Maintenant, en Europe, il y a peut-être (entre autres) aussi un problème de perspective ?

Mario Draghi, le patron de la BCE, demande aux dirigeants européens de « clarifier les objectifs concernant l’Euro ». Entre les mots, on peut lire un joli écho à l’invention de la perspective pour la Renaissance au XVe siècle. Encourageant, même si le monde a un peu changé.

Non pas qu’il soit très préoccupant que les puissances d’Europe soient assez sérieusement rivales malgré Airbus et Erasmus : c’était déjà « chaud » du temps de François 1er, Charles Quint et Henri VIII d’Angleterre et ça n’a empêché, ni la Réforme, ni Léonard de Vinci, ni même une amélioration très sensible de la fiscalité et de l’usage des deniers publics pour la construction d’un avenir durable en France …

Non pas qu’il soit particulièrement inquiétant que ça chambarde pas mal aux Amériques : c’était déjà « chaud » en Nouvelle France (et les Indiens avaient déjà autant souci à se faire pour leurs tipis et les bisons des grandes plaines que les Français pour leurs futurs royaumes, empires et la future poule au pot du bon Roy Henry IV à venir, même si presque rien ne permettait de prévoir que le pays inventeur du vaccin contre la rage, de la statue de la Liberté et de l’impressionnisme ne saurait même plus gérer une usine de poulets au début du XXIe siècle) du temps de François 1er et ça n’a pas empêché l’Europe de découvrir et conquérir pas mal de nouveaux mondes, ni la France de devenir un « hub » incontournable pour la culture, l’intelligence et la préparation de l’invention des Lumières (et du tourisme) à venir.

Non pas qu’il soit vraiment déstabilisant que l’Asie en général, la Chine et l’Inde en particulier, semblent en situation de retrouver la place dans le monde qu’elles tenaient au XVè siècle sans trop se préoccuper des grandes pestes et autres guerres européennes, il faisait déjà étouffant à Pékin en été, humide pendant la mousson en Asie tropicale et chaud tout le temps près de l’Equateur du temps de François 1er et ça n’a empêché personne de renaître en Europe, ni la France de gagner à Marignan.

Non pas qu’il soit épouvantablement effrayant que les « barbus » aient pris le pouvoir en France ou que le chef d’Etat s’appelle François, c’était déjà comme ça du temps de François 1er et personne ne s’en plaint à Paris et alentours, quelques siècles plus tard.

Mais, la situation économique est très contrariante en Europe et la crise bancaire n’est pas guérie, même si tout le monde (vraiment tout le monde quitte à souhaiter une réforme très sérieuse des institutions financières, sauf quelques archéos toujours rêveurs de grand soir ou de grande guerre et ceux dont dont les comptes sont en rouge et qui espèrent une annulation de leurs dettes en cas de faillite de l’Europe) croise les doigts pour que le système soit en convalescence, pas en rémission.

Mais, l’Espagne peut déclencher un effet domino et n’a plus trop la perspective de s’appuyer sur un Empire, de bâtir des châteaux sur les ruines de son désastre immobilier ou de servir de point de fixation contre les ambitions françaises pour jouer un rôle dans le monde en assurant l’avenir et la motivation de ses djeuns sur financement européen.  Tout le monde espère que « ça tiendra » en Espagne, y compris pour le tennis, maintenant que le foot et le vélo marchent moins bien : ça peut rapporter quelques devises si les champions espagnols ne sont pas exilés fiscaux, mais il va falloir renoncer à la terre battue bleue pour faire venir des touristes et annonceurs étrangers aux tournois de printemps en Espagne (et trouver de l’eau pour arroser les golfs, mais c’est un autre sport).

Mais, l’Angleterre joue un peu cavalier seul, et on sait depuis avant même François 1er que ça peut compliquer les choses pour les Européens, quand ceux qui parlent le mieux anglais jouent perso. Mais ce n’est pas à 86 ans, pour son Jubilé de diamant, que la Reine va changer après avoir maintenu le CommonWealth contre vents et marées, enterré quelques centaines de dirigeants plus ou moins démocratiquement élus un peu partout dans le monde sans laisser trembler son chapeau, et même regardé chuter quelques Empires sans perdre son britannique flegme (pour le départ de l’Union-Jack de Hong-Kong, on peut suspecter qu’elle a quand même soulevé un royal sourcil, voire laissé s’humidifier un oeil en entendant « Hit the road, Jack » plutôt que « Rule Britannia »). Tout le monde espère que le Royaume-Uni et l’Europe continentale joueront ensemble comme au bon vieux temps du Concorde (peu importe qu’il ne se soit pas vendu, les Américains ont-ils vendu des capsules Apollo ?).

Mais, bien sûr, l’Allemagne, qui avait déjà une volonté réformatrice au XVe siècle, a une vision fédératrice un peu … germanisante, et c’est râlant pour les bacheliers français qui ont fait Anglais-Espagnol (avec initiation au Chinois pour les plus privilégiés).

Alors c’est vraiment bien que quelqu’un comme Draghi dise, même entre les lignes, aux djeuns et moins djeuns que toutes les perspectives de l’Europe rêvée par les pères fondateurs de juste après guerre ne sont pas bouchées et qu’il faut croire en la possibilité d’une (re)naissance fédérale plus qu’aux discours masochistes et éléments de langages déclinistes. Et laisse penser que c’est mieux de lire (surtout en période de réivisions pour le bac) autre chose que des mangas entre deux twits, des tracts protestationnistes entre deux apéros facebook et des articles publi-rédactionnels entre deux pages de publicités en couleur pour des rasoirs électriques étanches, de l’immobilier défiscalisé au soleil ou des tanks en version civile.

* * *

Si on n’a pas le temps d’aller emprunter un bon bouquin sur la Renaissance, la Réforme, François 1er, la construction de l’Europe et touça-toussa à la bibliothèque pour le week-end, on peut cliquer sur les icônes ci-dessous, ça parle aussi de changement dans le monde en général, en Europe et en France en particulier.

    

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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