Qu’en dirait … Hamlet ?

Shakespeare ne manquerait pas de sujets d’inspiration à notre époque. C’est réconfortant de le (re)lire. On se rassure en voyant qu’il y a 500 ans qu’on verse du poison dans les oreilles, qu’on simule (?) la folie et qu’on (se) pose des questions sans trop attendre de réponses.

Si Hamlet passait à Paris pour la Fashion Week sur les pas d’autres « fashion victims », il trouverait qu’il y a quelque chose de … fictif au royaume mais cela ne le surprendrait pas trop. Car entre les emplois d’hier et les procès d’aujourd’hui, les électeurs d’hier et les élections d’aujourd’hui, les non-lieux d’hier et les présomption d’aujourd’hui, les grandes garçonnières d’hier et les petites chambres d’aujourd’hui, les modes d’hier et la mode d’aujourd’hui … il ne verrait que des changements … fictifs.

S’il passait quelque part en France pour profiter de l’été indien sur les traces d’autres poètes, il trouverait qu’il y a quelque chose de … triste et beau. Car entre les indignés d’hier et les manifestants d’aujourd’hui, les dockers d’hier et les grévistes d’aujourd’hui, les étudiants d’hier et les chômeurs d’aujourd’hui, les premiers tours à la TV d’hier et les primaires à la TNT d’aujourd’hui, les courses de côtes d’hier et le rallye de France d’aujourd’hui, le temps d’hier et la météo d’aujourd’hui, il entendrait toujours autant de fables et trouverait toujours assez peu de grandeur(s).

S’il passait par un stade de foot, il trouverait qu’il y a toujours des choses … bizarres. Parce qu’une victoire éclatante des semi-prolos de Marseille contre le champion d’Allemagne en titre après une série lamentable en championnat de Gaule et une terne défaite des demi-jet-setters du PSG contre un club basque après une séquence éblouissante face aux provinces gauloises, ça lui ferait se poser des questions comme au bon vieux temps des enveloppes dans les jardins, des professionnels douteux dans et autours des stades et des professionnelles sans doute jamais très loin des terrains.

S’il avait le temps de jeter un oeil à la TV, il penserait que c’est business TV as usual avec des politiciens trop bronzés qui racontent « Plus belle la vie » comme de son temps, la météo qui ne se trompe pas trop quand il fait grand soleil, un feuilleton avec #DSK victimisé mais présumé innocent comme quand il était accusé à tort d’avoir un peu abusé la #MNEF et les cours des actions qui montent et descendent entre deux pauses publicitaires comme quand ils étaient vaguement reliés à l’économie réelle, juste un peu plus vite et un peu plus fort avec un CAC40 qui fluctuat nec mergitur autour de 3000 (c’est le progrès mais les règles du jeu sont toujours les mêmes, les pigeons également, et les fondamentaux pas trop différents avec les boites de luxe qui valent autour de 100 euros comme leurs eaux de toilette que les Japonais pas trop en crise achètent encore pour offrir aux geishas, les banques qui valent entre 5 et 30 euros selon que leurs parcs immobiliers sont en province ou à Paris et la boite hi-tech médiatique parce qu’elle a signé un contrat avec une boite américaine -en profit warning- qui ne vaut plus que 4 euros parce que plus personne ne croit qu’il suffit d’avoir le crédit d’impôt recherche le plus balaise du monde et des pôles emplois ou de compétitivité que le monde entier nous envie pour compenser tout le reste).

Sinon, s’il passait au bistrot prendre un petit café du matin, il entendrait peut-être parler de Karachi et se demanderait à qui sinon aux concurrents de la France et à d’autres intermédiaires du demi-monde profiterait un déballage en période pré-électorale de secret défense sur les ventes d’armes qui doivent être un des derniers domaines où le pays est plus ou moins dans le coup technologique, industriellement pas encore trop mal en point et commercialement pas trop déficitaire ; de ce grand flic ou voyou lyonnais qui a dormi en garde à vue et se demanderait si c’est pour le protéger contre les mafias comme dans un film avec Belmondo ou si de nos jours toujours l’homme succombe au serpent comme dans la vraie vie trop compliquée ; de ce petit notable ou voyou du sud-est qui n’est que mis en examen comme tout le monde et présumerait qu’il est innocent comme tout le monde mais s’inquiéterait quand même pour la démocratie au Royaume de France et l’état mental des électeurs qui votent et re-votent pour les mêmes y compris quand ils ont été condamnés et que ça recommence, et pas seulement dans les vieux recoins où les morts votent comme les spectres parlent.

Mais où qu’il aille, personne ne lui parlerait de la face cachée de Ribery parce que tout le monde s’en fout autant que de l’autre face qui mériterait autant d’être cachée, sauf l’éditeur d’un bouquin encore plus insignifiant que les livres-sandwichs écrits par des stagiaires de zoms et fams politiques pour la rentrée pré-électorale ; de l’équipe de France de rugby parce que même si c’est des vaillants tout le monde s’en fout depuis qu’elle est dans un hôtel de l’hémisphère sud qui rappelle trop celui des footeux de sinistre mémoire et que Chabal n’est plus là pour faire un contre-haka sauvage aux All-Blacks ; de la crise ou de la dette ou des déficits parce que tout le monde a compris que c’est plié et que c’est pas en négociant une réduction de la prime de nuit des fonctionnaires jardiniers du Sénat ou en abaissant la teneur en sucre des boissons servies aux touristes étrangers ou en envoyant la pauvre Pécresse expliquer que la croissance sera de 1,75% et que le budget rasera moins cher demain qu’on va motiver les piliers de bars à faire semblant de s’intéresser aux pages économiques que les journaux que les vrais gens achètent et lisent mettent en général entre le tiercé, l’horoscope et la météo, en rubrique « pronostics des zexperts ».  Hamlet se demanderait si c’est « grave et sérieux » comme on dit maintenant ou juste « much ado about nothing » comme il le pensait de son temps.

Peut-être déciderait-il de se taire, somme toute, parce que c’est moins dangereux et que comme tout le monde parle en même temps et que ça n’a pas l’air de faire beaucoup émerger de vérités, autant se faire passer pour fou et laisser parler les avocats.

To write or not to write

Renaud Favier – renaudfavier.com – musique ! – 30 septembre 2011

          

Ps : ce qui est sûr, c’est que s’il vivait en France de nos jours, Hamlet ne passerait pas plus de 5 mois et 29 jours dans son château. Pas seulement parce qu’il y a vraiment trop de risque de prendre un coup de couteau derrière un rideau de fumée plus ou moins secret-défense ou de se faire empoisonner l’oreille sur un malentendu, mais surtout parce que comme tous ceux qui auraient les moyens de payer des impôts sont en exil, cachés dans des niches fiscales ou honorablement incrustés dans des fromages enrobés d’avantages acquis auto-votés, il serait vraiment trop couillon d’être le seul à bosser et à payer des impôts pour rembourser les dettes de la génération auto-bronzant partie en voitures noires made in elsewhere (non, c’est pas Helsingor) manger des pâtes aux truffes ou du couscous royal en zone francophone d’outre frontières. Hamlet ou pas, on a les rêves qu’on hérite mérite.

C’est fini pour aujourd’hui, parce que ce serait quand même dommage de ne pas profiter un peu de ce beau soleil de début d’automne, pour une fois que quelque chose de bien est vraiment gratuit (c’est à dire pas facturé, ni payé par de la dette ou des impôts, comme ces bâtiments dits publics que le bon peuple est autorisé à visiter une fois l’an pour la journée du patrimoine ou ces musées ouverts une nuit par an jusqu’à minuit alors que ça serait quand même mieux si les contribuables pouvaient profiter de leurs soirées pour visiter des musées plutôt que de ne pouvoir que regarder des politiciens ou d’autres acteurs de télé-réalité entre les autres publicités TV et les autres sportifs professionnels du petit écran).

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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