Qu’en dirait … le thon rouge ?

« I have a dream » pourrait dire le thon rouge s’il ne savait que c’est dangereux, limite mortel de dire ces choses-là en public. S’il ne savait que trop qu’à la saison de la chasse politique, il vaut mieux rester le plus loin possible des prédateurs et ne pas trop ouvrir la bouche.

Il est sûrement content que Corinne Lepage se présente à la présidentielle même s’il se doute bien que c’est plus pour assurer la notoriété de son parti CAP 21 en vue des législatives (qui déterminent le financement public, c’est à dire sur impôts et dettes, des petites et grandes entreprises politiques) et autres européennes (qui devraient être fondamentales pour l’avenir du pays mais le sont surtout pour celui des has-been et autres recalés du jeu politique national) que pour atteindre le second tour de la présidentielle ou même viser un maroquin spécifiquement écologique. Mais comme le thon est courtois, il ne dira pas ce qu’il pense à Corinne.

Quant à l’écologisme des uns ou des autres, le thon rouge ne s’émeut pas plus des défections de #Hulot ou #Borloo que des entêtements de #Joly ou #Lepage, du pragmatisme (néanmoins somme toute plus convaincant, en tout cas plus efficace, que les gesticulations d’amis de 30 ans et autres professionnels de l’écologie politique) de #NKM ou des Ponce-Pilateries de Le Maire. Il sait lire entre les lignes (de pêche ?) des programmes, voire un peu dans les pensées des candidat(e)s et se rend bien compte qu’une instrumentalisation à droite ou à gauche ne dé-changera pas tellement le climat et que sauf à ce que le Baden-Württemberg prenne le pouvoir en Euroland et/ou étende ses frontières jusqu’à la Méditerranée en rachetant des bouts de Grèce ou d’Italie dont les Chinois et autres Brésiliens ne voudraient pas parce que S&P et Moody’s ont baissé les notes, l’écologisme politique est aussi une espèce en voie de disparition, extrêmement soluble dans la chaleur de la crise, les vapeurs de campagnes électorales et le lobbyisme en ébullition.

Il n’attend probablement pas non plus grand chose des (d)ébatteurs et (d)ébatteuses des #primaires #PS de ce soir sur BFM TV. Même si « So-Li-Da-Ri-Té », pourtant, en principe … Mais comme le thon  est bon … camarade, gentiment social-démocrate, il ne dira pas ce qu’il pense aux filles.

Il n’est pas trop au courant de ce qui se passe en Syrie ou dans les autres pays dont on parlait à la TV avant que les marchés ne passent dans le rouge (CAC40 sous les 3000 et Euro sous 1,33, ça contrarie) et il sent bien que quand les grandes puissances rouge et ex-rouge s’allient pour mettre leur véto au conseil de sécurité, ça n’est probablement pas pour protéger une démocratie exemplaire menacée par les vendeurs de coca, 4-4 diesel de maintien de la paix et autres armes capitalistes, mais même le thon rouge voit midi à sa porte et se dit que la guerre et les médias pas trop loin de chez lui, c’est un bon moyen de dissuader les surpêcheurs même si les porte-avions de certains sont plus souvent en réparation qu’en manoeuvre, si on ne sait pas trop ce que mange BHL et si les avions de certains n’ont plus de munitions pour tirer sur les pirates. Un peu comme les animaux autour de Tchernobyl sont assez tranquilles (même si ça fait un peu bizarre aux ours de respirer avec des branchies et aux oiseaux de voler avec des nageoires). Ceci dit, le thon rouge se fait quand même du sushi pour la Syrie et plus avec ou sans affinités.

Il n’en sait guère plus que les autres espèces provisoirement vivantes sur comment ça va (ou pas) à Fukushima et il en veut d’autant moins aux Japonais d’être des prédateurs de bout de chaine alimentaire que leur addiction au thon rouge bien contaminé au plomb, au mercure ou à d’autres résidus toxiques leur vaudra sûrement quelques soucis de santé. Comme il a de l’humour, il leur dit que sa vengeance se mange crue.

Il n’en veut pas non plus trop aux pêcheurs « traditionnels » qui comme n’importe quels prédateurs dans un écosystème contribuent à la sélection naturelle des espèces chassées et ne se suicident généralement pas en détruisant la ressource dont leur propre survie dépend. Comme il est philosophe (pas à la TV genre Luc Ferry ou dans les palais genre BHL), il attend leur heure.

Pour les navire-usines et autres machines à détruire le monde marin et une certaine idée de la civilisation terrestre à peu près aussi sûrement que les trafics d’ailerons de requin, la pêche au mercure ou à la dynamite et le ratissage ultra-rapide des espèces de poissons des grandes profondeurs à croissance très lente, il compte sur la sagesse de certains humains et la mobilisation de bonnes âmes mais comme il est au courant pour la hausse du prix du pétrole et la crise, il sait qu’il ne peut pas trop tabler sur une campagne de pub aussi puissamment télévisée que celle des parfums dans les 3 mois d’avant Noël.

Enfin, le thon rouge se dit qu’il a quand même de la chance, parce que si les vieux en perte de puissance sexuelle croyaient qu’il est aussi bon pour l’érection que les limousines diesel made in Germany, aussi nécessaire pour la séduction que les rétro-commissions sur les ventes d’armes, aussi délicieux pour la prostate que les pâtes aux truffes, aussi succulent pour les performances que les montres pour pubeux trop bronzés, ou simplement aussi parfait pour l’éternelle adolescence que la patte d’ours ou la corne de Rhinocéros, il serait encore beaucoup plus menacé.

Les grandes douleurs sont muettes, le thon ne dira rien. Mais nous on peut, on doit hausser le ton.

Renaud Favier – renaudfavier.com – musique ! – 5 octobre 2011

          

Ps : tant qu’à ne pas pouvoir convaincre les drogués de se passer de sashimi et à laisser industrialiser le process de pêche pour améliorer les dividendes des dealers, ce serait mieux d’aller au bout de la logique et de créer des fermes d’élevage de thon ou des fabriques d’ersatz rouge plutôt que laisser des navires usines désertifier un mare nostrum qui aura bientôt le même destin que les temples grecs et nos raffineries, aciéries ou autres usines de construction automobile. Dommage que les politiciens réputés écologistes aient d’autres chats électoraux à fouetter, que les Greenpeace et assimilés semblent très/trop concentrés contre le nucléaire comme au bon vieux temps de la guerre froide et que les autres n’aiment pas le thon.

C’est fini pour aujourd’hui. Pas les massacres, hélas.

A propos renaudfavier

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