Heureusement, tout le monde ne vient pas seulement déverser torrents de chrysanthèmes et larmes de crocodile

Il n’est pas (encore) obligatoire de s’habiller comme un nostalgique des sondages d’avant, ni de pleurer sa feuille d’impôts d’avant, pour penser aux chers invisibles. Et un saut, réel ou virtuel, au Père Lachaise est un délicieux petit plaisir minuscule (et encore gratuit) de saison.

Bien sûr, la tombe de Desproges est plus petite que le jardin de ma vieille tante (celle qui a capté l’héritage de l’arrière grand-père qui avait réussi dans sa vie, pour pouvoir agrandir sa verrue dans le Lubéron ou s’acheter un sam’suffitpas près de la Mamounia, y compris ma timbale de baptême que je n’utiliserais probablement pas tous les matins pour le café mais que je regrette quand même éternellement, et tout le reste genre le bout d’hélice du faucheur de marguerite de la Belle Epoque qui avait écrasé son avion près du Pylône, les casques coloniaux des ancêtres qui ne dataient pas de Fachoda mais avaient le charme de la sueur d’époque et l’horrible poisson lune empaillé sans lequel un cabinet de curiosités n’est qu’un spermatozoïde de vide-grenier, entre tant d’autres souvenirs bradés au kilo à l’antiquaillerie de Saint-Germain-des-Prés sur la recommandation du notaire idem (dixit Gabin dans « Le Tatoué », honnie soit qui à soi y penserait), qu’elle n’emportera pas en paradis et qui m’encombrerait si je devais le stocker au prix du mètre carré à Paris, mais c’est comme les chers disparus, on aurait bien voulu quand même avoir l’occasion de leur dire au revoir comme il faut), ce qui laisse à penser que Desproges était moins prétentieux que ma Tante après l’héritage et 30 ans de logement en appartement de luxe mais Loi 1948, quoique en y pensant bien et en se souvenant ce qu’en disaient ceux qui l’avaient connue jeune et qui sont bien sûr tous morts maintenant, paix à leurs âmes, ou fâchés avec elle, c’est normal, ça ne date pas d’hier, qu’elle était odieuse et moins riche que mon tailleur (celui de Singapour qui faisait faire en 36 heures par des petites mains dont on ne veut rien savoir un habit sombre en tissu made in England ou Italie pour la moitié du prix du prêt à porter en soldes à Paris, et comme il avait une photo de Chirac dans son échoppe, c’était presque du patriotisme économique de s’y faire tailler un costard qui de toute façon n’aurait pas trop sauvé le commerce extérieur ou l’emploi français si on l’avait acheté dans une boutique à moins de 500 km du Père Lachaise), mais quoi qu’il en soit, comme il parle un excellent français et qu’il a un succulent humour noir (vu les circonstances …), ça vaut le coup d’aller discuter avec lui un moment après être passé voir son voisin Jim Morrison pour réviser un peu d’anglais globbish avec ses nombreux visiteurs d’un peu partout et d’encore ailleurs, à lui (et si on a de la chance, certains fument sur sa tombe des trucs qui rendent souriants ceux qui passent près d’eux le nez au vent).

Byzeway, si on veut parler anglais en élevant un peu le débat, il y a Oscar (Wilde, pas le film de de Funès qui se repose en Loire-Atlantique, pour sa part), entre tant d’autres, au Père Lachaise.

Mais si on préfère le Français classique, on a l’embarras du choix, avec Proust, Colette, et tant d’autres, et même cet improbable et somptueux binôme « Grand Siècle », avec le discrètement insolent Lafontaine et l’insolemment discret Molière (bien sûr, Beaumarchais n’est pas loin, n°9, 28è division, attention, sa dalle est discrète et toute plate, on a vite fait de la rater).

Il y en a pour tous le goûts, toutes les douleurs et tous les blogueurs, au Père Lachaise :

Un certain l’aime photogénique : http://coins-du-monde.over-blog.com/article-france-ile-de-france-le-cimetiere-du-pere-lachaise-101304643.html

Une certaine l’adore théâtral (les planches, de sapin, c’est très logique) : http://leparadisestautheatre.wordpress.com/2011/07/28/deambulation-au-cimetiere-du-pere-lachaise/

Un(e) inconnu (e) l’aime intrigant(e), voire poèt(ess)e : http://guilimaux.over-blog.com/article-l-inconnu-du-pere-lachaise-48225749.html

Certains l’aiment (comme) chat, avec bon humour malgré toukivapa mais quand on n’a plus de soucis, c’est qu’on est mort. Plus ou moins vivant parfois, mais déjà très mort (pour ?) toujours, surtout si on manque d’humour (pour l’amour, c’est compliqué).

Et qui pourrait ne pas aller rigoler un coup avec Henri ? (sinon, pour les mélomanes aux oreilles plus élégamment sélectives, il y a aussi Chopin et quelques autres, bien entendu).

Et quel vrai(e) cinéphile oserait négliger Georges (Méliès, pas celui de la pub pour le café, qui s’écrit d’ailleurs sans « s » et n’a même pas encore réussi à se faire admettre au paradis malgré les efforts du piano) ?

Quant à Modi … il est bien là et continue à danser avec Jeanne au bal éternel des gens qui aiment rire, boire du café et profiter de la vie tant qu’elle dure sans trop penser à la retraite et autres lendemains pluvieux (plus vieux ?), et à faire tomber Picasso et quelques autres de leurs chaises (Lachaise, merci de suivre et d’esquisser un sourire), même s’ils se reposent ailleurs, plus loin de nous mais plus près du Très-Haut.

En tout cas, tout le monde y est ou y sera, sous terre, alors priez ou pensez pour eux, pour nous et pour les autres (dans la vie, il y a ceux qui ont un flingue et ceux qui creusent, dit Eastwood avec l’oeil d’un vrai dur dans un chef-d’oeuvre du 7è art, mais après, même le flingue du shérif y finit, au trou avec les Gaspards).

Renaud Favier – 2 novembre 2012 – http://www.facebook.com/cafe.matin.paris

Ps : ne pas oublier, le 2 novembre est surtout une fête catholique, mais il y a beaucoup d’autres invisibles qui méritent une pensée, au Père Lachaise ou ailleurs.

Raison de plus pour conserver le sens de l’humour et profiter de la vie, tant qu’elle est là, et avant que les impôts sur le rire indispensable s’ajoutent à ceux sur le bonheur autant que possible et les malheurs dont il vaut mieux essayer de sourire aussi vite que possible, tant que ce n’est pas interdit.

Et SVP, ne pas se garer n’importe comment, et surtout pas sur la place handicapé (d’abord, c’est pas bien, ensuite ça coûte un bras si on n’a pas un macaron mérité ou mal acquis -auquel cas on mérite de peler de la peau des fesses jusqu’à la fin de l’éternité, pas seulement quelques générations comme quand on roule en panzer diesel de ville-, et surtout, c’est encore plus pabien près des cimetières juste le jour où les vieux en fauteuils roulants (non, j’ai pas pensé « croulant ») font leur rallye annuel).

Et pour les liens multimédias, certains seront ajoutés dans l’après-midi parce que ceux qui sont déjà au ciel ne peuvent pas attendre, aujourd’hui.

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A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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