies satellisées.

Par exemple, l’ex vraie ministre intérimaire qui cumule maintenant un job en principe à plein temps de Député européenne et un autre en principe à temps plein de maire d’arrondissement de Paris et aussi plein d’ambitions en principe à très gros temps partiel en période électorale, elle n’a peut-être pas absolument tort de s’indigner un peu en qualifiant le limogeage de Lauvergeon de « violent, injuste et pas civilisé », mais elle est trop utilisatrice sans états d’âme du système pour que ses solidarités à géométrie variable émeuvent au-delà des lectrices de son bulletin d’arrondissement (by the way, ces torchons de tous bords qui remplissent les boites au lettres et détruisent les forêts à proximité des élections pour faire rentrer un peu d’argent publicitaire pour la campagne, d’abord ils sont très borderline question code électoral, voire question déontologie et éthique si ces mots sont encore dans le Larousse, ensuite ce serait mieux si au moins ils étaient faits par des agences de com du 21ème siècle qui ne se prennent pas trop visiblement les pieds dans le tapis en enlevant des bijoux même pas bling-bling avec photoshop, et si les ouvriers du livre lançaient le correcteur orthographique avant d’imprimer entre deux grèves parce que le coup de la « méditation du crédit » en couverture du collector du mois de mai dans mon arrondissement, par exemple entre tellement d’autres coquilles et lapin-crétineries de tous les bords, c’est hilarisch mais nicht sehr sérieux, ou alors c’est du sabotage et c’est encore moins sérieux parce qu’à force de se tirer des balles dans les pieds, on va finir par devoir acheter des chariots pour cul-de-jatte made in Germany et ce ne sera pas meilleur pour le déficit commercial que les bagnoles pour têtes de noeuds). Et puis ça ne se fait pas de mordre la main qui vous a offert une carte de cantine gratuite, serait-ce dans le quartier de la Petite France à Strasbourg.

Crédit : ? Roger Rabbit ? – Indubitablement, il y a inflation de lapsus et autres révélateurs de concombrerie

S’agissant des (je sais, ça fait énarque d’écrire comme ça mais je n’ai pas le temps de chercher plus littéraire et j’ai déjà mis « Quant à … » plus haut) anciens et anciens futurs Premiers Ministres qui vous taclent plus ou moins méchamment, plus ou moins courtoisement, plus ou moins fréquemment et plus ou moins vicieusement selon qu’ils visent plus votre place, un maroquin (gros de préférence) ou un bon fromage, ils ne sont, hélas, guère plus convaincants. Ils mettent souvent le doigt sur des vrais sujets douloureux parce qu’ils volent quand même haut au-dessus des mêlées de zélus mais leurs zindignations télévisées sont toujours tellement prévisibles et leurs zambitions personnelles tellement plus lisibles que leurs idéaux pour la France que prendre leurs zoppositions au sérieux serait aussi ridicule que de prendre une blague corrézienne au premier degré ou un banquet républicain des centristes à l’Espace Charenton pour un dîner du G20 (by the way, Rama Yade perdrait encore quelques voix parmi les plus ou moins jeunes idéalistes appréciant son audace si elle est mise à disposition par son administration, « à la Ferry » sur fonds publics, pour la campagne électorale des conspirateurs confédérés des centres).

Quant aux nombreux éternels candidats à un maroquin et plus si affinités, c’est leur règle du jeu d’essayer d’exister « contre », comme l’avion décolle face au vent. Mais ce serait bien si quelqu’un donnait un cours d’économie internationale à Carayon et autres Lassalle aux gros coeurs mais petit bagage macro-économique. Et expliquait à Dupont-Aignan (qui a au moins la qualité d’oser dire ce qui déplait à presque tout le monde même si ses vérités ne sont pas toujours incontestables) que virer la Grèce d’Europe, même si c’est tentant pour faire un exemple et « punir » ceux par qui le scandale est apparu, ce serait un peu comme jeter un malade désargenté hors de l’hôpital plutôt que de réformer l’assurance-maladie et quelques autres trucs dans le secteur de la santé, pour filer la métaphore médicale. Ou virer un enfant handicapé de l’école : le Général ne l’aurait pas fait, et il savait un peu plus de quoi il parlait question enfant, école et France malades, même s’il a probablement fini par s’intoxiquer lui-même de ses gros mensonges électoraux sur le Splendide Isolement, la Grandeur ou la Résistance de la France. A tous ces jeunes gens de bonne volonté (moyenne d’âge de l’Assemblée 57 ans, pareil pour le Sénat qui a bien rajeuni ses cadres, cherchez l’erreur alors que ce sont des politiciens professionnels fatigués par la pénibilité de leur métier, les campagnes éreintantes, les obligations permanentes et les déplacements incessants -même si en général pas en seconde classe- et que la retraite est en principe à 60 ans ou moins si pénibilité ou régime spécial ou pré-retraite plus ou moins déguisée comme pour tout le monde qui n’est pas fonctionnaire), il faudrait supprimer  la formation continue obligatoire à l’école d’administration et leur offrir un stage (rémunéré au tiers du SMIC et hiérarchisé comme pour les djeuns, comme ça ils comprendraient mieux un ou deux trucs sur le malaise devant la Bastille, Plaza del Sol et sur les réseaux sociaux) dans la vraie économie, leur imposer de vrais voyages d’étude sans trop de cocktails dans deux ou trois coins où l’avenir est en marche rapide et leur suggérer la lecture en anglais d’une bonne bio de Churchill, ou en allemand d’une histoire des chancelliers allemands qui ont osé déclencher la fin des soviets, la réforme de l’économie ou la sortie du nucléaire au risque (déjà avéré pour Kohl et Schroeder, à suivre pour Angela Merkel) de perdre les élections, ou alors en américain un bouquin sur Jonas Salk, le fils d’immigrés russes qui a découvert le vaccin contre la polio et a refusé qu’il soit breveté par un souci de l’intérêt général qu’on voudrait plus universel et un désintéressement personnel qu’on doit reconnaitre exemplaire et dont on aimerait être capable (mais c’est un autre sujet, pour le bac des économistes de la santé plutôt). On a les « Pasteur » et les « Curie » qu’on mérite mais décidément Non !, de Gaulle n’aurait pas rejeté du village gaulois un enfant malade, même gravement handicapé. Parce que cela ne se fait pas quand on est civilisé, même s’il est plus facile d’entendre l’apôtre des marchés Roubini prophétiser la fin de l’Euro(pe) que d’écouter le Prix Nobel Mundell espérer l’avenir d’une certaine idée de la civilisation. L’euthanasie n’est pas encore légale au village, alors il est bien, voire admirable, de vouloir soigner l’avenir de la France mais ce n’est pas en assassinant ou insultant l’Europe que l’on réussira. Think different.

Mais, pour revenir à nos moutons, veaux, vaches et autres couvées.

Crédits : Candy Trash – http://www.candytrash.net/

Peut-être que ceux qui vous disent « Non ! » depuis un peu « out of the box » ont des choses plus essentielles à dire.

Romero, par exemple, il est passé de l’UMP au PS alors que ceux qui ont des ambitions font plutôt le chemin inverse depuis le début du millénaire et que ceux qui en ont de déraisonnables partent aussi de l’UMP mais s’arrêtent en général au milieu du centre de rien depuis quelque mois, et il a fait d’autres choix que je ne partage pas mais que si j’avais le talent littéraire de ce grand hypocrite de Voltaire ou celui de show-(wo)man de cette grande médiatique de Lady Gaga, je crierais aussi que je préfèrerais mourir pour qu’il puisse dire ses vérités et vivre en aussi bonne santé que possible, comme tout le monde (enfin pas comme tous les zoms politiques, c’est d’ailleurs un peu ce qu’il explique dans son dernier bouquin pour dire « Non ! », si j’ai bien compris).

Et notre ami le Roi, qui vous a dit « Non ! » à nos avions gris que le monde entier nous envie comme le Concorde mais ne nous achète guère plus, il n’a sûrement pas toujours absolument raison dans son fauteuil peut-être un peu trop grand et peut-être appuyé sur les pieds un peu fragiles de l’héritage et de la religion devant, d’autres amitiés et inimitiés pas toujours exemplaires derrière, mais il a peut-être un vrai bon réflexe avec sa monarchie constitutionnelle même si elle est plus subie que voulue et ne sera sûrement pas un fleuve tranquille. Son pragmatisme à l’allemande nous montre que tous les pays du Sud de l’Europe ne sont pas des « Club Med » dont les citoyens attendent l’Euro-CFA dévalué pour payer leurs impôts ou rembourser les prêts qui leur ont servi à financer les bulles immobilières pas perdantes pour tout le monde, les grands travaux pas inutiles pour tout le monde et les bagnoles made in Germany pas dédaignées par tout le monde parce que les cigares diesel c’est quand même plus classieux que de fumer des Gauloises. Anyway, il n’y a qu’à regarder ce qui se passe à Tanger pour comprendre que le temps est bien fini du post-colonialisme et des businessmen marocains devant se courber pour mendier des visas aux colons français assoupis devant leurs assiettes à logo hexagonal bien remplies, sous les toits vétustes d’une ancienne République remplacée la-bas comme ici).

Ceux qui disent « Non ! » n’ont pas toujours raison, mais ils valent généralement mieux que les béni-oui-oui (qui n’ont pas toujours le choix, il ne faut pas jeter de pierres sur les gens, cela ne se fait pas dans les pays réputés civilisés qui veulent le rester ou le devenir plus, mieux et durablement). Think different. Think whatever, but Think !

Mais « Non ! » Citoyen zélecteur, tu n’es pas obligé d’aller « Aux armes … » ni même d’apprendre les paroles d’hier de la Marseillaise : tu peux mâcher consciencieusement ton chewing-gum en votant comme d’autres le font maintenant pendant les hymnes sur les terrains de sport en choquant, à tout prendre, moins que pendant et après le match. Surtout si c’est de la pâte anti-tabac, ta manière de lutter contre le stress ou ta pire mauvaise habitude. Mais tu peux aussi prendre un Kiss-Cool, ça évitera de faire exploser le budget « nettoyage au Karcher des chewing-gum incrustés dans les trottoirs ou collés n’importe où particulièrement sous les tables de réunion ou de classe » de ta municipalité.

Mais ne va pas à la chasse, à la piscine à la pêche ou regarder Telefoot : lève-toi et marche … vers l’isoloir et si tu votes comme d’hab’ pour ce qui ne fonctionne pas ou ronchonnes comme d’hab’ pour ce qui n’a jamais marché nulle part et ne marchera jamais ailleurs, ne viens pas en 2017 ou plus si affinités pleurnicher que tu ne savais pas, que tu croyais que les maréchaux, petits marquis et autres consultants savaient ce qu’ils faisaient et construisaient un Paquebot France 2.0, pas juste leurs chaloupes de sauvetage. Que tu espérais que les Américains débarqueraient comme d’hab’ pour sauver l’Atlantide ou atomiseraient les usines Chinoises pendant que les autres pays émergents et assimilés ayant de quoi payer l’essence de leurs porte-avions se feraient entre eux de bonnes guerres et que nous autres citoyens exemplaires de cette « grande Suisse » d’Europe du 3ème millénaire, bien abrités sous notre parapluie nucléaire, tirerions les marrons du feu comme d’autres neutres mais pas au-dessus de tout soupçon en d’autres temps.

Non ! Pas non plus ça !

Ou que le Général reviendrait de Colombey pour marcher sur l’eau parce que cette fois, ce serait vraiment un miracle. Heureusement, on n’est ni en 29, ni en 40, (ni d’ailleurs en 1789, 1968 ou 1981 pour des références aussi excitantes mais beaucoup plus archaïques), alors vivement 2012 et whatever works. Sur un malentendu, ça pourrait marcher, on a déjà plus ou moins évité « 1984 », le remake de la crise de 29, le syndrome chinois à Fukushima et quelques autres concombres, alors pourquoi pas un happy end ?

Si j’osais voler les mots de beaucoup plus grand que moi, je dirais « I have a dream ». Enfin, restons simples et habituons-nous déjà à cultiver notre jardin bio en caleçon tissé maison parce qu’on n’a peut-être plus vraiment le choix.

Bon, c’est bien mais c’est pas exactement mon Dream, alors please boys du G20, d’Europe ou d’ailleurs, just do it, failure is not an option

Et comme la plupart des trucs ou des gens, on les a déjà essayés et ça ne marche plus très bien. Alors il faudrait peut-être … penser un peu out of the box.

En attendant, toujours pas d’appel du 18 juin, ou alors il faut avoir le talent des ceusses qui entendent de voix mais depuis Jeanne d’Arc on sait que ça marche mieux en province. Et depuis 2007, c’est surtout une spécialité du Poitou et du Béarn. Mais ils ont du faire des petits parce qu’il y a un genre de pullulation de grandes zoreilles qui entendent attendent les voix en ces temps électoraux.

Je vous ai compris ?

Renaud Favier – 18 juin 2011 – http://www.renaudfavier.com – Net-Land-Art

Le bonus : dire « Non ! » avec fermeté et élégance en sachant que c’est suicidaire et que le plus probable est que cela soit aussi inutile qu’une tirade de Cyrano, cela demande un vrai talent. N’est pas Gabin qui veut et Lady Gaga est quand même encore un peu jeune pour les zélections de 2012. What else ?

C’est fini pour aujourd’hui. Le 18 juin, quel vaste programme, quand même.

Crédits : ? Roger Rabbit ? – Mort aux c… et autres bactéries !

Ps : bon, si vraiment personne n’appelle, je retourne creuser.

Crédits : Geluck

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