Le Cutty Sark et le Bélem : « Where there’s a Willis away »

Le sublime « Clipper » Cutty Sark, définitivement immobile, enseigne que même la maîtrise des vents les plus puissants n’arrête pas le changement. Le Bélem, vieux 3 mâts devenu navire école, offre à sa Gracieuse Majesté une certaine idée d’avenir partagé pour l’Europe.

Qu’on soit, ou non, fier sujet de sa très Gracieuse Majesté dont on célèbre avec faste le Jubilee de diamant ces jours-ci, simple sympathisant du sens de l’humour et de quelques autres qualités britanniques dont on a bien besoin ces jours-ci, ou un peu indifférent aux histoires de vieille Europe et autres couronnes d’empires disparus dont le monde semble avoir moins besoin, ces temps-ci, il faudrait penser que Kipling n’est qu’une marque de sacs, qu’Antoine n’est qu’un homme sandwich pour des lunettes et que les armateurs manquent tous autant de patriotisme que les exilés fiscaux qui n’ont même pas l’élégance de chérir la mer … pour ne pas être ému par le rassemblement de 1000 navires sur la Tamise en l’honneur d’Elisabeth II et d’une certaine idée de la Grandeur d’Europe.

Alors bien sûr, la nostalgie n’est plus ce qu’elle était, et n’a jamais été très bonne conseillère de toute façon. Mais cela n’empêche pas de s’inspirer d’une époque qui n’était ni plus facile, ni moins compliqué, mais qui fonçait vers l’avant et dont les échos nous reviennent des yeux des gens qui regardent plus volontiers vers le ciel que vers les profondeurs.

Oldschool, indubitablement, mais toutes ses dents

En regardant dans les yeux de la Reine Elisabeth, on sait que si le destin du Cutty Sark était écrit dés avant sa mise à flot en 1869, car déjà les navires à voile américains étaient plus rapides que ceux d’Europe et la navigation à vapeur pointait son étrave à l’entrée du Canal de Suez ouvert cette année-là (l’histoire qui était en train de s’écrire … à toute vapeur, n’était déjà plus celle des clippers et de la course au thé autour de Bonne Espérance, ni même celle du transport de laine ou de fourrure à la voile), les mats des navires d’Europe sont plus à leur place quand ils vont chercher les vents où ils soufflent et  l’avenir dans les nouveaux mondes.

Le Cutty Sark à Sydney, avant la 1ère guerre mondiale

En voyant la reine et le pavillon britannique flotter, on se rappelle que l’avenir du Bélem comme voilier commercial français était incertain avant même son lancement en 1896, avant l’incendie d’une partie de sa cargaison lors du premier de ses 33 voyages entre l’Europe et l’Amérique du Sud, le Brésil ou les Antilles, autour de l’arrivée du XXe siècle, même si personne n’avait prévu qu’il serait rapidement racheté et transformé en yacht de croisière par le Duc de Westminster avant de finir « monument historique » témoin d’un passé à jamais révolu, comme le Cutty Sark. Pour autant, le Bélem flotte aujourd’hui sous pavillon de la République et prépare l’avenir comme navire école. Qu’il soit l’un des 1000 navires à venir saluer la Reine, présenter ses respects au Cutty Sark et donner au monde et à l’Europe un signal est un joli symbole (même si d’aucuns râleront que tant le Cutty Sark que le Bélem sont, sinon autant subventionnés par les contribuables britanniques, française et autres européens que tant d’autres échecs plus coûteux, sponsorisés par des banques qui auraient peut-être mieux fait de s’occuper des entrepreneurs émergents en Europe plutôt que de vieux navires retraités et plus ou moins naufragés), même si bien entendu, la vedette de la parade est le « royal yacht ».

En voyant la Reine et les 1000 navires sur la Tamise (sous un temps britannique, c’est normal), on entend le vent dans les gréments et on se souvient qu’on a inventé la remontée au vent et quelques autres manière de « faire face », autour du « vieux continent ».

Tant que les vents souffleront …

Where there is a will, there is a way, mais la fameuse devise du Cutty Sark « Where there’s a Willis away » provient du nom des armateurs qui l’ont fait construire, les Willis, comme on peut le lire dans n’importe quel bon bouquin consacré aux grands navires commerciaux à voile ou sur les sites internet dédiés au Cutty Sark, au Bélem et à d’autres magnifiques géants des mers que leurs ailes ont trop vite empêché de marcher. Sinon, bien sûr, on peut aussi e-lire d’autres eBooks consacrés à des changements plus contemporains, d’autres histoires de marins (c’est curieux, ce besoin d’écrire des phrases longues …) et autres citoyens un peu confrontés au changement en Europe et dans le monde en général, en France en particulier.

    

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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