Est-on à l’aube d’un gros binz en Europe ?

Europe as usual

Avant, c’était déjà compliqué, à Bruxelles, mais on surfait de sommet en sommet sans trop se faire de mouron : les fonctionnaires nationaux copiaient-collaient des dossiers, les fonctionnaires européens rédigeaient des « minutes of meetings », et les politiciens s’auto congratulaient.

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Mais c’était avant.

C’était du temps où Matignon, Bercy, tous eux touceux de Paris, étaient moins à la ramasse, se (re)posaient entre eux, pour eux, et (se) comprenaient au moins, quelques bonnes questions. Et osaient publier, sinon les réponses, au moins les « minutes of meetings ».

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C’était du temps où personne de normalement pro-européen, pas hystériquement souverainiste, financés ou paniqué par des lobbies raisonnablement rationnels, ne préconisait sérieusement de se tirer, dans les pattes ou ailleurs.

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C’était du temps des colloques européens, rue Saint Dominique, sur la sortie de crise.

debat crise europe 06-03

C’était du temps où, à part les plus excités exilés de Marrakech (ou Londres, Genève, Bruxelles …), aucun Français normal n’interrompait une sieste, un repas ou un 5 à 7, pour causer entre soi de ce qu’on aurait pu ne pas faire en France ou à New-York, quand Jospin surfait sur la croissance mondiale, quand Mitterrand n’avait pas encore rendu irréversible la spirale des déficits de (dys)fonctionnement, ou quand le PS avait un candidat raisonnable plus « lourd » que Valls à proposer pour ses primaires et plus si affinités.

C’était du temps où les coopétiteurs de l’Europe jugeaient utile de savoir ce qui se mijotait à Bruxelles, et ce qu’en pensaient les dirigeants des pays d’Europe.

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C’était du temps où le pire qui semblait possible, après les incendies en Grèce et le vent du boulet chypriote, était une confiscation plus ou moins rétroactive de 10% de l’épargne européenne et une augmentation du prix des écrans plats et téléphones faisant le café en cas de dévaluation de l’Euro, en complément de la profonde morsure de l’inflation bien organisée, des hausses d’impôts plus ou moins discrètes, de l’irrésistible ascension des taux d’intérêt, de la réduction des filets sociaux, et du ruineux pour tous, mais d’abord les chômeurs, chômisme de masse (choisi par les « partenaires sociaux » en France, subi par la force des choses ailleurs, mais cela ne fait guère de différence pour les chômeurs, leurs proches, leurs commerçants, leurs créanciers, leurs pôles emploi …).

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C’était avant.

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Maintenant, c’est … pareil.

Europe

Mais en un peu plus préoccupant, quand même, parce que c’est vaguement angoissant, l’eau qui semble dormir, avec la météo qui annonce un tsunami et de la neige hors saison sur les plages, que les ailerons de requins sont juste sous la surface et les pavés au raz du sable, que les surfeurs les plus compétents remballent leur matériel pour aller bronzer ailleurs, et que les euro-triotes sont en slip sous la pluie (avec sifflets en option, en France, tomates, cailloux et lacrymos ailleurs où les gens ont moins d’humour ou d’épargne).

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Côté financier, dette, banques, toussa-touça, ça devient compliqué, limite inquiétant.

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C’est comme ça depuis des années, certes, mais à la longue, une absence de solution ne résoud pas toujours les problèmes. Bercy ne semble rien comprendre, et même si le gars qui avait été nommé par Sarkozy pour s’en occuper, et que la gauche gardait comme fusible et parce que personne ne voulait prendre ce job piège, va dégager, on ne voit guère comment ça pourrait s’améliorer entre la nouvelle diplomatie économique du Quai d’Orsay avec ou sans otages ou rodomontades, la nouvelle politique industrielle de l’étage du mausolée du grand négociateur en plans sociaux de Bercy, la nouvelle économie sociale et solidaire de l’étage de l’agent de liaison avec les assoces d’avant l’électricité et autres vieux fossiles subventionnés du temps de François Mitterrand, la nouvelle politique commerciale pour doper la compétitivité internationale du foie gras du Sud-Ouest (l’Alsace, c’est à droite, on s’en fiche de son foie), ou pas, et faire respirer artificiellement l’exception culturelle (quitte à comme d’habitude l’échanger contre l’appellation contrôlée du sanglier d’élevage ou l’indication d’origine de la pétoncle), enfin le nouveau plan calcul de la jolie ministre de numérique et du comptage des PME viables, dont on espère qu’elle ne sera pas remplacée par Aubry, Royal, Cresson, ou autre éternelle candidate à un retour au conseil soviétique socialiste des ministres du mercredi matin.

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Côté sociétal, environnemental, identitaire, toussa-touça pour les intellos désoeuvrés, les bien-pensants indignés, et les communautarismes directement concernés, ça ne va pas mieux.

grece-italie-europe

C’était déjà comme ça avant, certes, les excellents citoyens européens tremblent depuis des années parce que le petits pauvres de l’Europe les inquiètent. Certains s’apitoient pour le naufrage des Grecs, d’autres s’indignent que la Roumanie n’ait pas mis les Roms au boulot dans une usine à 4/4 pas chers Dacia ou chez les sous-traitants compétitifs de l’industrie automobile européenne relocalisés entre Bucarest et la Mer Noire, et les plus jeunes craignent pour leur avenir et celui d’Erasmus. Mais c’est comme pour les famines en Afrique, les tsunamis en Asie, ou le travail forcé chez les organisateurs de compétitions sportives globales, on cache le malsain que l’on ne veut voir derrière les lunettes noires, que l’on ne peut soigner le portefeuille fermé, que trop de politiciens et assimilés dénoncent plus par habitude ou pour entretenir leur fond de commerce, qu’avec la volonté sincère de changer le cap du monde.

les-pauvres

Côté diplomatique, on tangente le Graal de la complication …

Certes, c’est comme avant, comme depuis toujours, en fait. Comme quand les excellents citoyens européens, héritiers de ceux qui n’avaient rien vu de ce qui se passait par-delà leurs frontières avant 1914, 1917, ou 1933, puis rien senti brûler pendant des années chez Adolphe, ni rien entendu goulaguer, affamer ou torturer pendant des décennies chez Josef et du côté de chez le Camarade Mao et ses confrères d’Asie pas encore émergente mais déjà sans états d’âme, pas même vu venir le vent de la décolonisation et de la fin de l’Histoire du pétrole presque gratuit, ont frémi à l’idée que les pays Clubs-Meds soient expulsés de l’Europe économiquement sérieuse et forcés de se regrouper entre fantaisistes ruinés pour créer une zone Euro-CFA et tenter de relancer un semblant de compétitivité pour leurs PME strictement locales (les seules à vraiment payer de l’IS et à faire marcher la TVA) n’ayant rien à importer en monnaie forte, genre les musées à fonctionnaires et les gîtes ruraux autosuffisants. Mais à Paris, à part une minorité d’anti-germanistes, le sous-courant pro sous-européen des souverainistes, et quelques hauts fonctionnaires désœuvrés dans leur placard, personne ne croit que des gens aussi sérieux que les Espagnols, des gens aussi pragmatiques que les Italiens, et des gens aussi conservateurs que les Français, oseraient faire vraiment n’importe quoi et insulter leur propre avenir comme des charretiers et levant la main droite pour se parjurer.

Cependant, c’est plus inquiétant qu’avant.

Maintenant, pas mal de gens s’inquiètent que l’Allemagne et les pays sérieux ne finissent de se lasser, et proposent une forme d’indépendance-association aux tribus latines chevelues, quitte à les encourager à se morceler en régions autonomes comme l’Alsace-Lorraine, avec lesquelles conclure des traités commerciaux, des quasi-Länder non germanophones mais pas trop fantaisistes, genre Rhône-Alpes, L’Italie du Nord, le Portugal, l’Irlande, voire Paris et sa banlieue Ouest, la Catalogne, avec lesquels avoir des partenariats stratégiques (c’est comme les accords gagnant-gagnant d’avant, mais c’est gagnant pour le meilleur stratège et perdant pour l’autre). Et pouvoir passer aux choses européennes sérieuses du XXIème siècle avec la Turquie, le Royaume-Uni, la Russie, la Pologne, l’Ukraine et le Groenland (avec le réchauffement climatique, on y cultivera peut-être bientôt plus facilement le cabernet qu’autour de Bordeaux, quoique si des Chinois rachètent des châteaux, c’est qu’il doit y avoir un bon business).

Evidemment, du moment que la France, l’Espagne, l’Italie et le Portugal sont qualifiées pour le Brésil (désolé pour les supporters du PSG, la Suède de Zlatan est « out »), l’avenir de l’Europe est littérature pour amateurs de madeleines et autres douceurs d’Europe d’hier…

zweig-le-monde-d-hier
http://www.economiematin.fr/les-experts/item/7321-crise-bce-europe-gouvernements-politique-zone-euro/

Du moment que le consentement à l’Euro(pe) n’est pas menacé, tout va bien …

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Du moment que tout le monde en Europe et alentours reste de bonne humeur, tout ira bien.

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Du moment que tout le monde en Europe et alentours a du pain ou de la brioche, tout ira bien.

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Du moment que tous le monde en Europe et alentours a accès à internet et sait (re)lire et (dé)écrire, que les frontières restent ouvertes sans barbelés réels ou murs virtuels, et que le prix à payer pour s’exiler des pays désespérants en globish, exit tax, à payer aux passeurs clandestins et autres mafias dans les pays ne disposant pas d’une administration fiscale organisée pour calculer, percevoir et valider un solde de tout compte comme pour les navigateurs solitaires) n’est pas prohibitif, le pire n’est pas certain pour les Européens assez lucides, assez libres et assez agiles pour ne pas se laisser enfermer dans des idéologies et autres carriérismes plus ou moins toxiques, des prisons plus ou moins dorées et autres servitudes volontaires, des communautarismes et autres intégrismes plus ou moins suicidaires.

lettres-d-amerique-grasset-stefan-zweig-adrienne-boutang-lotte-zweig

Un gros binz est possible, même si la messe n’est pas dite, et si les pires (sbires ?) sont incertains.

Tiens bon, Europe !

Renaud Favier – 21  novembre 2013 – Facebook Café du matin à Paris – LinkedIn

Café du Matin

Net Land Art  Mad in France        Frenchonomics            Compétitivité 2012 couverture

RF

Bonus : Un grave binz reste possible http://www.youtube.com/watch?v=FgyGwSGwHdQ

Bonus 2 : Look for Life (and Trouble) http://www.youtube.com/watch?v=6DJQu9RQYWs

Bonus 3 : Let’s Dance, Forever ! http://www.youtube.com/watch?v=4UV6HVMRmdk

PS : le Brésil est (peut-être) possible pour des Européens libres et lucides, mais tout n’y est pas éternellement souriant, non plus.

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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